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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 22:10

Quand l’homme rencontre le chien qui est

en lui

 

Les personnages de Tintin, collés sur les murs du Centre Wallonie-Bruxelles, accueillent le spectateur amusé. Tapissant l’entrée, ils sont les premiers témoins de l’identité forte de ce lieu, qui, s’il est implanté au cœur de la capitale, a pour mission de promouvoir les artistes wallons et bruxellois. Le titre de ce que je vais voir ce soir chatouille déjà les zygomatiques : « Dialogue d’un chien avec son maître sur la nécessité de mordre ses amis ». Le spectacle, lui, n’oublie pas une certaine dimension comique, mais tombe par moments dans le sentencieux. C’est dommage, car si le résultat est parfois un peu maladroit, ce ne sont pas les bonnes intentions, ni les bonnes idées, qui manquent à cette pièce.

 

Le plateau est habillé d’une caravane et d’un vieux fauteuil. Seules propriétés d’un portier qui vit seul dans un terrain vague, situé près d’une autoroute. C’est un vacarme assourdissant qui va venir troubler son existence monotone : un carambolage causé par un chien qui, plus intelligent que la moyenne, parle et marche. De la rencontre entre ces deux solitaires va naître un échange sur la vie, le monde, les hommes, la société. Échange qui les fera évoluer l’un et l’autre, depuis leur confrontation jusqu’à l’apprivoisement mutuel.


Et les deux comédiens nous donnent à voir un duo qui fonctionne bien. Fabrice Schillaci, qui interprète le chien, propose un jeu intelligent et très juste. Tout en investissant son corps d’une énergie incontestablement canine, il ne tombe jamais dans la caricature et se situe à l’endroit exact et fascinant de la rencontre entre un animal et un humain. Face ce corps toujours en mouvement, Philippe Jeusette, qui interprète l’homme, est raide et dur dans son personnage misanthrope. Et, si son interprétation est juste, on regrette de ne pas y voir plus de fluidité et plus d’engagement corporel.


« Dialogue d’un chien avec son maître sur la nécessité

de mordre ses amis »

© Véronique Vercheval


Dans l’ensemble, le propos est clair, compréhensible, et sincère : les limites de l’individu dans la société, l’intolérance, l’exclusion, la part d’animal en l’homme, l’ouverture à l’autre comme voie d’épanouissement… Un propos auquel nul ne peut s’opposer, mais qui parfois prend trop le pas sur la crédibilité des personnages. Au début du spectacle, en particulier, on théorise sur la vie, mais on oublie de donner à voir au spectateur. Donner à voir de l’action, de la chair, des failles, de l’humanité. Les personnages deviennent un brin archétypaux. Le texte va vite, mais le rythme, lui, n’est pas vraiment là.


Et, soudain, vers le milieu du spectacle, la vie surgit sur le plateau, comme un belle surprise, un jaillissement. Soudain, alors que le personnage de l’homme se dévoile peu à peu, on entend enfin des voix humaines. Et on oublie les lourdeurs de cette entrée en matière. On voit enfin des personnages qui, quels que soient les discours clichés qu’ils vont tenir, nous touchent parce qu’ils existent, tout simplement. Parce qu’ils sont limités, faillibles, parce qu’ils ne jouent plus que la situation, leur situation et non le sens du texte. Parce qu’ils se contentent de vivre au lieu d’expliquer. Et moi, quand des personnages me parlent, réellement, sincèrement, je peux tout entendre, tout accepter. Quand le comédien, l’auteur, le metteur en scène dévoilent leur talent en s’effaçant pour ne plus donner à voir que la réalité du plateau et de sa vie éphémère, j’oublie les maladresses et je me contente d’aimer. 


Élise Noiraud

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Dialogue d’un chien avec son maître sur la nécessité de mordre ses amis, de Jean-Paris Piemme

Production Théâtre national de la Communauté française de Belgique en collaboration avec La Servante

Mise en scène et scénographie : Philippe Sireuil

Assistante à la mise en scène : Christelle Alexandre

Avec : Philippe Jeusette, Fabrice Schillaci

Musique : David Callas

Costumes : Catherine Somers

Centre Wallonie-Bruxelles • 46, rue Quincampoix • 75004 Paris

Réservations : 01 53 01 96 96

Du 4 au 6 décembre 2008 à 20 heures

Durée : 1 h 20

10 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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