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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 18:54

Trahisons et désillusions au garage

 

Dagerman était un jeune homme sombre, tourmenté, mais profondément révolté et vivant durant sa courte vie, se suicidant à 31 ans. En mettant en scène « l’Arriviste », Isabelle Ronayette arrive à nous questionner sur nos choix de vie, nos desseins. Mais pour nous emmener plus loin, il manque un je-ne-sais-quoi de plus dramatique, moins verni, un peu plus en phase avec l’esprit de l’auteur.

 

Quatre amis ont réuni leurs économies et acheté ensemble un garage, qu’ils tentent de faire vivre. Mais ce n’est pas simple. Les efforts de tous ne payent pas toujours, et lorsqu’un acheteur potentiel se présente, il suscite l’envie et l’ambition de Blom, l’un des quatre copains. Blom se projette, se verrait bien directeur, riche, avec une reconnaissance sociale plus grande que celle que lui donne son actuelle place de comptable dans le garage.


Alors le jeu de la manipulation commence. Pour satisfaire son avidité, Blom tente de tromper son monde, de rassurer faussement ses associés, puis finit par leur faire comprendre que la vente du garage est la seule issue… Alors, bien sûr, cela leur pose des problèmes, séduit quelquefois les épouses de ces mécanos lassées de vivre chichement. Mais cela suscite aussi de la rébellion, ça commence à sentir la trahison, et certains ne sont pas prêts à rompre avec leurs idéaux de jeunesse, ceux sur lesquels ils se sont construits.


Sur la scène, plusieurs lieux où chacun semble vaquer à ses activités sans conviction. Un vestiaire, un distributeur de boissons, un bureau, qui abritent tour à tour les liaisons cachées, les confidences. De temps à autre, le jeu s’interrompt et une voix off dit les textes de Dagerman. Magnifiques, criants d’actualité. Sur l’envie, la persistance des idéaux… Ce sont des moments intenses, presque bouleversants.



Mais cette mise en scène éclatée ne rend pas suffisamment compte de l’intensité des tourments qui habitent les personnages. Il m’a manqué un point central, quelque chose qui aurait rassemblé la complexité des sentiments des personnages. Qui aurait illustré avec plus de force le texte de Dagerman, sans le diluer dans l’espace.


Malgré cela, les comédiens s’en sortent de belle manière. Ceux qui sont les plus malmenés par l’histoire encore mieux que les autres, en pleine affinité avec le texte. Léna Chambouleyron, en jeune fille tout juste sortie de la crise d’adolescence, incomprise par son père trop engagé dans la défense de ses idéaux, et Philippe Lardaud, tourmenté à l’excès par l’inconstance de ses collègues, sont ceux qui dynamisent le plus le jeu de leurs partenaires.


J’aurais juste aimé plus de sueur, plus de larmes, plus de sang ! Isabelle Ronayette a voulu montrer la manipulation, la pression que quelqu’un peut faire peser sur son entourage. Mais les chemins qui mènent aux renoncements de certains, à la révolte des autres, doivent être encore plus périlleux et douloureux qu’elle ne nous l’a dit. 


Claire Tessier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


L’Arriviste, d’après Stig Dagerman

Compagnie L.R.I.R. • 14 bis, boulevard Morland • 75004 Paris

04 90 27 14 31 | télécopie 01 42 71 01 82

Mise en scène : Isabelle Ronayette

Assistante à la mise en scène : Laurence Rebouillon

Avec : Roland Gervet, Philippe Lardaud, Aurélien Dutier, Alexis Perret, Sophie Szoniecky, Nathalie Lacroix, Léna Chambouleyron, Agnès Pontier, David Maisse

Dramaturgie : Clémence Bordier

Scénographie : Laurence Villerot

Théâtre auditorium de Poitiers • 6 , rue de la Marne • 86000 Poitiers

05 49 39 40 00

www.tap-poitiers.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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