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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 23:41

Sans âme

 

« L’homme d’hier » est le fruit de la rencontre entre deux acteurs, metteurs en scène et auteurs : Rabih Mroué, libanais, et Tiago Rodrigues, portugais. Ce projet multiculturel auquel se joindra ultérieurement l’architecte libanais, Tony Chakar, se dit autobiographique et veut décrire le voyage de Tiago à Beyrouth. La genèse du spectacle est donc attachante et prometteuse. Et le résultat désespérément décevant.

 

L’idée d’un tel projet est très intéressante : Tiago Rodrigues s’apprête à partager avec nous l’histoire de son voyage à Beyrouth, ville énigmatique où il avait vécu un mois, dépaysé et perdu, au point de sombrer dans des crises identitaires multiples. Errant dans les rues désertes, la carte à la main, Tiago part à la rencontre des autres Tiago, ses doubles, eux aussi à la recherche du même port.


On aurait bien voulu suivre ce chemin intrigant au cœur de ce labyrinthe quasi kafkaïen avec de nombreux Tiago. Malheureusement, ce sont les choix de la mise en scène et de la scénographie de ce récit de voyage poétiquo-philosophique qui ne tiennent pas la route.


Peut-on d’ailleurs parler d’un spectacle ? D’une scénographie ? D’un jeu d’acteur ? Je m’explique. En effet, Tiago Rodrigues nous raconte son histoire, et cela pendant une heure dix. Soit. Assis derrière sa table, sans bouger, sans changer de ton, sans oser nous regarder, devant son ordinateur, il nous fait défiler devant les yeux quelques diapositives. Comme un mauvais conférencier. Comme un récitant sans âme. Que personne n’a envie d’écouter.


« l’Homme d’hier » | © D. R.


Dans le cadre d’une (pseudo) conférence, Rodriguez avait opté pour la scène épurée, mais pourquoi n’est-il pas allé jusqu’au bout ? Une table, une chaise, un ordinateur portable, un verre d’eau, un sac à dos à roulettes, tous ces éléments de décor (extrêmement moches, non assortis, tirés comme par miracle des coulisses du théâtre) sont-ils vraiment utiles ? Au lieu d’évoquer une économie de moyens scéniques, ils font penser plutôt à une scène encombrée par le décor, qui sert peut-être uniquement à rassurer le comédien, à le clouer derrière la table, à le faire s’enraciner sur une chaise.


Et ce fameux sac à roulettes ? D’où le comédien sort son dossier (un aide-mémoire ?) et un Thermos de café (un cache-trou-de-mémoire ?). Pour singer une conférence, peut-être. Et, bien évidemment, l’éternel écran – élément indispensable dans le théâtre contemporain ! –, où une sorte de Power-Point apparaît de temps à autre, avec des photos et des plans de la ville.


Il faudrait certes apprécier la ténacité et le courage avec lesquels ce comédien portugais s’est attaqué à l’écriture et à la création en langue française, langue qui n’est pas la sienne. Beau et audacieux projet. Le résultat est pourtant pitoyable : le comédien ne se rappelle plus son texte, essaye de se battre, d’improviser… et c’est là que les fautes et les lapsus s’enchaînent. Pire encore ! L’acteur ne gère pas son stress, réfléchit en train de jouer, cherche son texte et, finalement, ne transmet aucune émotion. Impardonnable.


À cause de cette prestation artistique ratée, ce spectacle – conte philosophique prometteur, qui se veut être drôle et touchant –, au lieu de nous inciter à réfléchir et à sourire, nous lasse sans retour. 


Maja Saraczyńska

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


L’Homme d’hier, création de Tiago Rodrigues, Rabih Mroué et Tony Chakar

Compagnie Mundo Perfeito • Portugal

www.mundoperfeito.pt

Assistante : Joëlle Aoun

Avec : Tiago Rodrigues

Décor et création lumière : Thomas Walgrave

Théâtre de la Bastille • 76, rue de la Roquette • 75011 Paris

Réservations : 01 43 57 42 14

www.theatre-bastille.com

Du 1er au 7 décembre 2008 à 19 h 30

Durée : 1 h 15

22 € | 14 € | 13 € |12 €|10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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