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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 18:48

Coup dur pour le théâtre !

 

« L’Anti-chambre » est une pièce dans laquelle il n’y a véritablement rien à sauver. Le texte, les comédiens, la mise en scène, tout est mauvais. C’en est effrayant. On a affaire à un spectacle plus qu’amateur. Pire qu’un mauvais boulevard.

 

L’action se déroule dans la chambre d’hôpital de Marie, une jeune femme condamnée à mourir dans les prochains jours. À partir de là, toute la pièce n’est qu’un enchaînement de scènes inintéressantes au possible. Nous assistons au défilé de personnages tous autant plus caricaturaux les uns que les autres. Les plus ridicules étant l’époux et l’oncle (et prêtre) de Marie, qui nous offrent de grands moments de théâtre en criant à l’injustice : « Pourquoi ? Pourquoi Marie ? Pourquoi leur enlever ? Elle ne mérite pas de mourir, c’est une bien gentille femme ! ». Ou bien encore lorsque Marie demande à son oncle d’écrire une lettre, qu’elle lui dicte pour la remettre à ses enfants après sa mort. Ici, c’est un moment très triste, alors place à l’Actor’s Studio : le prêtre, pour faire semblant de pleurer, renifle comme un enfant toutes les deux secondes. Affligeant.


Mais on ne pourrait supporter d’assister au spectacle déchirant de la mort de la brave Marie. C’est pourquoi l’auteur nous laisse de temps en temps respirer en introduisant des personnages farfelus et drôlissimes, nous permettant de prendre de la distance face au tragique de la situation ! Cela passe par la collègue de bureau « pétasse » ou par la voisine un peu bébête, qui vient raconter les derniers potins à Marie : « Tu sais pas ce qui est arrivé à la mère Michelle ? Elle a perdu son chat… Lustrucru l’a pas vu… » C’est consternant ! Pour résumer, le texte n’est donc qu’un stupide mariage entre de ridicules moments d’« émotion » et de pitoyables gags dignes d’une cour d’école. Il est d’une ringardise, d’une nullité effarante. Martial You n’a qu’une plume sans valeur. Que du bla-bla insignifiant, il ne se passe rien, rien d’intéressant. Un plateau de théâtre n’a jamais été aussi vide de sens !



Les comédiens, eux, ne relèvent guère le niveau. Ils sont à l’image du texte : médiocres. Je crois qu’il y a eu plus de répliques bafouillées et incompréhensibles que de répliques fluides et audibles. C’est tout de même hallucinant de ne pas arriver à mémoriser un texte d’une si faible complexité. Quel massacre feraient-ils d’un Shakespeare ?, eux qui ne savent pas faire autre chose que réciter mécaniquement un texte. Enfin, s’ils se disent comédiens (oui, car j’émets ici une réserve quant à cette appellation), ne peuvent-ils pas faire correctement leur travail ? Un bafouillage, avec le trac, cela peut arriver à tout le monde. Mais toutes les deux répliques !


Une souffrance pour les oreilles, donc, mais les yeux eux non plus n’ont pas été épargnés ! Ces comédiens-là n’ont aucune conscience de leur corps sur un plateau. Ils sont mal à l’aise, se tiennent mal, ne savent quoi faire de leurs mains, ne savent ni ou ni comment se placer. Résultat : ils ne font que piétiner pendant presque deux heures un peu partout sur le plateau, nous donnant le mal de mer à force de les regarder. Tout ça donne un aspect très brouillon, on a l’impression d’assister à une répétition ; à la répétition d’un spectacle qui aurait encore besoin de mois, si ce n’est d’années, de travail ! Faute à Sandrine Ubeda, metteuse en scène, qui n’a pas su, ou peut-être n’a même pas essayé, de recadrer ses comédiens.


La mise en scène, elle, ne fait qu’ajouter au pathétique. Par exemple, durant les scènes d’émotion intense, la lumière se baisse lentement et une douce musique se fait entendre, comme dans un mauvais film américain. Tout est fait pour nous arracher des pleurs. Mais c’est tout l’inverse qui se produit. On ne peut s’empêcher d’avoir un rire nerveux face au ridicule de la situation.


La pièce se conclut avec une morale en chanson, où tous les acteurs viennent en scène clamer qu’il faut profiter de la vie, car attention, à tout moment, nous risquons de mourir !… Merci pour le message, ô combien spirituel. Les bouches hésitent, se trompent, et tous s’excusent timidement à l’aide d’un sourire de ne pas bien connaître les paroles de cette merveilleuse chanson. Le ridicule est à son paroxysme. Ça y est, le but est atteint. Oui, nous avons la larme à l’œil ! Nous pleurons de tristesse face à ce spectacle si navrant. Pas professionnel pour un sou. Une honte ! 


Tatiana Djordjevic

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


L’Anti-chambre, de Martial You

Compagnie Mandarines

www.myspace.com/ciemandarines

Mise en scène : Sandrine Ubeda

Avec (en alternance) : Nina Valéri, Stéphane Auer, Gérard Chichery, Gilles Marchand, Vanessa Ubeda, Pierrick Fay, Karine Blanchette, Audrey Vernin, Rodolphe Charloteaux, Philippe Michard, Léna Constantin, Soraya Archimbaud, Nicolas Debregille, Vanessa Puyraud

Muisques originales : Aurelio Cardenas

Théâtre des Deux-Rêves • 5, passage de Thionville • 75019 Paris

Réservations : 01 48 03 49 92

Tous les vendredi et samedi à 21 h 30

Durée : 1 h 45

16 | 12 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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