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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 15:17

Les belles histoires


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Il est quatorze heures passées et vous êtes au 18 du boulevard Saint-Martin, face au théâtre du même nom. Au-dessus de vous s’affiche en quatre par trois un vieux grigou de malade – imaginaire, s’entend (incorrigible Michel Bouquet) –, alors que le rendez-vous annonçait une belle blonde croqueuse de pomme, un montreur de marionnettes et une petite fille aux allumettes. N’ayez crainte, c’est ici. Le faquin de Molière prend toute la place aux dépens des collègues Grimm et Andersen, mais la maison de pain d’épices est bien là, au fond du couloir, entre cour et jardin.

Réservons les douceurs pour la fin (c’est pour mieux vous appâter, mes enfants) et commençons par le commencement. Il était une fois… le pois (petit) de la princesse, ou plus justement la Princesse au petit pois monté par le Montreur de marionnettes (Hassan Ayoud Tess), lui qui débute son rêve de théâtre par une de ces petites manipulations dont nos chers saltimbanques ont le secret. Il pose sa valise, dresse un théâtre précaire et commence ses belles histoires. Il passe rapidement sur le sommeil troublé de la princesse et, soudain, sans que l’on sache trop comment, ses pantins de bois prennent vie, animés d’un bel esprit de troupe. Belle troupe. Ce sont eux qui mènent le bal désormais. Bonne nuit, petit montreur de marionnettes.

Survient alors la guerre au sein du royaume : fumée, échauffourées, tirs. Un soldat (le charmant Romain Barreau) se retrouve seul dans l’Homme à la peau d’ours, un beau conte qui manque un peu de rythme, émaillé de jeux de mots à l’usage des plus grands. Le soldat passe un pacte avec un malin génie de la forêt (belle présence d’Étienne Durot) : qu’il survive sept ans dans sa peau d’ours, en errance sur les chemins, et il sera riche et comblé à tout jamais. Il prend donc la route, écume les tavernes et rencontre… Mais, pouce !, une jeune fille s’insurge derrière moi : « C’est quand Blanche-Neige !? ». Patience, fillette.

Reprenons. La Petite Fille aux allumettes (émouvante Magali De Jonckheere) attrape la mort un soir du jour de l’An, la pauvrette, mais gagne le paradis le cœur réchauffé de toutes ces belles choses qu’elle a vues dans le feu du souffre. Un beau tableau qui fait primer les images très construites sur la pure narration. Magie de la transition (réalisée avec beaucoup de finesse, si bien que les six contes n’en semblent qu’un, au risque de perdre les plus jeunes spectateurs), voilà venu le moment pour Banche-Neige de croquer sa pomme. Une méchante reine avec pour seuls attributs une royale tapette à mouches et une collerette à paillettes houspille un sbire, à mi-chemin de la mouche et du crapaud, et interroge un miroir, son « beau miroir » multifonction, écran plat et G.P.S., quand Blanche-Neige (Ariane Zantain, radieuse) passe le plumeau en fredonnant un air de B. B. en Harley Davidson, attendant le retour des nains et leur hilarante chorégraphie.

La relecture de Grimm fait rire même si elle semble, bien que réussie, en décalage par rapport à l’ancrage historique du spectacle dans une atmosphère victorienne. Peut-être n’est-elle pas ici à sa place. Après que Blanche-Neige a craché son morceau de pomme empoisonné et a recouvré la vie, c’est à Hansel et Gretel d’aller boulotter leur délicieuse maison en pain d’épices (qui témoigne de la qualité des décors et des costumes), et au montreur de marionnettes de se réveiller alors. Fin.

Six contes, une heure vingt : le spectacle est ambitieux. Il mériterait d’être écourté pour gagner en intensité et ne pas perdre l’attention des plus jeunes (qui n’auront pas moins de six ans). Les rares moments narratifs pourraient être retravaillés afin d’être plus convaincants et moins récitatifs. La qualité des adaptations, le soin porté aux transitions et à la scénographie soutiennent en revanche un jeu plein de chaleur, porté haut par une jeune troupe débordant d’enthousiasme et de talent. Bref, courez tirer la bobinette du théâtre, mes enfants, et n’hésitez pas à emmener vos parents. 

Cédric Enjalbert


Contes d’hiver, de Grimm et Andersen

Écla Théâtre • 25, rue Michel-Le-Comte • 75003 Paris

01 40 27 82 07

www.ecla-theatre.com

Mise en scène : Christophe Glockner

Avec : Arnaud Allain, Hassan Ayoud Tess, Romain Barreau, Olivier Denizet, Vincent Desprat, Étienne Durot, Magali De Jonckheere, Blanche de Saint-Romain, Diane de Segonzac, Ariane Zantain

Décors : Christian Gabriel

Costumes : Catherine Lainard

Théâtre de la Porte-Saint-Martin • 18, boulevard Saint-Martin • 75010 Paris

Réservations : 01 42 72 00 33

www.portestmartin.com

Du 27 octobre 2008 au 3 janvier 2009 à 14 h 30

Durée : 1 h 20

28 € | 18,5 € | 15 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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