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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 22:06

Un miroir pour parler à son autre

 

Sur la scène du Théâtre du Hangar, un seul acteur s’avance, et c’est un dialogue qui s’engage. Un dialogue qu’on imagine avec Charles Baudelaire ? (On sait que le spectacle est extrait des « Petits poèmes en prose »), avec le public ? (directement intégré dans l’adresse de l’acteur au début du spectacle) ou bien est-ce avec la Muse ? Mais laquelle ? Est-ce que l’on dansera ce soir ? Est-ce que l’on chantera ce soir ? Oui, il s’agit de poésie, on le sait. On s’interroge : comment l’aborder ? Oui, on s’interroge, car l’acteur prend tout son temps pour créer un sas, dans un espace qui se distend. On commence à se sentir agréablement guidé. Très agréablement.

 

Avec la poésie, difficile de créer du théâtre. Il faut fixer une situation, un espace, mais surtout, il faut modeler un personnage. David Stanley nous indique dès le début que nous allons assister à un véritable spectacle de théâtre, avec des accessoires et une incarnation qui transcende le propos de Charles Baudelaire certes, mais avec une simplicité apparente touchante. Nous nous retrouvons bien vite à la merci d’un acteur calme et flegmatique mais méthodique. David Stanley déstabilise notre place de spectateur car il insère sur le plateau un deuxième spectacle, à l’intérieur de celui que l’on est en train de voir. Cette première mise en abyme nous trouble, et l’on accepte cette sensation.


Nous voilà face à nous-mêmes, face à notre condition de public. L’empathie et le charme du flegme pénètre les premiers rangs, nous sommes véritablement intégrés au processus théâtral poétique recréé de toutes pièces, là, sous nos yeux, l’air de rien. David Stanley crée une ambiance sereine, en douceur, et presque à notre insu ! Nous découvrons l’acteur et son autre, un personnage baudelairien sublime de simplicité et de pauvre mise, suivant les nuages, jouissant du vent dans ses cheveux, et qui fait du chemin de sa vie une tresse de petites magnificences, accommodées au gré des journées et des péripéties quotidiennes. Ce protagoniste baudelairien ressemble beaucoup à l’archétype de l’artiste, avec son fard et sa veste en queue-de-pie, son chapeau en bord de scène pour faire la quête et ses mimiques. Et nous voyons le miroir, entre ce poète et cet acteur, aux attributs qui se rejoignent, dans un jeu de reflets poétiques.


Ce spectacle est une grande respiration, presque comme la détente d’un soupir de sérénité. Les poumons s’aèrent et s’entrouvrent en vue d’une concentration délicieuse. On s’éveille à la poésie de Baudelaire, et à l’hommage rendu au théâtre, dans ses attributions modestes, essentielles, premières. La poésie se regarde dans le miroir et y voit sa sœur, la scène, et le miroir fond, la prose vient au théâtre, les frontières s’estompent, entre le verbe et la main, entre la scène et nous. 


Ilène Grange

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Le Miroir, de David Stanley, d’après Petits poèmes envprose de Charles Baudelaire

Compagnie Jacques-Bioulès

communication@theatreduhangar.com

Spectacle intégralement imaginé et interprété par David Stanley

Théâtre du Hangar • 3, rue Nozeran • 34090 Montpellier

Réservations : 04 67 41 32 71

Du 29 novembre au 13 décembre 2008 : samedi 29 novembre à 20 h 45, mardi 2 décembre à 20 h 45, jeudi 4 décembre à 19 heures, samedi 6 décembre à 20 h 45, dimanche 7 décembre à 17 heures, mercredi 10 décembre à 19 heures, vendredi 12 décembre à 20 h 45, samedi 13 décembre à 20 h 45

Durée : 1 heure

13 € | 9 € | 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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