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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 17:52

Un conte de saison


Par Maud Sérusclat

Les Trois Coups.com


Ce soir, Lyon avait revêtu ses habits de lumière, et ce fut avec un plaisir non dissimulé que je me suis rendue au Théâtre de la Croix-Rousse pour assister à la représentation de « la Petite Fille aux allumettes » d’Andersen, adaptée à la scène par Philippe Faure. Au milieu de la fête des lumières et des préparatifs de Noël en ébullition, le directeur de la scène nationale de Lyon avait décidé de faire réfléchir son public et de lui rappeler que son théâtre signifiait aussi engagement.

Si la salle compte de nombreux jeunes spectateurs, le conte d’Andersen n’a rien d’un conte de fées qui fait rêver les enfants. C’est l’histoire d’une petite fille condamnée à vendre des allumettes, car, si elle rentre chez elle sans pécule, son père la battra violemment. Nous sommes la nuit du 31 décembre, elle est transie de froid, et elle a perdu ses pantoufles. Alors que les gens passent devant elle et restent indifférents, elle craque une à une les allumettes qui lui restent pour se réchauffer. Celles-ci ont les « flammes qui dansent ». Et pour cause, à chaque étincelle apparaît un être imaginaire, consolateur et extravagant, qui retardera avec magie et poésie le fatal dénouement.

« la Petite Fille aux allumettes » | © Bruno Amsellem | Signatures

Je n’aime généralement pas les adaptations scéniques de récit, mais je dois dire que celle-ci est particulièrement réussie. Si le texte d’Andersen ne manque pas de profondeur, il est bref et, il faut bien le reconnaître, triste, ce qui n’est pas le cas du spectacle. Philippe Faure, sans dénaturer le conte original, a su souligner le merveilleux au milieu du désespoir et faire surgir au cœur d’un sol enneigé une galerie de personnages fantasques et inattendus, comme un bonhomme de neige neurasthénique en fauteuil roulant (on oublie trop souvent de faire des jambes à un bonhomme de neige), un réverbère qui a une fuite d’huile ou la plus belle rose du monde qui n’est autre qu’un homme en talons aiguilles. Ces personnages surréalistes n’apparaissent pas dans l’œuvre, et témoignent, entre autres, du véritable travail de création qui a été fait autour du texte. Il s’agissait, ce soir, de mettre en lumière les symboles.

Ce qui apparaît alors sous nos yeux, c’est un spectacle engagé, qui nous pousse à voir sur un même espace scénique la misère, la violence, le froid, la faim, l’impuissance de la foi, et l’indifférence. La fin est triste, certes, fidèle au texte, mais vous fera réagir. On comprend alors mieux l’idée de Faure de créer un diptyque Andersen-Zola, puisque la pièce Thérèse Raquin sera représentée par la même troupe à partir de la semaine prochaine. Comme le souligne le metteur en scène : « Zola et Andersen, avec leur génie, même s’ils parlaient constamment de la mort, combattaient pour la vie. ». On pourrait croire que cet engagement théâtral n’est que « littérature », mais ce serait un tort. L’argent des places de la représentation du 30 décembre 2008 de la Petite Fille aux allumettes sera reversé aux Restos du cœur, qu’on se le dise ! 

Maud Sérusclat


La Petite Fille aux allumettes, de Philippe Faure

D’après le texte d’Hans-Christian Andersen

http://philippefaure.blogspot.com

Adaptation et mise en scène : Philippe Faure, assisté d’Emmanuel Robin

Avec : Claire Cathy, Anne Comte, Jean-Claude Martin, Gilles Olen, Marc Voisin, Laurent Patissier, Kévin Serre,
et la voix de Jean-Marc Avocat

Scénographie et costumes : Alain Batifoulier

Costumes : Nadine Chabannier

Créations lumière : David Debrinay

Masques : Daniel Cendron

Musiques originales : Raphaël Vuillard

Direction technique : Gilles Vernay

Régie générale : Christophe Mangilli, Christophe Renon, Sébastien Béraud

Régie lumière : Sandrine Chevalier, Lise Poyol, Christophe Renon, Thomas Taillandier, Sébastien Béraud

Régie son : Thomas Jacoviac, Cyril Virevaire

Régie plateau : Gilles Risson, Laurent Patissier, Kévin Serre

Habilleuse : Mélodie Wieczorkiewics, Nadine Chabannier

Production La Croix-Rousse, scène nationale de Lyon

Durée : 1 heure

Théâtre de la Croix-Rousse, scène nationale de Lyon • place Joannès-Ambre • 69317 Lyon cedex 04

www.croix-rousse.com

Billetterie : 04 72 07 49 49

Du 5 au 30 décembre 2008 à 20 heures

Les 3, 17, 23, 24, 27, 30 et 31 décembre 2008 à 15 heures,
jeudi 25 décembre 2008 à 17 heures

24 € | 20 € | 16 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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