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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 19:32

« G » comme gymnastique ?


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


Garry Stewart revient pour la troisième fois au Théâtre de la Ville avec une création de sa compagnie l’Australian Dance Theatre. En la baptisant « G », Stewart dit avoir songé à « Giselle », prototype du ballet romantique. Plutôt difficile à croire quand on voit le résultat : une douzaine d’athlètes… pardon, de danseurs, très acrobatiques, déferlant par vagues hystériques au son d’un matraquage électronique et en tenues vertes. Qu’est-ce que cela aurait été s’il l’avait baptisée « B » comme badaboum !?

Comme dans tous les bons abattoirs, on passe d’abord par un sas où des ballerines défilent sagement sur un pastiche effectivement d’Adolphe Adam, compositeur de la Gisèle d’origine (contrôlée). Cette trêve n’est pas faite pour durer. Déjà, on sent les décibels piaffant de nous briser les tympans dans la « meute » faussement muselée de Luke Smiles, complice « audiopathe » du chorégraphe. Comme disent les jeunes : c’est du lourd !

Pum ! Pum ! Pum ! Cette fois, ça y est : c’est parti pour une heure de rave techno lancée « à donf ». Si vous avez des enfants, mon conseil : faites-en des « oto-rhinos », ils auront du boulot dans quelques années ! La capacité de nuisance que peuvent atteindre aujourd’hui certains « haut-parleurs » (délicat euphémisme !) ferait pâlir d’envie le professeur Tournesol et son biglotron pour staliniens d’opérette. Il n’est désormais pire sourd que celui qui voulait entendre.

© Chris Hertzfeld

La vue est un peu mieux lotie. Quoique ces slips tue-l’amour, sous ces voilages riquiqui de tulle vert !… Enfin, bon. Décor minimaliste lui aussi, mais cohérent, vous allez voir : composé d’un écran à cristaux liquides placé le long d’un vaste couloir revêtu de lino blanc. La grande idée de Garry Stewart est de faire défiler ses danseurs, à diverses vitesses mais toujours de gauche à droite, sur cette bande neutre en une sorte de mouvement perpétuel. Une heure sans s’arrêter ni changer de sens. Un fou !

Filles et garçons se succèdent ainsi comme sur le tapis roulant d’un supermarché de corps-marchandises, corps-objets, corps-robots, corps-jouets. Pertinente trouvaille, mais qui, rabâchée, sent tout de même son remplissage. D’autant plus que, pour accentuer cet effet de vitesse, l’écran radote également. Des mots y défilent, eux aussi vivement et en boucle. Conceptuel oblige, ce sont de savantes constructions, et déconstructions, de mots contenant la lettre G. Un échantillon : néGligé-compaGnie-enGagé-méGalomane-siGnificatif…

Le tout éclairé de couleurs changeantes, comme dans certains couloirs d’aéroports, dont on cherche justement à rompre… la monotonie ! En attendant, le ballet, lui, ne décolle pas. Passé les premières minutes où l’on admire le glissé impeccable de ces « danseurs-fantassins » faisant à la perfection leurs petits pas à la chinoise, on s’en prend toujours plus plein les oreilles que plein la vue. Pour ne rien dire de l’esprit qui, lui, est hors service. Trop de bruit. Ce G (comme gâtisme ?) tourne en rond. Et aussi, bien souvent, à la compétition entre gymnastes, dont quelques-uns époustouflants, là n’est pas le problème, mais pour dire quoi ?

© Chris Hertzfeld

Que la vie est un éternel recommencement ? Merci, et puis ? Les seules fantaisies, il en faut, même en athlétisme !, viendront finalement de Lauren Langlois, Gabrielle Nankivell, Kimball Wong et Troy Honeysett, grâce à quelques bons vieux pas de deux, dont un au sol remarquable. Larissa Mac Gowan n’a hélas pas leur grâce. C’est dommage, car, avec Xiao-Xuan Yang, elle exprime simplement une détresse de poupée cassée, électrocutée, désarticulée, qu’on a déjà vue mais qui au moins « fonctionne ».

Je reviens sur l’art de Xiao-Xuan Yang, tout en retenue et d’une grande sensibilité. Grâce à elle, et à quelques autres dont Lauren Langlois, Garry Stewart obtient son effet coup de poing et nous un peu d’émotion. Quand ces jeunes femmes feignent de mal contrôler leur équilibre sur ce sol qui se dérobe parce qu’il va « trop vite », on comprend enfin le but d’un tel déploiement de forces. Nous faire réfléchir, et sourire, sur la folie de nos modes de vie. La danse alors reprend ses droits, l’espace de quelques instants mais, sgreuGneugneu, bien rares ! 

Olivier Pansieri


G, de Garry Stewart

Australian Dance Theatre

Conception et direction artistique : Garry Stewart

Avec : Shannon Anderson, Chris Aubrey, Troy Honeysett, Aonghus Hoole, Lauren Langlois, Larissa Mac Gowan, Cameron Mac Millan, Bagrielle Nankivell, Luke Smiles, Tara Soh, Kiaela-Nadine Williams, Kimbali Wong, Xiao-Xuan Yang

Assistante à la direction artistique : Élisabeth Old

Chorégraphie : Garry Stewart et les danseurs

Concept du décor : Garry Stewart

Lumières : Geoff Cobham

Musique : Luke Smiles

Costumes : Daniel Jaber, Gaëlle Mellis

Conseillère pour la dramaturgie : Anne Thomson

Création épées : John Coory

Théâtre de la Ville • 2, place du Châtelet • 75004 Paris

Réservations : 01 48 87 54 42

www.theatredelaville-paris.com

Métro : R.E.R. Châtelet

Mardi 2, mercredi 3, jeudi 4, vendredi 5 et samedi 6 décembre 2008 à 20 h 30

Durée : 1 h 10

26 € | 17,5 € | 13,5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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