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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 19:14

Moi, j’ai vu qu’elle était belle…

 

Sur le thème de l’apparence physique et de ce qu’elle induit chez les victimes en disgrâce, Gilles Defacque met en scène une clownesse talentueuse dans « Moi, y’a une chose que j’comprends pas… c’est la beauté ». Janie Follet nous raconte en solo son quotidien fait de manques, de petites humiliations, avec une finesse de ton et une énergie débordante.

 

Janie Follet est Greta. Une Picarde dans une robe triste et trop petite, qui entre sur scène avec son nez rouge en se tortillant pour nous faire partager ses interrogations. Elle se demande où est sa place et quelles sont les règles du jeu pour être « une vraie femme ». Puis on commence à comprendre que ce n’est que le début d’une série de jérémiades. Elle enchaîne aussitôt avec ses histoires d’enfant et d’adolescente : affublée dès son plus jeune âge d’un appareil dentaire et d’horribles chemisiers à carreaux, Greta se sent moche. Elle ne s’aime guère, et son entourage le lui rend bien…


Ces petits constats amers sont là pour poser le décor. Pour mieux nous la faire connaître. Pour qu’ensuite on entre dans son monde avec jubilation, qu’on la suive dans ses délires, ses rêves.


© Gilles Defacque


Le plus jouissif du spectacle est là : dans les cauchemars de Greta, qui se retrouve attaquée par des yaourts dans les rayons d’un supermarché, qui se réveille dans son frigo, qui fait une bamboula d’enfer avec Paris Hilton. Ainsi, Janie Follet est une balle rebondissante. Mais elle tape avec précision. Toutes ses phrases font mouche, car son authenticité n’est pas feinte. Greta lit la presse people, mais on n’a pas envie de s’en moquer. Elle nous fait rire parce que sous ses airs naïfs elle a tout compris. Elle nous montre son besoin d’amour et de reconnaissance, mais pas son envie de paillettes.


La performance gymnique est aussi enthousiasmante. Elle commence une phrase, l’interrompt et se jette au choix dans ses journaux, dans les spectateurs, sur le dos, dans une mare de boue (ça, c’est quand elle est une truie en promenade avec des marcassins…). Elle seule occupe la scène avec ses pages de journaux déchirés, dans lesquels elle se love ou qu’elle envoie balader selon l’humeur du moment.


C’est sûr, il y a un air de famille avec Yolande Moreau. L’accent n’y est peut être pas étranger. La sensibilité de Gilles Defacque, auteur et clown, non plus. C’est une heure de sourire au coin des lèvres, ponctués de francs éclats. Mais attention, il y a aussi quelques pincements de cœur. 


Claire Tessier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Moi, y’a une chose que j’comprends pas… c’est la beauté, de Janie Follet

Le Prato, théâtre international de quartier • 6, allée de la Filature • 59000 Lille

info@leprato.fr

www.leprato.fr

Textes : Janie Follet et Gilles Defacque

Mise en scène : Gilles Defacque

Création lumière : Guy Fabre

Développement danse : Angèle Micaux, Crisaline Gallet

Théâtre auditorium de Poitiers • 6 , rue de la Marne • 86000 Poitiers

Durée : 1 h 10

Prochaines représentations les 16 et 17 décembre 2008 au Théâtre d’O à Montpellier

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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