Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 15:40

Miraculeux !


Par Léna Martinelli

Les Trois Coups.com


Dans le cadre du Festival Mar.T.O. (Marionnettes et théâtre d’objets pour adultes), « Court-miracles », premier spectacle inventif du Boustrophédon, nous parle de monstruosité, d’héroïsme et de lâcheté, avec humour et humanité. Voilà un spectacle exceptionnel qui allie créativité et performance.

1914-1918, une histoire sans fin. Nous venons d’achever les cérémonies du 11-Novembre rassurés que la cinquantaine d’ouvrages sortis à l’occasion de ce 90e anniversaire de l’Armistice témoigne d’une mémoire toujours vive de la Grande Guerre. Car, avec la mort, le 12 mars dernier, de Lazare Ponticelli, le dernier « Poilu », c’est une sacrée page de l’histoire qui s’est tournée. Les anciens combattants partageaient une même angoisse : qu’après sa disparition, le souvenir de la Première Guerre mondiale s’éteigne peu à peu. Comme les pages ne sont pas seules à tourner, la « der des der » constituera toujours une source d’information importante pour conjurer les conflits qui n’en finissent pas. Une source d’inspiration aussi, pour des artistes citoyens qui veulent agir, avec leurs moyens, pour un monde plus pacifique.

Mais ce n’est pas dans le cadre de ces célébrations que Court-miracles a été créé. C’est précisément en 2005 à Gaza que ce spectacle sur la guerre trouve son origine. L’actuelle équipe du spectacle s’est en effet soudée en allant jouer, avec Clowns sans frontières, pour les enfants victimes de la guerre israélo-palestinienne. De retour en France, ils ont voulu témoigner des horreurs de la guerre et surtout rappeler la nécessité de garder l’espoir pour reconstruire une humanité perdue, dans un spectacle qui associe les arts du cirque et de la marionnette.

© Raphaël Kann

Dans un camp de rescapés, le gardien, les infirmiers et les blessés s’organisent. Dans un décor de bric et de broc, les survivants réinventent un quotidien au milieu des rats. On inscrit les entrants, on soigne, on lèche les blessures des mourants, on leur fait les poches aussi, on palpe une dernière fois la chair meurtrie, on sectionne quelques jambes. Bref, quand les mourants trimbalés sur des carrioles bringuebalantes, n’agonisent pas, les vivants rafistolent, trafiquent, tentent de renouer un semblant de lien social. Des créatures étranges se cachent, sortent pour manger, puis disparaissent à nouveau pour digérer leurs peurs et leurs lâchetés. Eux aussi, ils réapprennent à vivre ensemble. Ils ont presque tout perdu, y compris leurs mots. À l’inverse, ils sont accablés de maux.

On ne perd jamais de vue les horreurs de la guerre. Malgré une petite production, le spectacle est d’ailleurs spectaculaire (avec pétards, effets pyrotechniques et projections de terre, bombardement oblige !). Mais il est aussi très drôle. En fait, on rit dès le début, quand les rats entrent en scène. L’outrance des personnages et l’absurdité des situations prêtent immanquablement à sourire.

À la cocasserie de certaines scènes s’ajoute l’inventivité des propositions, qui intriguent également beaucoup. Par exemple, l’infirmière est une marionnette portée par une femme. Mais ce qui nous paraît d’emblée évident le devient moins quelques minutes après. À certains moments, on se demande qui des deux soutient l’autre. Un parapluie magique ou un sac à patates créent de fascinantes illusions d’optique. L’articulation du corps acrobate et de la prothèse marionnettique est d’une maîtrise absolue. Non seulement la comédienne manipule ses personnages dans des appuis et des torsions impressionnantes, mais les corps ainsi amputés donnent naissance à des personnages mi-hommes mi-pantins, qui se mêlent naturellement aux infirmes de tout genre : culs-de-jatte, manchots et tutti quanti.

Tandis que les uns exhibent leurs membres disproportionnés, les autres compensent leur manque comme ils peuvent. Rien ne semble empêcher ces estropiés de réaliser d’incroyables performances. Il faut voir ce duo de bidasses éclopés qui jongle à merveille avec les objets les plus farfelus, qui improvise avec génie un orchestre de fortune, qui rivalise de malice pour fumer une cigarette. Ah ! les fameuses facultés d’adaptation du genre humain. L’autre stratégie de survie payante ? La solidarité. Être à deux donne davantage de chance de s’en sortir. L’union fait la force, non ? Le soutien, l’entraide, le grand-père maladroit en tire aussi tous les bénéfices. Lui qui ne tient pas en place retrouve aussitôt son équilibre dès qu’il entre en contact avec la douce et très efficace infirmière. Quelles prouesses il réalise ! Que ce soit dans son ballet sur roulettes, ou dans son numéro de funambule, il est littéralement renversant. Il nous fait mourir de rire. Dommage que cela ne dure pas plus longtemps !

Tout ce petit monde qui surgit d’on ne sait où compose la cour des miraculés. Parce que la vie est sur un fil ! Cette chronique humaniste d’un hôpital de fortune est salvatrice. Elle est aussi très poétique parce qu’elle nous rappelle que de rien, ou de si peu, peut advenir le meilleur. Il ne faut jamais perdre l’espoir, même dans les pires situations, un miracle peut survenir.

Un engagement (au propre et au figuré), une réflexion artistique inventive et aboutie, un univers très personnel : quel talent, déjà, pour cette jeune compagnie ! C’est miraculeux. Et c’est trop court ! Une seule représentation dans le cadre de ce festival. En revanche, de nombreuses dates en Île-de-France et surtout en province. Alors vous savez ce qu’il vous reste à faire. 

Léna Martinelli


Court-miracles, création collective

Compagnie Le Boustrophédon

www.quelle-enragee-coccinelle.blogs.com

Contact production et diffusion : Dominique Strée

Tél. 05 61 59 93 40

dstree@free.fr

Mise en scène : Christian Coumin

Avec : Loïc Apard, Lucie Boulay, Johanna Ehlert, Matthieu Siefridt

Création lumière : Arno Veyrat

Régisseur général : Richard Labit

Régisseur son : Laurent Postel

Régisseur plateau : Sasha Savic

Théâtre des Sources • 8 avenue J.-et-M.-Dolivet • 92260 Fontenay-aux-Roses

R.E.R. B Fontenay-aux-Roses

Réservations : 01 41 13 40 80

Samedi 15 novembre 2008 à 20 h 30

Durée : 1 h 10

16 € | 12 € | 8 €

21 € le pass Mar.T.O. 3 spectacles soit 7 € la place

Tous publics à partir de 7 ans

Tournée

• du 4 au 6 décembre 2008, Théâtre Romain-Rolland de Villejuif (94) – 01 49 58 17 00

• les 30 et 31 mars 2009, Théâtre du Vésinet (78) – 01 30 15 66 00

• du 2 au 5 avril 2009, Théâtre Jean-Arp de Clamart (92) – 01 41 90 17 02

• du 2 au 5 juin 2009, Petit Théâtre du T.N.T. (Toulouse) – 05 34 45 05 05

Et toutes les autres dates en province sur le site www.quelle-enragee-coccinelle.blogs.com

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher