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3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 16:15

Simplicité superbe
et poignante


Par Élise Noiraud

Les Trois Coups.com


Il y a des soirs comme ça, où on n’a pas envie d’aller au théâtre. Où on n’a pas envie de traverser la ville dans le froid de la rue, dans la chaleur du métro, encore bloqué. Des soirs où on rêve d’une maison-cocon où on pourrait se réfugier, échapper à la foule anonyme des boulevards, à la foule étrangère des halls de théâtre, à l’énergie que tout cela demande. Des soirs où on redoute, plus que tout, d’aller voir une pièce moyenne dont il faudra pourtant bien parler puisque, enfin, c’est le jeu. Bref, ce soir-là, « les Sept Jours de Simon Labrosse » ne partait pas avec la tâche facile. Mais il existe des pièces par lesquelles on se sent accueilli, comme en famille. Une sorte de famille idéale, où il fait bon, doux, où on peut se parler, être ensemble, rêver, rire, pleurer, inventer. Ce spectacle appartient à cette catégorie. C’est beau, drôle, juste, réussi. Alors, merci.

Dans le contexte de morosité ambiante qui berce notre société, cette pièce est une bénédiction. Simon Labrosse, sans emploi, convie les spectateurs à une représentation théâtrale de sept jours de sa vie, dans le but de gagner un peu d’argent. Il s’entoure de Léo et Nathalie, deux amis, pour l’aider dans cette tâche. Et commence la ronde de Simon, qui valse avec ses idées abracadabrantes pour trouver une place dans cette société. Cascadeur d’émotions, finisseur de phrases, spectateur de gens ordinaires… Simon cherche, essaye, toujours plein d’espoir. Le sourire toujours vissé aux lèvres tandis que les larmes n’en finissent pas de monter. Un texte de Carole Fréchette, puissant et mystérieusement juste, qui parle de l’envie de vivre et de la peur de ne pas trouver sa place. De la place de l’individu minuscule dans une société impitoyable et dévorante. De la perpétuelle lutte intérieure entre espoir et angoisse.

Pour monter ce texte de l’auteur québécois, Claude Viala s’est entourée de trois comédiens remarquables. Léonore Chaix, hilarante, joue une Nathalie obsédée par ses organes et leur bien-être. Hervé Laudière interprète Léo, à la fois drôle et touchant dans le rôle de ce grand type incapable de dire des mots positifs à cause d’une brique qui a heurté son cortex lorsqu’il était enfant. Et, enfin, Cédric Révollon est tout simplement bouleversant dans le rôle de Simon. Une lumière éblouissante émane de son jeu tout en finesse. Il est sur le fil, en permanence. Tout circule dans ce comédien, et son jeu fluide et profond nous émeut intensément.

© Loïc Loeiz-Hamon

Au final, on a du mal à imaginer trois comédiens plus adaptés pour interpréter Nathalie, Léo et Simon. Lumineux, émouvants, toujours justes, ils font preuve d’une attention et d’une générosité rares. Ils ne s’« écoutent » jamais, ne cherchent jamais à faire d’effets, mettent toute leur énergie à dire, à partager. Et, alors, ils nous laissent ravagés, bouleversés tant on se laisse embarquer. Leur refus de céder à l’autocomplaisance est une vraie et admirable leçon d’acteur.

Et l’espace laissé aux comédiens est tel qu’on finirait presque par oublier le regard qui a donné le liant à l’ensemble. Ce qui est, à mon sens, le gage d’une mise en scène vraiment réussie. Claude Viala signe un travail d’une grande beauté et d’une rare justesse. Ne laissant jamais de place au pathos, elle entraîne la pièce dans un rythme impeccable. Tout est juste sur le plateau, tout est utile, tout se met au service du texte que l’on entend à la perfection. La simplicité qu’elle a choisie sur scène révèle à la fois une grande finesse, une belle humilité et surtout une exigence d’aller à l’essentiel. Là aussi, la leçon est à prendre.

Il y a des soirs comme ça où on n’a plus envie de quitter le théâtre. Où on voudrait rester là, longtemps, à rencontrer ces personnages qu’on se surprend à aimer. Pourtant, il faut retourner dehors, dans la rue, le métro, la ville. Mais, mystérieusement, il y a des pièces comme ça qui vous rendent plus humains. Et qui vous laissent penser que, puisque dans un théâtre il existe cet espace-là, où les hommes parlent aux hommes, alors il est peut-être possible de le faire exister dehors, dans la rue, dans le métro, dans la vie. Peut-être. 

Élise Noiraud


Les Sept Jours de Simon Labrosse, de Carole Fréchette

Compagnie Aberratio mentalis • 29, rue des Orteaux • 75020 Paris

01 70 07 34 24

Mise en scène : Claude Viala

Avec : Léonore Chaix, Hervé Laudière, Cédric Révollon

Musique : Sanseverino

Scénographie : Loïc Loeiz-Hamon

Lumières : Jacques Dilmi

Théâtre de l’Opprimé • 78, rue du Charolais • 75012 Paris

Réservations : 01 43 40 44 44

Du 19 novembre au 28 décembre 2008 à 20 h 30, du mercredi au samedi, dimanches à 17 heures

Durée : 1 h 40

15 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

JOSSE 17/12/2008 19:49

Xtra, Je sais de quoi je parle car , dans le cadre de l'atelier Théatre 3ième année nous avons travaille les differentes sketches de la pièce. J'étais Nathalie, 3ème jour '...mais non c'est pas ça..." et je dois dire j'avais beaucoup de mal et je n'étais pas la seule. Notre metteur en scène s'est donné beaucoup de mal, mais...il nous manque le professionalisme et j'étais enchantée de voir ce spectacle dans toute sa splendeur. Je vais sans doûte revenir et le regarder une deuxième fois pour apprécier le travail des acteurs. La première fois nous étions trop implique emotionnellement, tellement c'était touchante.Encore un grand Bravo et surtout continuer à nous faire plaisir. 

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