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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 22:06

Un portrait bien pâle


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


C’est dans le cadre d’un travail mené tout au long de cette saison au théâtre L’Élysée que la compagnie Les Sept Sœurs propose ce soir, quelques jours après « Séance », « L’un de nous ne peut être faux ». Blandine Pinon et Louis Lheureux invitent ici le public à sonder « Orlando », personnage éponyme du roman de l’écrivain britannique Virginia Woolf. La proposition semble alléchante, le rendu est hélas plus mitigé.

Orlando est ce héros épique, doté de milles vies. Il a traversé les âges et multiplié les identités. Pour en incarner la complexité, ce sont deux jeunes comédiens que l’on trouve sur scène. L’un héros, l’autre héroïne, et tous deux sont Orlando. Ils s’affrontent dans un pseudo-duel physique et mental, avec la volonté de mettre en exergue l’ambiguïté de cet être à la personnalité plurielle. Orlando est à lui seul l’incarnation de la jeune aventurière, de l’homme de cour, de la bohémienne, ou encore de l’amoureux de la nature. Cet étrange séducteur multiplie les conquêtes et cumule les identités jusqu’à s’y perdre. En effet, au cours de ces cinquante minutes, ce sont tous les portraits du personnage qui sont passés en revue.

L’un de nous ne peut être faux s’apparente à une lecture, ce qui a le mérite d’appréhender la tonalité lyrique du texte. Des déclamations poétiques créent une ambiance bucolique en contraste avec des tonalités plus détachées, presque récitées. Ce mélange des tons n’est pas toujours très pertinent dans la mesure où l’on se demande si cet effet provient d’un manque de maturité dans le jeu des comédiens ou si cela relève d’un véritable choix. Cette pièce tire heureusement son originalité de sa nature hybride, avec la présence de moments dansés. Les mouvements servent le propos, l’illustrent parfois ou font sourire. Notamment lorsque Orlando explique son intérêt précoce pour la littérature, tout en s’adonnant à la chorégraphie avec des lampes et sur des gestes de pom-pom girl. Certains passages dansés sont semblables à des intermèdes, dont la vocation est de mener le public dans un au-delà des mots. On déplore pourtant le caractère trop peu assumé de cette dimension du spectacle, qui a finalement pour résultat de le maintenir dans un état d’entre-deux.

La scénographie, témoigne elle aussi d’une volonté d’originalité. Elle est composée d’une dizaine de luminaires qui donnent à cet univers un aspect tamisé. Certains d’entre eux sont suspendus au plafond, d’autres sont posés à même le sol, prêts à être manipulés par les comédiens. Ces lampes de chevet et abat-jour soulignent les traits et les visages, mettent par exemple en lumière la gloire d’un Orlando fait duc. Le tout donne à la pièce une ambiance très feutrée. Cette sensation est renforcée par la douce et lancinante musique du groupe islandais Sigur Ros. Quant aux cris de mouette, également présents dans les morceaux, ils renforcent l’aspect épique de certains passages.

L’un de nous ne peut être faux est un inventaire librement inspiré de l’œuvre de Virginia Woolf. Certains choix y sont judicieux, mais on regrette hélas le manque d’évolution de cette succession de tableaux, qui ne laisse à aucun moment de véritable place à l’explosion. Là où le duel était initialement annoncé, on se retrouve finalement bercé par une ambiance intimiste et contemplative, où l’attente engourdit quelque peu le spectateur. L’impression qui se dégage de cette galerie de portraits est semblable à ce qu’on ressent face à une esquisse un peu pâle, encore hésitante. On préférerait être devant une forme vraiment aboutie. 

Élise Ternat


L’un de nous ne peut être faux, de Virginia Woolf

Compagnie Les Sept Sœurs

Contact : 06 07 25 09 16

les7soeurs@orange.fr

Conception et interprétation : Blandine Pinon, danseuse, et Louis Lheureux, comédien

Conception son : Louis Dulac

Production : Les Sept Sœurs

Administration : Julie Le Corre

Théâtre L’Élysée • 14, rue Basse-Combalot • 69007 Lyon

www.lelysee.com

Métro et tram : Guillotière

Réservations : 04 78 58 88 25

Du 26 au 29 novembre à 19 h 30

Durée : 50 minutes

12 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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