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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Rien ne sert de courir
« Entre chien et loup » est le premier spectacle de marionnettes en langue des signes française et en français. C’est aussi un voyage ludique dans l’univers des fables de La Fontaine et l’occasion de découvrir un lieu extrêmement chaleureux, l’International Visual Theatre.
Niché au cœur de la cité Chaptal et dirigé par Emmanuelle Laborit, l’IVT est un de ces petits théâtres où il fait bon vivre et où on laisse volontiers tomber les moufles et le manteau. L’ambiance y est familiale et décontractée, et toutes les créations ont l’exigence d’intégrer la langue des signes dans la proposition artistique. Devant les guichets, une marelle dessinée à la craie annonce la couleur : ici, l’espace scénique se vit comme un vaste terrain de jeu. Et quoi de plus naturel que ce parti pris pour mettre en scène le fabuliste star des cours de récré ?
Il y a comme un petit air de fête dans ce décor de bric et de broc. Des ampoules de toutes les couleurs sont enroulées autour d’un vieux portique. De part et d’autre, des linges pendent, créant des cachettes naturelles pour les comédiens-marionnettistes. Le ton est donné, le lion et le rat peuvent faire leur entrée. Avec ses yeux en boutons et ses mitaines ingénieusement adaptées aux nécessités du langage des signes, le rat au joli minois s’impose très vite comme le narrateur récurrent de la soirée.
© Gérard Dumax
S’ensuit alors un merveilleux ballet. Les comédiens sourds et entendants superposent leurs mots, leur syntaxe et s’attendent à chaque carrefour, si bien qu’à la fin on ne sait plus bien si l’on écoute ou si l’on regarde. Mais, pour sûr, on s’amuse. Les marionnettes de Jeanne Sandjan n’y sont pas pour rien. On sourit facilement face à ce bestiaire de récupération, où les mocassins affublés de moustaches se transforment en loups, et où le lion affiche une crinière bon marché en balai brosse. Tout y passe : du gant Mapa au moule à gâteau, et le procédé contribue à renforcer le ridicule et la vanité de ces petits êtres composites.
On ne connaît que trop bien les fables de La Fontaine. Mais la force de son discours aurait parfois tendance à s’émousser derrière un certain folklore. Ici, la mixité des langages et la grande sincérité de l’interprétation nous aident à le comprendre. On y brocarde les vantards, les snobs et les froussards, on retourne à l’envi la pyramide hiérarchique. Les marionnettes sont souvent de bons vecteurs de la critique sociale. Et ça n’est pas François Guizerix, le metteur en scène, qui dira le contraire. Pour avoir collaboré entre autres au Bébête Show et aux Guignols de l’info, il sait tout le parti qu’on peut tirer de ces animaux-là et parvient à donner un ton décalé et bon enfant au spectacle.
Mais, au-delà même du rire, ce qui touche et fait mouche, c’est l’extraordinaire proposition de voyage dans la culture sourde et la force avec laquelle s’entrelacent les langages. Les gestes finiraient même par avoir plus de sens que les mots. Ici, on prend le temps, on respire. Homme pressé s’abstenir. ¶
Ingrid Gasparini
Les Trois Coups
Entre chien et loup, d’après les Fables de La Fontaine
Adaptation en langue des signes française : Bachir Saïfi, Emmanuelle Laborit et Corinne Gache
Mise en scène : François Guizerix
Assistante à la mise en scène : Marie Vitez
Avec : Bachir Saïfi, Hrystro, Maria Fitzi, Violaine Roméas, Marie Vitez, Yoann Robert, Élise Legros
Scénographie, conception et création des marionnettes : Jeanne Sandjian
Collaboration à la fabrication : Anne Terzian
Musique : Philippe d’Aram
Lumières : Nicolas Damien
Interprètes : Corinne Gache, SILS
Photographies : Jeanne Sandjian, Gérard Dumax
International Visual Theatre • 7, cité Chaptal • 75009 Paris
Réservations : 01 53 16 18 18
Du 26 novembre 2008 au 28 décembre 2008, représentations tout public, le mercredi à 14 h 30 et 20 h 30, le jeudi à 19 heures, les vendredi et samedi à 20 h 30 et le dimanche à 16 heures, représentations scolaires, le mardi à 9 h 30
Durée : 55 minutes
7 € à 21 €
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