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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 21:54

Une folie entre transe
et opacité


Par Aurore Krol

Les Trois Coups.com


« La Maison du sourd » est une chorégraphie inspirée du terme de la vie de Goya. C’est une référence à la Quinta del Sordo, le lieu où il réalisa ses peintures noires (« pinturas negras »), œuvres comme créées sous l’emprise de la folie.

Catherine Diverrès a été à la tête du centre chorégraphique de Rennes et de Bretagne depuis 1994. Avec la Maison du sourd, elle réalise sa dernière création en tant que directrice de l’établissement. Certaines danses sont aériennes et élancées, d’autres pèsent plus longuement sur la conscience. Les propositions chorégraphiques de Catherine Diverrès font partie de cette deuxième catégorie.

Dès le début, le spectacle déstabilise. Les danseurs arrivent du public, nous apostrophent par des ordres. L’espace d’un instant, on se demande si l’on doit véritablement intervenir… mais non. La forme alterne entre théâtre et danse, danse parfois soutenue par une composante sonore qui n’aide pas à la fluidité. La musique est en effet saturée, répétitive, agressive. Elle contraint le spectateur dans un rythme pulsionnel qui va jusqu’à la transe. Il y a cette impression de bourdonnement, comme si le son nous atteignait physiquement, mais qu’on ne serait plus capable de le recevoir harmonieusement. C’est Goya devenant sourd. Avec la conscience, le souvenir des sons, mais la perte de leur réalité sensible.

On assiste à une succession de tableaux hétéroclites. Certains passages sont réellement de l’ordre du jeu, clins d’œil aux exercices d’échauffement que l’on peut pratiquer au théâtre. D’autres moments sont en tension, très ancrés dans le sol, dans la matière. Parfois, un étrange dialogue s’instaure entre les danseurs. Un dialogue de sourds peut-être ? Répétant des ordres pour le moins surréalistes, ils s’imposent réciproquement des déplacements où le corps perd sa liberté, devient soumis à la volonté d’autrui.

La chorégraphe fait des choix affirmés, ne craignant pas l’opacité que certaines scènes suggèrent. Le gros plan en direct sur des fourmis ou sur la jambe d’un des comédiens qui se pique et laisse couler son sang sont deux exemples de cet aspect nébuleux. Parfois, l’usage de vidéos projetées en arrière-scène vient ouvrir l’espace du plateau. Mais, là aussi, certaines images ne font pas sens… Qu’importe, la danse demande aussi de décrocher du narratif, de l’explicable, du cérébral, pour parler à l’émotion.

Néanmoins, le spectacle aurait sans doute gagné en énergie si certains passages avaient été écourtés. Certaines danses pèsent plus longuement sur la conscience : dans les jours qui ont suivi la représentation, j’ai éprouvé le besoin de me renseigner sur la fin de la vie de Goya. De voir ces fameuses peintures noires. Cela m’a éclairée quant à la portée mimétique de certains jaillissements, de certaines tensions et torsions virtuoses qu’ont effectuées les danseurs. 

Aurore Krol


« La Maison du sourd », chorégraphie de Catherine Diverrès

Création

Collaboration artistique et scénographie : Laurent Peduzzi

Artistes invités : Monica Valenciano, chorégraphe ; Chus Dominguez, vidéaste

Avec : Valérie Lang (Wanda), Andrzej Deskur (Séverin), Philippe Cherdel (l’ami), Maëlle Bellec (la déesse), Dimitri Koundourakis (le Grec)

Danseurs : Fabrice Dasse, Julien Fouché, Emilio Urbina, Thierry Micouin, Monica Garcia, Pilar Andres Contreras

Musiciens : Seijiro Murayama, Jean-Luc Guionnet, Mattin

Lumières : Marie-Christine Soma

Costumes : Cidalia da Costa

Film du feu : Thierry Micouin

Habilleuse : Bibiane Blondy

Régisseur plateau : Julien Le Moal

Valérie Lang est habillée par Adam Jones

Fourrures : Caloyanis

Photo : Caroline Ablain

Théâtre national de Bretagne, salle Jean-Vilar • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Du 12 au 15 novembre 2008, mercredi et jeudi à 21 heures, vendredi et samedi à 19 heures

Renseignements-réservation : 02 99 31 12 31

www.t-n-b.fr

Durée : 1 h 20

Tarifs : de 17 € à 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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