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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 22:09

Le temps de faire un vœu…


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


« Dreadnoughts » m’avait tellement plu que je suis retourné voir Grichkovets, cette fois dans son autre spectacle : « En même temps ». Pour ceux qui ne tapent pas « les Trois Coups » dès leur arrivée au bureau (ce qui m’étonne, mais bon), voir explications ici-même sur cet artiste russe de passage à Paris. « Un peu moins bien que le précédent… », me chuchote à l’oreille une petite voix snob. « Très bon tout de même ! » lui répondrais-je.

Toujours le même énergumène, seul en scène, qui décrit (en russe !) tout ce qui lui passe par la tête. Et à ses côtés toujours le même Arnaud Le Glanic, qui traduit simultanément et sereinement ce méli-mélo. Coup de chapeau, au passage, à cet acteur-traducteur qui accomplit cet exploit avec une aisance de lutin. Car ce qu’il traduit, c’est beaucoup plus, et mieux, que les mots : c’est l’âme de Grichkovets. Une âme d’enfant qui nous raconte son désarroi devant notre monde d’adultes.

On ne voit pas tout de suite où il veut en venir, et tout d’un coup c’est là : simple et primordial. Grichkovets, c’est la mémoire d’un tas de choses qu’on a ressenties mais gardées pour soi. Des choses pas forcément honteuses, mais qui étaient un peu nos petits secrets, et qui là resurgissent devant tout le monde, dans ce décor de chambre d’enfant : avec cette lune et ces avions, ces étoiles de papier qui pendent des cintres. On a l’air fin !

Comme le titre l’indique, ce spectacle parle du temps. Celui que nous percevons mal : le temps « subjectif ». Qui nous laisse l’impression que nous passons en permanence à côté de notre vie. Le thème n’est pas nouveau. Ce qui l’est davantage, c’est cette façon de sauter, pour en parler, du coq à l’âne, en fait de réfléchir avec nous, à voix haute. Sans arriver bien sûr à rien. Grichkovets perpétue ainsi la tradition d’un type de conteur dont les pays de l’Est raffolent : le dynamiteur malgré lui.

Plus il essaie de comprendre ce qui se passe réellement en lui, pour lui, en somme personnellement, plus ça devient flou et fou. Statistiques à l’appui, notre « brave soldat Chvéïk de la sensation » entreprend donc d’étudier cet étrange phénomène de « déphasage » spatio-temporel. Il commence par le Transsibérien, poursuit avec les avions, le corps humain, la visite du Louvre, une cuite au printemps avec les copains, les anthropophages, Al Pacino dans le Parrain. Rien n’y fait.

Chaque fois, il en arrive à la même conclusion : nous ne savons presque jamais « quand » ce que nous ressentons a de l’importance ou non. Il s’explique en prenant l’exemple de la Joconde, dont il gardait précieusement une mauvaise reproduction imprimée sur un calendrier. Chaque fois qu’il la regardait, il la « ressentait ». Sa grâce, son sourire, tout. Une fois à Paris, au Louvre, tout a disparu. Devant la « vraie » Joconde, il ne ressent rien.

Grichkovets est pourtant tout le contraire d’un intellectuel. On sent qu’il aimerait mille fois mieux prendre la vie comme elle vient. Le problème, c’est ce décalage qu’il a avec elle, ce retard qu’il prend chaque fois sur ce qui lui arrive. Comme quand, adolescent, il voyait passer des étoiles filantes et qu’un copain lui demandait : « Tu as fait un vœu ? ». Bien sûr que non. Pour cela il eût fallu qu’il eût vécu comme on écrit. En faisant d’abord un brouillon. Qui en a le temps ?

Oh, Grichkovets a une idée ! Il va prendre une étoile dans son décor et revient vers nous. Son étoile à la main, il dit : « Maintenant, vous allez pouvoir faire un vœu. Avant de la laisser tomber, je vais compter jusqu’à trois. ». Rires dans la salle, tandis qu’il ajoute : « Même si vous n’y croyez pas, faites-le quand même. Personne ne le saura. ». Et, après avoir compté jusqu’à trois, il laisse tomber l’étoile dans un tonnerre d’applaudissements. 

Olivier Pansieri


En même temps, d’Evgueni Grichkovets

Agence Irina Yutkina

Mise en scène : Evgueni Grichkovets

Avec : Evgueni Grichkovets

Acteur-traducteur simultané : Arnaud Le Glanic

Lumières : Igor Votinov

Son : Dennis Tennov

Décor : Serge Savostianov, Serge Daniushevsky

Production (Russie) Agence Irina Yutkina | Producteur délégué (France) Prima Donna

Avec le soutien de Browston Investment

Théâtre Silvia-Monfort • 106, rue Brancion • 75015 Paris

Réservations : 01 56 08 33 88

www.theatresilviamonfort.com

Métro : Porte de Vanves, ligne 13 ; tramway : station Brancion

Vendredi 21 et samedi 22 novembre 2008 à 20 h 30, dimanche 23 novembre 2008 à 16 heures

Durée : 2 heures

22 € | 15 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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