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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Un élan partagé
Après Avignon, quatre comédiens montent et interprètent le « Partage de midi » de Claudel sur la scène des Gémeaux à Sceaux. Cette œuvre magistrale, en partie autobiographique, est admiralement interprétée.
Le Partage de midi n’est-il que
l’exutoire d’une déception amoureuse ? Paul Claudel l’écrit en effet alors qu’il découvre que Rosalie Vetch – qu’il a aimée et avec qui il a vécu – en aime un autre. Claudel fait de cette
passion déçue une œuvre dense, aux multiples niveaux de lecture, tiraillée entre le désir de Dieu et celui de l’aimée. Une œuvre torturée, au point que ce grand auteur catholique du siècle
dernier la juge indigne et tarde à la diffuser largement.
Car, derrière ce jeu de l’amour à quatre, la femme, le mari, l’amant et l’amoureux éconduit, derrière surtout le couple Ysé-Mesa, se profilent l’amour impossible de Claudel pour Vetch bien sûr, mais aussi celui de David pour Bethsabée, complotant la mort d’Urie, le légitime mari, aux amours sanctionnées par la mort de l’enfant adultérin.
Que l’on aime ou non cette pièce, marquée d’un style que d’aucuns trouveront démesurément emphatique, sa mise en scène aux Gémeaux, reprenant sa création à Avignon, est d’une modernité et d’une justesse irréprochables.
Des roulis, qui déstabilisent les quatre comédiens dans le premier acte, à la scène déstructurée du dernier, au sol retourné d’un lacis de tranchées, tout concourt à faire ressentir les errances des cœurs tiraillés entre les deux dimensions verticales et horizontales d’un amour divin et humain. Réunies comme les deux poutres d’une croix, c’est dans la souffrance, et au final la mort, qu’elles trouveront leur possible accomplissement, dans leur sacrifice. L’amour claudélien ne se consomme que dans son oblation.
Entre le mari insignifiant (Gaël Baron) et l’amant pressant (Nicolas Bouchaud), Valérie Dréville incarne avec une riche palette d’attitudes une Ysé conquérante, croqueuse d’hommes, femme-enfant, héroïne malmenée par les bourrasques du destin. À côté de cette femme interdite, Jean-François Sivadier campe un Mesa tout en émotion, au bord de la folie de trop aimer, en combat permanent.
Par cette grande tragédie, qui nous confronte au désir vampirisant, tendu vers des amours « impies », Claudel interroge. Dans une société qui prône la réalisation de tout désir, cette œuvre date-t-elle un peu ? Ou au contraire nous invite-t-elle à prendre la mesure de ce à quoi nous consentons ? Car il est plus facile de s’offrir que de vraiment se donner, et ceux qui ainsi se donnent ne songent plus à se reprendre. ¶
Olivier Pradel
Les Trois Coups
Partage de midi, de Paul Claudel
Mise en scène : Gaël Baron, Nicolas Bouchaud, Charlotte Clamens, Valérie Dréville, Jean-François Sivadier
Avec : Gaël Baron (Ciz, le mari), Nicolas Bouchaud (Amalric, l’amant), Valérie Dréville (Ysé), Jean-François Sivadier (Mesa, l’homme passionné)
Collaboration à la scénographie : Christian Tirole
Travail sur le mouvement : Philippe Ducou
Costumes : Virginie Gervaise
Lumières : Jean-Jacques Beaudouin, Philippe Berthomé
Son : Jean-Louis Imbert
Maquillage : Magali Ohlmann
Photo : Christophe Raynaud de Lage
Les Gémeaux • 49, avenue Georges-Clemenceau • 92330 Sceaux
Réservations : 01 46 60 05 64
Du 12 au 23 novembre à 20 h 45, du mardi au samedi, dimanche à 17 heures, relâche le lundi
Durée : 2 h 25
24 € | 19 € | 16 €
En tournée :
– Du 27 au 29 novembre 2008, au centre dramatique d’Orléans
– Du 3 au 6décembre 2008, à l’espace Malraux de Chambéry
– Du 10 au 13décembre 2008, à La Rose des vents, de Villeneuve-d’Ascq
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