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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 15:32

Retour triomphal du père Ubu à Rennes


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Marco Martinelli a présenté au festival « Mettre en scène » une adaptation de la pièce de Jarry, « Ubu roi », joyeuse et pleine de vie, qui a enthousiasmé les spectateurs.

Le père Ubu est chez lui à Rennes, non que son créateur fût rennais, mais parce que Jarry a découvert un de ses modèles en son professeur de physique, le « père Hébert », quand il était élève au lycée de Rennes. C’est donc en personnage familier qu’il était attendu par les spectateurs du T.N.B., qui fait face au lycée Zola, de l’autre côté de la rue.

Martinelli a décidé de transporter l’action en Afrique, au Sénégal plus précisément, tout en continuant à faire d’Ubu un roi de Pologne. On entend toujours parler de « chandelle verte », de « palotins », et les principales péripéties sont reprises, mais l’histoire est modernisée sans complexe. Ubu buur – c’est la traduction d’Ubu roi en wolof, la langue vernaculaire majoritaire au Sénégal – met en scène le prototype de nombreux dictateurs africains, putschistes issus de l’armée. Cela permet à la pièce de parler aussi des enfants-soldats et de tous ces jeunes qui essaient de fuir la misère sur des bateaux de fortune.

Autour de Mandiaye N’Diaye, un griot sénégalais, qui campe un formidable père Ubu, gras à souhait, couard mais malin, de la mère Ubu, son épouse blanche, et de cet ectoplasme qu’est Bordure évoluent une joyeuse bande d’adolescents, recrutés dans un village près de Thiès au Sénégal. La troupe est complétée par quinze jeunes scolaires, recrutés dans les quartiers populaires de Rennes et travaillant depuis le mois de septembre. Ces divers éléments se sont parfaitement imbriqués et forment un ensemble tout à fait cohérent.

« Ubu buur »

L’Afrique est évoquée par un bruit de ressac incessant tandis que passent des nuages de fumée ; n’était l’absence d’odeur de poisson séché, on se croirait quelque part sur la Petite Côte entre DaKar et M’Bour. Les passages « polonais » sont introduits par des chœurs classiques.

Martinelli, comme à son habitude, a métissé diverses formes théâtrales, chorégraphiques et musicales. On voit passer fugitivement du guignol dans la mort du roi polonais ou dans la gestuelle de la mère Ubu. Bordure et sa langue pendante de chien toujours prêt à se coucher font plutôt penser à la farce. Les chants et les danses exécutés par les jeunes Sénégalais, au son du djembé, appartiennent évidemment à la tradition du théâtre africain.

Il faut louer Martinelli d’avoir fondu tous ces éléments hétéroclites en un ensemble harmonieux, même s’il défie la classification critique. Conduit sur un rythme endiablé, en français, italien et wolof, Ubu buur entraîne les spectateurs dans un tourbillon de mots, de couleurs et de sons. La salle, envahie par les acteurs, a chaviré de bonheur à la fin de ce spectacle qui a su traiter sans morosité de problèmes sérieux pour ne pas dire graves. 

Jean-François Picaut


Ubu buur, d’après Alfred Jarry

Italie | Sénégal | France

Dramaturgie et mise en scène : Marco Martinelli

Idée : Marco Martinelli, Ermanna Montanari, Mandiaye N’Diaye

Avec : Mandiaye N’Diaye, Ermanna Montana, Roberto Magnani, Danilo Maniscalco, Boubacar Diaw, Moussa Gning, Mame Mor Diop, Aliou N’Diaye, Aliou Bouba N’Diaye, Cheikh N’Diaye, M’Baye Babacar N’Diaye, Mor N’Diaye, Mouhamadou N’Diaye, Ndiaga N’Diaye, Khadim N’Diaye, Kingsley Ngadiuba, Yannick Kadhi, Medhi Berrrüdra

Et pour les représentations de mercredi 19 novembre, vendredi 21 novembre, samedi 22 novembre 2008 à 21 heures : Agnès Lioko, Alice Giron, Émilien Giron, Bertty Hilaire, Vanesse Isidor, Moumey Maga, Canelle Nlend Njem, Yannick Kadhi, Ezzine Knani, Angelo Rubrice ; pour les représentations de jeudi 20 novembre et samedi 22 novembre 2008 à 16 heures : Naynra Ahamedi Abdou Baka, Marly Ba, Aurélie Bannis, Clara Bikoumou, Grace Diyamona, Allisson Koç, Stéfie Rivoal, Medhi Benaïcha, Sefer Demir, Abdoulaye Diouf, Abdel Aziz Guig, Rohat Gunes, Ibn-Abbas Salimini

Décor : Ermanna Montanari

Costumes : Ermanna Montanari et Roberto Magnani

Création lumière : Francesco Catacchio

Son : Enrico Isola

Coproduction : Ravenna Teatro, festival des Francophonies en Limousin, Comune di Ravenna-Assessorato alle Politiche Giovanili I Provincia di Ravenna en collaboration avec Teatro Festival Italia-Napoli | VIE Scena Contemporanea Festival-Modena

Théâtre national de Bretagne, centre européen théâtral et chorégraphique • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Billetterie : 02 99 31 12 31

www.t-n-b.fr

Mercredi 19 novembre 2008 à 20 heures, jeudi 20 novembre 2008 à 20 heures, vendredi 21 novembre 2008 à 20 heures, samedi 22 novembre 2008 à 16 heures, dimanche 23 novembre 2008 à 21 heures

Durée : 1 h 30

5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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