Vendredi 21 novembre 2008 5 21 /11 /Nov /2008 17:27

Quand un névrosé rencontre

un psychopathe…

 

Quel est le lien entre le mariage, l’Empire State Building, un micro-ondes, un clochard, un gigot et l’amour ? Si vous allez voir « Riverside Drive », au très sympathique et chaleureux Théâtre des Marronniers à Lyon, vous le saurez ! Et soyez-en sûrs, votre vision du réel en sera changée. Définitivement.

 

Écrite par Woody Allen, Riverside Drive est une courte pièce en un acte, jouée pour la première fois à New York en 2003, qui satisfera votre gourmandise de spectateur, aguerri ou non. Et, comme « les intrigues les plus simples sont les meilleures », vous ne serez pas déroutés par l’histoire. Un homme attend. Veste de tweed fade, pantalon de velours beige, col relevé. Il a l’air sérieux et ennuyeux. Il a la tête de l’emploi : il est écrivain-réalisateur à succès. Il s’appelle James, Jim pour les intimes, et paraît agacé. Sa maîtresse, Barbara, est en retard, et il fait froid. La soirée commence mal. C’est sans compter sur l’arrivée de Fred, un clochard à la mine patibulaire, qui décide de lui tenir compagnie. Là, l’attente vire au cauchemar, pour le plus grand plaisir du spectateur.


Car Fred n’est pas un clochard comme les autres. C’est un illuminé. Un dingue. Échappé de l’asile. Obsédé par un complot fictif, oscillant entre plusieurs personnalités et totalement « paranoïde ». Mais vous le trouverez très, très, sympathique. Il est connecté à l’Empire State Building par une sorte de système d’ondes qui lui révèle nombre de vérités gênantes sur le compte de son interlocuteur. Il sait tout de lui : le nom de sa maîtresse, le scénario de son dernier film, l’abîme conjugal dans lequel Jim s’enfonce depuis que sa femme Lola (« à tête de hamster ») a accouché de ses jumeaux, la culpabilité qui le ronge depuis qu’il la trompe, bref, l’Empire State Building semble être un informateur très fiable. Jim angoisse, cherche une issue, quand la pulpeuse Barbara interrompt ce dialogue surréaliste. Et les ennuis commencent…


© Éric Bernath


Vous l’aurez compris, ce spectacle loufoque est une comédie qui met en scène un homme rongé par ses névroses et un psychopathe qui a renoncé à son traitement et préfère joyeusement dire qu’il est « piqué de la tarentule », comprenez un créatif au génie méconnu. Fred est un personnage extraordinairement drôle qui va aider Jim à adopter un autre regard sur le monde, moins bourgeois, moins raisonnable, moins judéo-chrétien, moins rasoir. Vous vous laisserez séduire par son côté lunaire, pour ne pas dire martien, et ne douterez plus, à la sortie du spectacle, que son « ADN brille dans le noir ». Cela vous fera même envie. Des spécimens comme lui, vous aurez rarement l’occasion d’en voir sur les planches.


Mais Riverside Drive est plus qu’une comédie. Le texte est subtilement écrit et très bien servi par les deux comédiens qui nous livrent l’air de rien une vraie réflexion, cinglante donc jubilatoire, sur le monde, et en particulier sur les délicates complications de l’existence humaine. Un exemple ? « Est-ce si formidable d’être un être humain ? Vous avez déjà assisté à une réunion de copropriétaires ? » Ou encore : « J’ai déjà été marié. Je ne me rappelle de rien, sauf qu’elle appelait tout le temps les secours… » Courrez voir ce duel drôle, original et intelligent, et les questions que vous vous posez peut-être déjà sur le monde seront moins cartésiennes, donc bien plus pertinentes ! 


Maud Sérusclat

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Riverside Drive, de Woody Allen

Compagnie Le Radeau

Mise en scène : Vincent Puysségur

Avec : Romaine Friess, Alain Gandy, Vincent Puysségur

Scénographie : Célia Guinemer-Langlois

Lumières : Philippe Andrieux

Univers sonore : Yvan Kaya

Régie : Georges-Antoine Labaye

Théâtre des Marronniers • 7, rue des Marronniers • 69002 Lyon

Réservations : 04 78 37 98 17

www.theatre-des-marronniers.com

Du 19 novembre au 7 décembre 2008, du mercredi au samedi à 20 h 30, le dimanche à 17 heures

Durée : 1 h 10

14 € | 11,50 € | 10 €

Publié dans : France-Étranger 1998-2011 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
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