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21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 13:22

Petits et grands secrets


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Sur une commande du comité de lecteurs du T.N.B., Carole Fréchette nous livre une pièce renouvelée de « Barbe-Bleue », qui mêle conte, intrigue quasi policière et investigation quasi psychanalytique. Un cocktail que les spectateurs semblent apprécier.

Sur la scène de la Petite Pièce en haut de l’escalier sont disposés, çà et là, des fragments d’escaliers en bois blanc. Un lustre clinquant, en cristal, descend du plafond. Nous sommes dans la maison aux vingt-huit pièces du richissime Henri (Laurent Meininger), qui vient d’épouser en secondes noces la jeune Grâce (Ève Gollac). Dans les murs noirs du décor sont découpées des fenêtres horizontales, d’où nous pourrons voir et entendre les personnages du monde extérieur.

Quand la salle s’éteint, au début du spectacle, seuls les profils des marches d’escalier sont éclairés, comme par un effet de lumière noire du plus bel effet. Cet esthétisme se retrouve à plusieurs niveaux dans la mise en scène et notamment dans les déplacements des personnages, souvent ralentis et décomposés, qui font penser à une chorégraphie.

C’est que Carole Fréchette, l’auteur québécoise, en reprenant le mythe de Barbe-Bleue et de sa pièce interdite a écrit un texte qui jongle constamment entre le monde imaginaire du conte et le réalisme. Ne verra-t-on pas paraître sur la scène – cet épisode m’est resté hermétique – un sanglier et ce qui m’a paru être un cerf ? La mise en scène de Blandine Savetier accentue le mélange intime du monde réel et de l’onirisme, faisant se fondre répliques, didascalies et monologues intérieurs.

Nous voilà donc plongés dans l’histoire de ce nouveau couple, sous l’œil de la mère de Grâce, Jocelyne, interprétée par Catherine Baugué, de sa sœur, Anne (Amandine Pudlo) et de la domestique, Jenny (Marie-Laure Crochant). Grâce a fait, comme l’on dit, un beau mariage. Elle, la petite employée, a été remarquée puis épousée par le richissime Henri. Est-elle comblée ? Elle le dit à Henri. Sa mère veut le croire : n’a-t-elle pas la chance qu’Henri ne lui refuse rien ? Anne, l’aide-soignante, qui a épousé, dans son milieu, son amour d’enfance, en doute. Pour elle, qui travaille dans l’humanitaire, le bonheur ne peut se résumer à la possession et à la jouissance de biens matériels. Quant à Jenny, immigrée en quête de réussite sociale, elle observe narquoisement ce monde étranger, n’oubliant pas d’en tirer profit quand l’occasion se présente.

On le voit, Carole Fréchette a considérablement agrandi la portée sociale et psychologique du conte de Perrault. La pulsion qui pousse Grâce à enfreindre l’ordre de son mari, ne pas pénétrer dans la petite pièce en haut de l’escalier dérobé (clin d’œil à Hugo ?), nous conduit à explorer, sous les apparences, les rapports de couple, les liens mère-fille et entre sœurs, les relations entre maîtres et serviteurs.

Le mystère de la petite pièce interdite, où Anne entrera assez rapidement, ne sera jamais complètement révélé, mais nul ne sortira indemne de cette quête du secret. Le conte n’a pas de morale : il appartient à chacun de conclure comme il lui plaira.

Le public, à juste titre, a apprécié cette œuvre légère et grave à la fois, servie par une remarquable interprétation et une mise en scène inventive. 

Jean-François Picaut


La Petite Pièce en haut de l’escalier, de Carole Fréchette

Mise en scène : Blandine Savetier

Avec : Catherine Baugué, Marie-Laure Crochant, Ève Gollac, Laurent Meininger, Amandine Pudlo

Assistant à la mise en scène : Grégoire Aubert

Scénographie-installation : Emmanuel Clolus

Lumière : Laïs Foulc

Compositeur : François Marillier

Costumes : Sabine Siegwalt

Dramaturgie : Waddah Saab

Regards et accompagnement pour le travail du corps : Loïc Touzé et Carole Perdereau

Masques : Fabien Leduc, Philippe Allègre

Constructions du décor : Yann Cholet

Couture : Laurence Frabot, Morgane Lemeunier

Photo : Caroline Ablain

Administration de production pour la compagnie : Ana Da Silva Marinier

Régie générale : Pierre Guisnel, Sébastien Martin

Régie son : Lucile Demars

Régie lumière : Jean-Charles Esnault, Benoît Brochard

Production : Théâtre national de Bretagne, Rennes

Coproduction : Cie Longtemps je me suis couché de bonne heure, Théâtre du Rond-Point, A.R.C.A.D.I.

Avec le soutien de : la D.R.A.C. Nord - Pas-de-Calais, le conseil régional Nord - Pas-de-Calais, la S.A.C.D. fond Syndéac

Avec la participation artistique du J.T.N. (Jeune Théâtre national)

Le texte de la Petite Pièce en haut de l’escalier a été commandé par le comité de lecteurs du T.N.B., et a été publié aux éditions Actes Sud

Théâtre national de Bretagne, centre européen théâtral et chorégraphique • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Durée : 1 h 45

Billetterie 02 99 31 12 31

www.t-n-b.fr

Entrée : 5 €

– Aire libre (Saint-Jacques-de-la-Lande)

mardi 11 novembre 2008 a 19 heures, mercredi 12 novembre 2008 à 21 heures, jeudi 13 novembre 2008 à 21 heures, vendredi 14 novembre 2008 à 21 heures, samedi 15 novembre 2008 à 21 heures

– Théâtre de Cornouaille, scène nationale de Quimper, le mercredi 19 novembre 2008

– Théâtre du Rond-Point (Paris), du 9 janvier au 15 février 2009

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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