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21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 10:23

Pour une petite danse au volant

 

En 1959, avec son spectacle intitulé « Kinjiki », Tatsumi Hijikata fonde une nouvelle forme de danse, le butô. Le Théâtre de la Ville nous invite à découvrir cette « danse des ténèbres » grâce à Jeanne Balibar et Boris Charmatz qui reprennent les textes du maître pour composer « la Danseuse malade ». Le programme semblait alléchant, mais, malgré des débuts prometteurs, le spectateur reste rapidement sur sa fin…

 

Le spectacle commence fort avec l’explosion d’une tête d’homme casqué et habillé comme un cosmonaute. Il n’est pas mort, au contraire, il semble renaître. Ainsi, il sort de sa coquille presque nu et commence à arpenter le sol tel un félin, griffant le plateau afin de le dépecer. L’éclairage nous souligne les traits du corps marqué par les crispations organiques. Une femme rejoint l’homme, et le duo se déchaîne dans ce combat où le corps lutte contre la matière. Ce moment est beau, il est à l’image de l’esprit butô. C’est-à-dire une variation entre vie et néant, signifiée à la fois par une tension musculaire, une lenteur extrême des mouvements, un oubli de la forme en vue de faire émerger l’être profond. Le butô, c’est aussi frapper le sol du pied ou encore le griffer pour que de la terre surgissent les esprits. Jusque-là, on est transporté, l’enchantement fait son chemin. Mais il est, malheureusement, de courte durée.


En effet, même si le titre nous annonçait la couleur, on était loin de penser que la maladie fictive de la danseuse serait, dans son abattement, si contagieuse. Car ce qui n’est pas précisé, c’est qu’elle est tellement malade qu’elle ne dansera pas… Déception oblige. Certains me diront qu’il faut voir dans le butô une autre forme de danse qui n’a aucune comparaison avec la danse occidentale. Certes… Pourtant, il me semble tout de même un peu ardu de danser en passant la moitié d’un spectacle dans une voiture. Qui plus est quant on a un rhume.


© Fred Kihn


Ainsi, pendant plus d’une demie-heure, on se demande ce que la danseuse a fait de son compagnon et quand elle se décidera enfin à sortir de son véhicule. Patience. On pense qu’elle finira bien par avoir envie de bouger son corps pour fouler à nouveau la terre ferme. En attendant, elle nous raconte une histoire en parlant du nez, ce qui ne manque pas d’humour au début, mais devient vite ennuyeux et monotone. Bien que les textes de Tatsumi Hijikata suscitent l’intérêt, le monologue nous fait néanmoins perdre le fil, et la salle, elle, perd quelques spectateurs en cours de route. Les rires nerveux de mes voisines de devant ne font que confirmer mon impression du moment : les spectateurs semblent déroutés.


Mais la danseuse continue sa balade en voiture avançant, reculant, faisant le tour de la piste et déclamant son texte, à qui veut l’entendre… Évidemment, l’idée d’un véhicule est intéressante pour parler du déplacement des expériences, des cultures… Mais il manque un souffle, une respiration qui viendraient rythmer ces allées et venues pour mieux nous en livrer le sens. Toutefois, l’arrivée d’un chien vient rompre ce ton monocorde et nous fait retrouver le sourire. C’est à présent au tour de l’animal de lutter contre l’homme. Mais l’apparition est furtive…


Peut-être faut-il mieux connaître les textes de Tatsumi Hijkata pour en saisir les subtilités. Mais, même après une heure et quart passée à entendre la danseuse nous raconter son histoire, qui est celle de sa danse, j’ai pour ma part eu du mal à m’y retrouver. Néanmoins, au-delà de ces remarques, il est évident que le spectacle est travaillé, réfléchi, mené avec précision dans ses choix par le chorégraphe Boris Charmatz et Jeanne Balibar. En tout cas, apparemment, le mystère du butô n’a pas été percé pour moi ce soir… Sans doute faut-il renouveler l’expérience pour mieux l’apprécier…


Emily Lombi

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Danseuse malade

Association Edna

Chorégraphie : Boris Charmatz

Textes : Tatsumi Hijikata

Traduction : Patrick De Vos

Avec : Jeanne Balibar, Boris Charmatz

Décors : Alexandre Diaz, Dominique Bernard

Création lumière : Yves Godin

Création sonore : Olivier Renouf

Théâtre de la Ville • 2, place du Châtelet • 75004 Paris

Réservations : 01 42 74 22 77

Du 12 au 15 novembre 2008 à 20 h 30

Durée : 1 h 15

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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