Frais cancan
La Compagnie Minute papillon ! nous offre de découvrir au Ciné 13 Théâtre une opérette méconnue d’Offenbach, teintée d’une gentille misogynie. Après les femmes savantes, voici les bavardes… dans un spectacle frais et pétillant de drôlerie.
Mêlant le comique de Molière et la nervosité d’un dessin animé, l’opérette d’Offenbach, mise en scène par Ned Grujic, est un ravissement de pétulance. Dans une petite ville espagnole, le sans-le-sou Roland « souffre de l’estomac et du cœur » : il tente de rejoindre en cachette l’adolescente Inès, tout en échappant à ses nombreux créanciers (aux têtes d’attaché-case). Quand Sarmiento, l’oncle de la belle, embauche le jeune homme pour contrer l’incessante logorrhée de son épouse Béatrix, le notable ne se doute pas un instant que le remède est pire que le mal : il fait entrer chez lui et le prétendant de sa protégée et un second bavard, qui, associé au final à Béatrix, lui rendra la vie impossible.
Cette histoire, aux gentils accents misogynes, est servie avec justesse, sans fausse note, dans une mise en scène parfaitement huilée. Anne Bothuon l’installe dans un décor aux verts et roses acidulés, et la pare de costumes espagnols modernisés, où tout est nommé, comme le tailleur à « pois » de Béatrix ou le papier peint à « fleurs », en multiples échos visuels aux torrents verbaux des « bavards ».
© Cie Minute papillon !
Derrière la légèreté apparente de cette opérette, se cache une douce satire des clichés entourant les relations humaines. Qui n’a jamais été « saoûlé » par un bavard inextinguible au point de n’avoir envie que de fuir ? Béatrix et Roland – qu’incarnent avec talent Violaine Fournier et Margot Dutilleul – en sont de sublimes illustrations. Elles servent admirablement une partition qui épouse le débit et les rythmes des propos interminables, à en perdre le souffle, tout comme elle évoque les pièces que compte et recompte Philippe Scagni.
Intarissable et touchante, Violaine Fournier, surprise en plein déni de babillage, se dresse contre sa réputation de bavarde et la volonté de son mari de la faire taire. Après la tyrannie de l’épouse, vient celle de l’amante : dans le couple formé par l’alcade (Gaëlle Pinheiro) et son greffier (Julien Le Hérissier), la première vampirise le second, en véritable executive woman nymphomane à la sensualité de tigresse et aux ardeurs irrépressibles. Le piano devient le témoin de leur ébats, dans une scène des plus torrides.
En ultime revanche, les bavards se mureront dans un complot du silence et précipiteront le départ de Sarmiento. Beau dénouement qui invite les bavards à ne pas se réfréner et aux autres à ne pas les contraindre. Tous goûteront cette savoureuse leçon de joie de vivre. ¶
Olivier Pradel
Les Trois Coups
Les Bavards, de Jacques Offenbach
Compagnie Minute papillon !
Mise en scène : Ned Grujic
Avec : Margot Dutilleul (Roland), Violaine Fournier (Béatrix), Julien Le Hérissier (le greffier), Gaëlle Pinheiro (Inès, l’alcade Christabelle), Philippe Scagni (Sarmiento)
Direction musicale : Frédéric Rubay
Accompagnement musical : Julien Le Hérissier
Décors et costumes : Anne Bothuon
Lumières : Philippe Sazerat
Ciné 13 Théâtre • 1, avenue Junot • 75018 Paris
Réservations : 01 42 54 15 12
Du 12 novembre au 31 décembre 2008 à 19 h 30, dimanche à 15 h 30, relâche le lundi, les 21 et 28 novembre 2008, les 4, 21, 25 et 28 décembre 2008
Durée : 1 heure
23 € | 16 € | 10 €
Tournée :
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