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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Un huis clos subtil et oppressant
Le jeune et talentueux Fausto Paravidino a scruté dans « Due fratelli » les arcanes de la folie ordinaire. L’adaptation française de sa pièce au Petit Théâtre du Gymnase, tout en violence diffuse, nous convie aux confins du normal et du pathologique.
La pièce commence comme une banale histoire de colocation. Deux frères accueillent une jeune femme, Erica, amante
de l’un – Lev – et objet de la jalousie de l’autre – Boris. Pour ce couple à trois, le quotidien – tout comme les motifs en damier de leur unique pièce commune – va
être réglementé jusque dans ses moindres détails, sans que le contrat qui s’impose à eux ne permette un véritable vivre-ensemble. Ces trois existences demeurent juxtaposées comme les trois
horloges au mur dont les aiguilles ne coïncident jamais. Dans l’équilibre qui tient ensemble Boris et Lev, l’arrivée d’Erica révèle les failles de chacun tout en précipitant un drame qui menace
à chaque instant.
Entre les tocs d’un Boris un peu simple pour qui le rapport aux objets devient obsessionnel et les peurs de Lev qui se muent en colère violente voire meurtrière, le spectateur ne sait ce qui est le plus grave : ces deux folies qui s’équilibraient deviennent vite ingérables quand chacune est livrée à elle-même. Entre ces deux grands malades – chacun à leur manière –, Erica bouillonne de vie, ne cesse de changer de tenue et de couleurs… frêle créature (un peu nymphomane) qui ne mesure peut-être pas toujours la portée de son insouciance et de ses provocations alors que se tissent autour d’elle des rets mortifères.
Fausto Paravidino livre ici des dialogues âpres, à l’humour grinçant, qui flirtent en permanence avec la folie. Jean-Romain Vesperini, qui signe et la traduction et la mise en scène, mène ses trois comédiens dans un huis clos subtil et oppressant, où la folie de Boris puis celle de Lev apparaissent petit à petit, par des signes imperceptibles et anodins. La tension entre ces êtres ne fait que croître – des assiettes cassées aux coups assénés –, alimentée par l’application sans bienveillance du règlement commun et scandée par les coups du carillon, jusqu’au fatal dénouement.
Entre folie et innocence, ces trois êtres, aux sentiments croisés, se font manipulateurs, brouillent notre vision de la réalité, mêlent le mensonge à quelques éclats de vérité, pratiquent le harcèlement moral. Admirablement servis par Andrea Brusque, Fabien Floris et Guillaume Burzstyn, ces trois personnages nous mènent dans un univers où le spectateur perd pied, sans discerner la limite entre le réel et le délirant. ¶
Olivier Pradel
Les Trois Coups
Deux frères, de Fausto Paravidino
Compagnie Ici et maintenant
Traduction : Jean-Romain Vesperini
Mise en scène : Jean-Romain Vesperini
Avec : Andrea Brusque (Erica), Guillaume Burzstyn (Boris), Fabien Floris (Lev)
Scénographie : Caroline Schilling
Costumes : Sonia Bosc
Petit Théâtre du Gymnase - Marie-Bell • 38, boulevard de Bonne-Nouvelle • 75010 Paris
Réservations : 01 42 46 79 79
Du 12 novembre au 31 décembre 2008, du mercredi au samedi à 19 heures, relâche les dimanche et mardi
Durée : 1 heure
19 € | 10 €
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