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20 avril 2006 4 20 /04 /avril /2006 11:22

Le Tour d’écrou, d’après Henry James

 

Création le 31 mars 2006 au Pot-au-Noir à Rivoiranche (Isère), puis présenté en septembre 2006, dans le cadre de la Fête à Rivoiranche

 

• Du 2 au 6 mai 2006, représentations au Théâtre des Halles à Avignon, à 20 h 30

 

Réservations : 04 32 76 24 51

 

• Du 14 au 25 juillet 2006 à l’Entrepôt à Avignon

 

Avec Camille Carraz, Michèle Dorlhac, Sophie Mangin, Isabelle Provendier, Sophie Vaude.

 

Mise en scène, adaptation et scénographie : Jean-François Matignon

 

Collaboration artistique, formes et peintures : Natalie Lamotte

 

Costumes : Gérard-Gustave et Lola Chambon

 

Assistés de Kim (Consulat - Grenoble)

 

Musiques : Gustav Malher, GodSpeedYouBlackEmperor

 

Construction : Sylvain Audemard

 

Pour un théâtre non illustratif

 

1. D’abord, il y a cette phrase d’Henry James : « C’est l’art qui fait la vie, et la forme seule qui sauve les œuvres d’art. »

 

Il y a aussi cette phrase de Jean-Luc Godard, souvent lue et mûrie à l’aube d’un nouveau projet : « La représentation console de ce que la vie est difficile, mais la vie console de ce que la représentation n’est qu’une ombre. »

 

J’y vois, l’ébauche du dessin général d’une vision de la vie : la fiction – l’œuvre – comme image d’un abri commun, un lieu de consolation (Shelter from the Storm, le si beau titre de Bob Dylan).

 

Le Tour d’écrou débute autour d’un foyer, d’un âtre où brûle un feu. C’est là que naît le récit.

 

2. Dans le roman de James, il y a une succession de récits enchâssés les uns dans les autres (comme des cadres). Il y a la parole « imprimée » (le récit du narrateur, le récit de Douglas), il y a l’écrit (le journal de la gouvernante), il y a deux vocabulaires pour un récit construit en cascades. Le travail au plateau devra composer avec cette complexité.

 

3. Dans le roman, il y a les faits (du moins ce que l’on en sait grâce au récit de la gouvernante narratrice), et cette question qui naît aussitôt : les Autres, ces spectres qui semblent vouloir prendre possession des enfants, sont-ils réels, ou bien sont-ils le produit de l’imagination de la gouvernante ?

 

4. Le travail au plateau : un montage de fragments, comme des bribes de langues étrangères assemblées suivant une règle du jeu qui serait l’intuition sensible. Paroles « imprimées », extraits du journal, incarnations des figures de l’histoire (la jeune gouvernante ; Flora et Miles, les enfants « corrompus », scrutés par le regard des adultes ; Miss Grose ; Peter Quint le « corrupteur » et Miss Jessel, les Autres ; l’oncle absent et fantasmé). Des pantins en bois. Des objets épars.

 

5. Autre vocabulaire en jeu : celui de la peinture.

 

« Je comprends mon travail comme l’expression d’une violence omniprésente. C’est cette violence qui nourrit mon travail, pour dire “ce moment de l’intérieur” qui va s’arracher du corps et se structurer sur la toile. » (Natalie Lamotte)

 

6. Une question de points de vue et d’axes de regards : lorsque la gouvernante voit Quint en haut de la tour, elle est en contrebas ; lorsqu’elle le voit derrière la vitre du salon, il y a cet obstacle de verre entre eux. Lorsque la gouvernante voit Miss Jessel dans le parc, entre elles deux il y a le lac ; Flora, troisième côté de ce triangle dramatique leur tourne le dos. À chaque fois, une géométrie implacable qui dessine un entrelacs infernal de rapports de force.

 

7. Au plateau, cinq actrices pour sonder les phobies en jeu dans l’histoire – phobies profondément enracinées dans la nature humaine – pour explorer cet entrelacs de pulsions en plaçant le travail sous le signe de la féminité, une féminité aux multiples visages pour fouiller ces deux hypothèses : le choc poétique de la rencontre avec les fantômes, et l’hystérie de la gouvernante avec ses conséquences destructrices.

 

« C’est toujours cela que j’ai voulu donner sur scène : faire voir la force violente des idées, comme elles ploient et tourmentent les corps. » (Antoine Vitez)

 

8. La langue : une navigation au gré des différentes traductions pour commencer, puis un retour au texte original en anglais pour se forger notre outil.

 

9. Il ne faudra pas oublier – mais le contraire sera forcément difficile – que ce travail sera répété dans un lieu en pleine nature, le Trièves en Isère, à proximité d’un château qui pourrait ressembler à Bly, la demeure où se déroule Le Tour d’écrou.

 

10. Au début de tout – et pour finir – il y a la musique de Gustav Malher, les Kindertotenlieder.

 

Jean-François Matignon

Novembre 2005

 

Recueilli par

Vincent Cambier

www.lestroiscoups.com


Compagnie Fraction • 23, place des Carmes • Avignon

www.compagnie-fraction.net

fraction@wanadoo.fr

Théâtre des Halles • rue du Roi-René • Avignon

Tél. : 04 90 85 52 57

Réservations : 04 32 76 24 51

www.theatredeshalles.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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