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18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 02:24

Grâce et ennui


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


Pour cette seconde partie du programme consacré à Raimund Hoghe, La Croix-Rousse nous propose « Swan Lake, 4 acts », pièce créée en 2005. Ici, le chorégraphe allemand a choisi de faire de son « Lac des cygnes » une pièce pour cinq danseurs, qui n’a que très peu de lien avec l’œuvre initiale, si ce n’est la musique de Tchaïkovsky. Il nous donne ainsi sa vision du célèbre ballet dans une variante des plus épurées.

La pièce commence tout d’abord par une entrée en matière plutôt austère, avec pour décor une douzaine de chaises alignées le long du plateau. Puis, on distingue en fond de scène un petit foyer à l’intérieur duquel Hoghe allume une bougie avant de s’asseoir. Les danseurs apparaissent ensuite, un à un. Le chorégraphe, tel un guide, accompagne chacun d’entre eux pour rejoindre le devant de la scène et y exposer au public des visages et des corps sans expression. Après un long moment de silence, naissent enfin les mouvements.

Hoghe fait preuve dans ce Swan Lake d’une remarquable inventivité. La gestuelle des interprètes amenés à danser contre le sol, ainsi que les choix de mise en espace, montrent la volonté du chorégraphe de surprendre le public. Ici, les danseurs sont à l’honneur, notamment Ornella Balestra qui, à elle seule, évoque de ses mouvements d’épaules la grâce d’un cygne. Tout au long de la pièce, l’ex-ballerine donne à voir son immense talent, capable d’émouvoir les spectateurs les plus frileux.

© Rosa-Frank.com

En matière de scénographie, Hoghe semble avoir pris plus de liberté que dans le Boléro variations puisque la scène devient un lieu où s’enchaînent les idées et trouvailles fantaisistes de l’ex-dramaturge de Pina Bausch. En effet, le plateau se divise en deux parties distinctes : un premier plan investi par les danseurs et un second, en fond de scène, qui renvoie au monde du rêve et de l’illusion. Cet espace est celui d’un monde vaporeux où les cygnes apparaissent tels des songes. De plus, le chorégraphe n’hésite pas à transformer la scène en détournant des objets du quotidien : un coup de serpillière permet par exemple de tracer les contours d’un nouvel espace. Hoghe va même jusqu’à déconstruire le plateau en décollant les tapis, puis à recréer l’espace pour en accentuer les contrastes et donner à voir de véritables tableaux.

On devine dans ce Lac des cygnes des thèmes tels que celui d’un éternel retour, palpable dans la répétition des mouvements, des chorégraphies. On retrouve également tout un passage consacré à la transmission, au rituel, notamment dans l’usage qui est fait de l’élément aquatique à travers le choix du glaçon. On est attentif à la place que se donne lui-même le chorégraphe, avec la mise en lumière très poussée (jusqu’à la nudité) de son propre corps. Tout comme dans Boléro variations une importante place est donnée à l’humour : la chemise de Hoghe accrochée à son dos devient un ingénieux système d’envol. Enfin, la pièce est marquée par de nombreux passages empreints de poésie, notamment avec l’usage de cygnes en papier disposés sur la scène puis recouverts de mouchoirs, tels des linceuls.

La pièce de Hoghe est une tentative réussie d’épurer le ballet. Il en conserve la quintessence à travers nombre de détails et éléments qui contribuent à préserver un univers poétique, fin et subtil fidèle au romantisme du classique. À l’inverse, on regrette les multiples moments d’immobilité, d’attente et d’instants étirés dans le temps, qui transforment parfois ce moment de grâce en une lutte contre l’ennui. 

Élise Ternat


Swan Lake, 4 acts, de Raimund Hoghe

Conception et chorégraphie : Raimund Hoghe

Collaboration artistique : Luca Giacomo Schulte

Avec : Orella Balestra, Lorenzo de Bardandere, Emmanuel Eggermont, Raimund Hoghe, Nabil Yahia-Aissa

Lumière : Raimund Hoghe, Monika Gruber

Son : Frank Strätker

Musique : le Lac des cygnes, de Piotr Ilitch Tchaïkovski

Spectacle programmé par la Maison de la danse en coréalisation avec La Croix-Rousse, scène nationale de Lyon

Théâtre de la Croix-Rousse, scène nationale de Lyon • place Joannès-Ambre • 69004 Lyon

Réservations : 04 72 07 49 49

Le 15 novembre 2008 à 20 h 30

Durée : 2 h 30, entracte compris

24 € | 21 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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