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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 18:05

Pute mais pas soumise


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


Déjà une bonne nouvelle : le Théâtre du Marais (ex-maison de Jacques Mauclair) rouvre ses portes. Où est-ce déjà ? Derrière le Conservatoire des arts et métiers, rue Volta. Là, désormais trois spectacles par soir vous attendent, dont « Grisélidis, la catin révolutionnaire », mis en scène par Régine Achille-Fould.

Qui fut Grisélidis Réal ? Une prostituée qui lutta toute sa chienne de vie (1929-2005) pour que les droits des prostituées soient reconnus. De la Suisse, où elle était née, elle expédia sans relâche des centaines de lettres et d’articles à un tas de gens, dont Jean-Luc Hennig éditorialiste au journal Libération dans les années 1980.

De cette correspondance mi-amicale mi-polémique avec un trublion sexuel de cette période qui en compta beaucoup, Régine Achille-Fould et Annie Papin ont tiré un spectacle engagé mais spirituel. La pute des Arabes, des Noirs et autres « va-nu-queues » (le terme est de Grisélidis) y évoque les relations comiques et embarrassées entre la pensée révolutionnaire et le zizi.

On rit donc, mais parfois jaune. Militantisme oblige, la dame ne nous épargne aucun détail. Mais bien sûr quand je dis « nous », je pense : « nous les-Jean-Luc-Hennig » auxquels cette malicieuse camarade s’adresse. Féministes, journalistes, politiquement incorrects de tous bords sont ainsi joyeusement apostrophés par cette langue de… vipère.

« Grisélidis, la catin révolutionnaire » | © Jules Pajot

Il faut dire que le sida vient de faire son apparition et que, sur ce front-là, les « trimardes du sexe » sont plus exposées que les jolies pigistes bien coiffées qui viennent les interviewer. Le cul, c’est connu, a toujours fait vendre. Grisélidis « la battante » est donc invitée partout (tables rondes, meetings, médias…) pendant que Grisélidis « la gagneuse » n’existe légalement nulle part.

Il y a de quoi s’énerver. Ce qu’elle fait dans des lettres et des poèmes avec verve et talent. C’est Annie Papin qui lui prête ses jolies jambes, son beau regard et sa voix de chanteuse des rues. Le spectacle est en effet ponctué de songs à la Kurt Weil, accompagnés au piano par l’excellent Manuel Anoyvega. L’un de ces textes dit : « Je marche, les pieds brûlés, le cœur crevé, dans vos rues vides. ». Un autre parle du « temps qui marche, à pas de terre et d’eau… ».

Toute une époque resurgit de ces bouteilles à la mer lancées à la tête des curés, des bourgeois, des intellectuels. Libé, Charlie-Hebdo, Léo Ferré, Cavanna et tant d’autres ressuscitent alors furtivement dans les mots doux, et crus, de Grisélidis. Quelle liberté de mœurs et de ton ! On avait de l’irrespect en ce temps-là, hein pépé ? Pardon, hein monsieur July ?

Un spectacle sans prétention, à voir donc de préférence avec des potes qui se disent « libérés », s’il y en a encore. Sinon pour Annie Papin qui se régale, et ça se voit, à nous mettre en boîte. 

Olivier Pansieri


Grisélidis, la catin révolutionnaire, de Grisélidis Réal

Théâtre de l’Ellipse • 39, rue des Thermopyles • 75014 Paris

01 45 39 89 34

compagnie@theatredelellipse.fr

http:/theatrellipse.free.fr/

Mise en scène : Régine Achille-Fould

Avec : Annie Papin

Lumières : Charly Thicot

Musique originale : Gabriel Levasseur

Piano, en alternance : Gabriel Levasseur et Manuel Anoyvega

Coproduction Théâtre de l’Ellipse | Des airs dans la ville

Théâtre du Marais • 37, rue Volta • 75003 Paris

Métro : Arts-et-Métiers

Réservations : 01 45 41 06 74 (attention : numéro erroné dans Pariscope)

Du 12 novembre au 6 décembre 2008, les mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 21 heures

Durée : 1 heure

17 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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