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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 15:28

Du rire à l’arme


Par Claire Néel

Les Trois Coups.com


Les vagabonds « Flamiches noirs » * ont posé leurs valises et leur loufoquerie au cinéma Yves-Montand de Livry-Gargan, le temps d’une soirée. Ils ont amené avec eux un monde entier… et singulier. Qu’est-ce que c’est que ce spectacle ? Théâtre de gestes, disent-ils, oui mais pas uniquement. Clown ? Humm… non, il y a encore autre chose. « Gazette sans étiquette » : une délicieuse surprise !

Deux hommes… comment dire… deux ovnis… deux Flamiches anachroniques… Allez, disons : deux êtres, apparemment improbables autant qu’ordinaires, sont habités d’une passion qui devient alors toute leur vie : éplucher les nouvelles du journal quotidien. (Et ses pages aussi par la même occasion.) Là est leur vocation, ils semblent être faits pour ça : lire le journal leur est inné. Ils s’informent rigoureusement puis restituent, très personnellement, une réalité actuelle qu’ils réinventent à l’infini, un peu comme des comédiens…

Ils le font, oui, mais par le filtre de l’absurde, un pays où l’imaginaire ne dessine aucune frontière et où les lois sont dictées par leur fantaisie. Sur le fil rouge de leur unique sujet de conversation sans paroles ou presque (l’effeuillage de tout ce qui peut se dire dans un journal, bien sûr), ces gens-là nous entraînent dans une valse à mille temps d’amour noir, d’humour vache et délectable. Tout leur est prétexte à s’amuser par détournement. Ils nous décapent le rire, à grands coups d’éclats, nos gorges résonnantes et stupéfaites de n’avoir rien vu venir.

Ce voyage inattendu stimule notre curiosité, jamais rassasiée de voir les étranges complices jouer avec le sérieux exigeant des enfants. Ils font semblant avec autant de sincérité qu’eux, dans le même abandon fougueux et pleins de leur authentique cruauté, aussi. Ils ne s’interdisent rien, sauf d’être lourds, et déploient un monde onirique à l’horizon vaste. Une poésie germe de leur humour, et les grandes tragédies humaines se jouent dans leurs délires. En réinterprétant ce qu’ils lisent, les personnages mettent en scène malgré eux les petites (?) bassesses des luttes de pouvoir, car ils ont besoin de reconnaissance et de l’autre, transpirant alors de solitude. Ils ont simplement peur du vide… Et c’est là, lorsqu’une page laisse voir un trou à la place d’un article, que tout s’accélère vers une fin déconcertante. Nous n’avions pas pu prévoir le double tranchant de larme du rire.

Les confectionneurs de surprises sont les comédiens Yvo Mentens et Philippe de Maertelære, également fabricants de spectateurs heureux, réjouis de découvrir une invention vraiment originale et accessible, ces deux mots ayant parfois du mal à s’assortir sur une scène de théâtre. Ils sont flamands, donc, et ne sont pas avares de leurs talents, ni des bouillonnements de leur imagination. Ils déballeront de nouveau leurs valises en région parisienne le 5 décembre 2008. Rendez-vous donc ce jour-là au théâtre Le Village de Neuilly-sur-Seine, et ne soyez pas avares de vos rires, si je peux me permettre. Yvo Mentens, lui, sera au théâtre Le Samovar ce mercredi 19 novembre 2008 pour un spectacle en solo. Si la curiosité vous en dit… À très vite ! 

Claire Néel


* « Flamiches » veut dire « Flamands ».


Les Flamiches noirs, d’Yvo Mentens et Philippe de Maertelære

21 heures Productions • 5, rue du Vernet • 75008 Paris

01 53 92 79 30 | 06 22 31 18 17

j.smerlak@21heures.com

www.21heures.com

Mise en scène : Jos Houben

Direction artistique : Jacques Smerlak

Avec : Yvo Mentens et Philippe de Maertelære

Création et régie lumière : Vincent Guibal

Cinéma Yves-Montand • 36, rue Eugène-Massé • 93190 Livry-Gargan

Réservations : 01 43 83 90 39

Vendredi 14 décembre 2008 à 20 h 30

Durée : 1 h 10

9,50 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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