Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 novembre 2008 6 15 /11 /novembre /2008 20:31

Un classique revisité


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


Le double programme proposé par La Croix-Rousse donne l’occasion de retrouver deux standards que sont « Boléro Variations » et « Swan Lake ». Nous assistons ce soir au premier de ces deux temps forts, où Raimund Hoghe nous invite à explorer le boléro à travers sa version revisitée d’une œuvre majeure de la musique classique.

C’est tout d’abord une petite silhouette que l’on voit se détacher du fond de la scène. Raimund Hoghe s’avance lentement et dessine une ligne de ses mouvements dans une exacte mesure de gestes répétitifs. Puis, ce sont six interprètes qui apparaissent à leur tour, dos au public.

On assiste alors à une montée en puissance sonore, celle du célèbre Boléro de Maurice Ravel. Ce morceau, dont chacun connaît les airs, donne à cette danse une dimension universelle. Le boléro tient ici le rôle de fil rouge et donne à voir, à travers un ensemble de variations, les multiples origines et interprétations de cette danse de bal en trois temps, apparue au xviiie siècle en Espagne. En effet, on retrouve ici des influences hispanisantes, orientalisantes ou des airs de musique d’après guerre. Aux côtés de ce classique, on peut également identifier Besame mucho ou encore Somos novios, eux aussi hérités de la tradition du boléro.

Durant ces divers moments, les interprètes nous offrent des mouvements élégants, volontairement répétitifs et chargés de lenteur. Chaque danseur fait preuve d’une remarquable dextérité et s’exécute indépendamment des autres. Parmi eux, on reconnaîtra la figure féminine d’Ornela Ballestra, ballerine fétiche de Béjart. Quant à Hoghe, tel un gardien, il est toujours là, autour de la scène comme pour délimiter un espace, veiller. La lenteur harmonieuse de la danse laisse parfois la place à des mouvements plus vifs puis à des changements de rythme. Certains passages sont comme des effusions d’énergie. La gestuelle rendue, parfois maniérée, atteste d’une certaine dose d’humour de la part du chorégraphe.

© Rosa Franck

On note beaucoup d’immobilité ainsi que tout un travail sur les mouvements d’épaules et de bras. Ce sont parfois davantage des postures que des déplacements qui sont données à voir. En effet, la gestuelle semble parfois arrêtée, comme contrainte par une impossible mobilité, qui confère aux corps des danseurs l’impression d’une atrophie. Ce choix chorégraphique renvoie à tout l’œuvre de Raimund Hoghe. En effet, le travail du dramaturge se concentre autour d’un élément central, son propre corps et notamment la difformité de son physique : sa bosse. À cette image, Boléro variations est un lieu de questionnement sur les normes et leur traitement à travers l’histoire. Hoghe évoque en effet durant tout un passage de sa pièce la question de la Shoah.

En matière de scénographie, on note une absence de décor ainsi que le choix d’un éclairage très sobre, qui donnent à cette pièce une dimension très épurée. Toutefois, on demeure attentif à la présence subtile de quelques éléments récurrents tels que le talc. Tantôt vaporisé par jets, il renforce le côté comique de certaines scènes, tantôt poudré sur les corps, il acquiert une dimension plus poétique. On retrouve cette même dimension dans l’usage du sable de différentes couleurs disposé par les danseurs en cinq petits tas sur le devant de la scène.

Raymund Hoghe, ex-dramaturge de la célèbre Pina Bausch, nous livre ici une immersion dans l’univers du boléro. C’est avec une grande subtilité qu’il nous en délivre l’aspect répétitif et entêtant. Ainsi Boléro variations est une pièce sensible et saisissante, faite d’instants suspendus. On demeure marqué par la fragilité, l’intensité et la dimension poétique de cette œuvre chorégraphique. 

Élise Ternat


Boléro variations, de Raimund Hoghe

Conception et chorégraphie : Raimund Hoghe

Collaboration artistique : Luca Giacomo Schulte

Avec : Ornella Balestra, Lorenzo De Bradandere, Emmanuel Eggermont, Raimund Hoghe, Frédéric Séguette, Yutaka Takei

Lumière : Raimund Hoghe, Monika Gruber

Son : Frank Strätker

Musique : Maurice Ravel, Giuseppe Verdi, Peter Ilitch Tchaïkovski et boléros d’Amérique du Sud

Interprétée par : Marguerite Long, Maurice Ravel, Leonard Bernstein, Robert Casadesus, Benny Goodman, Morton Gould, Pierre Monteux, Maria Callas, Anita Lasker-Walfisch, Chavela Vargas, Pedro Infante, Doris Day, Tino Rossi, Luis Mariano, Mina…

Théâtre de la Croix-Rousse, scène nationale de Lyon • place Joannès-Ambre • 69004 Lyon

www.croix-rousse.com

Réservations : 04 72 07 49 49

Le 13 novembre 2008 à 20 h 30

Durée : 2 h 10, entracte compris

24 € | 21 € | 12 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Civetta 07/12/2008 11:10

J'ai trouvé cela limite insupportable... voir mon article ici>> sur mon blog

Rechercher