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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 14:29

Quand le rire n’est pas au rendez-vous

 

A priori, tous les éléments semblaient réunis pour nous promettre un beau moment de détente placé sous le signe du cocasse et de la frénésie : deux courtes pièces de Feydeau, des acteurs jeunes aux belles formations, le plateau accueillant des Enfants terribles et un metteur en scène qui revendique rythme, respect du texte, burlesque et extravagance… Malheureusement, ces promesses restent de l’ordre de la volonté et ne franchissent pas le papier.

 

Inutile de revenir sur le sens du comique indiscutable de Feydeau, qui, un siècle après son époque, nous tire encore des larmes de rire sur des sujets pourtant bien connus : cocuage, jalousie, hypocrisie, portes qui claquent et draps froissés. Ce n’est donc pas l’époque ni ses mœurs qui forment l’œuvre, mais bien l’ingéniosité de l’auteur à créer des situations incongrues au possible, avec un rythme détraqué qui fait de son comique un indémodable. Samuel Debure a bien raison de ne pas vouloir actualiser la mise en scène et la scénographie sous prétexte de « modernisation » et de « xxie siècle ».

 

Avec cette volonté de simplicité, Samuel Debure nous choisit deux textes hilarants : Un bain de ménage et Feu la mère de Madame. La brièveté de ces œuvres, jumelée à la densité de rebondissements qu’elles contiennent, auraient dû carillonner aux oreilles de la troupe comme la sirène d’un paquebot sur les questions de rythme, d’énergie et de dynamisme.


« Quand Feydeau s’en mêle | © Chant Marjanian


Malheureusement, certaines scènes s’étirent. Un petit nombre de comédiens sur le plateau semble synonyme de relâchement et de décontraction alors que les passages à trois ou quatre personnages frôlent l’essence comique de Feydeau. Et pourtant, même là, on ne fait que sourire – il faut aussi avouer que les situations sont franchement hilarantes.


On ne pourra pas blâmer le jeu même des comédiens. La vivacité et l’engagement de Rémi Goutalier et d’Estelle Dehon sont même à souligner. Il manque cependant dans l’ensemble de l’interprétation une homogénéité, certains comédiens adoptant le registre burlesque, d’autres plus naturaliste. Par ailleurs, les changements de décor sont longs et participent à l’ennui du spectateur malgré le choix d’un accompagnement musical entraînant. Enfin, la pièce met du temps à démarrer : tout commence par un jeu muet de va-et-vient des personnages d’Un bain de ménage de manière plutôt mécanique. Les protagonistes semblent aussi accorder beaucoup d’importance à un landau, qui pourtant ne servira plus du tout dans le spectacle. Ces quelques minutes paraissent inutiles et perdent le spectateur au lieu de le saisir au vif.


Effectivement, la bonne volonté et la vitalité ne sont pas suffisantes pour venir au bout d’un Feydeau, souvent comparé à du papier millimétré. Ses pièces sont très difficiles à monter, et pour cause : une précision implacable est nécessaire, des codes de jeu propres à cette écriture sont indispensables (et inévitables), un jeu franc et non psychologique participe à la cadence.


Cette jeune compagnie a eu l’audace de s’essayer à ce défi et détient à présent une base de travail non négligeable mais à remanier en détail. 


Aïda Asgharzadeh

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Quand Feydeau s’en mêle : Un bain de ménage suivi de Feu la mère de Madame, de Georges Feydeau

Compagnie du Goupil • 37, rue Maurice-Ripoche • 75014 Paris

06 61 80 89 51 | 06 88 16 79 55

compagniedugoupil@yahoo.fr

www.feydeau.canalblog.com

Mise en scène : Samuel Debure

Avec : Carine Piazzi, Estelle Dehon, Rémi Goutalier, Samuel Debure

Théâtre des Enfants-Terribles • 157, rue Pelleport • 75020 Paris

Réservations : 01 46 36 19 62

Du 5 novembre au 13 décembre 2008 à 20 h 30, du mercredi au samedi

Durée : 1 h 20

14 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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