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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 00:00

Femmes de mères en filles

 

Pour « Jeux doubles », Claudia Stavisky met en scène un texte de Cristina Comencini autour de l’identité féminine à travers la transmission générationnelle.

 

Claudia, Sofia, Gabriella et Béatrice, quatre amies dans les années soixante, se retrouvent régulièrement dans l’appartement de la dernière pour des parties de cartes. Le temps d’un après-midi, elles se livrent et se délivrent des poisons de leur existence.


Claudia, épouse et mère de famille exemplaire, se consacre à l’éducation de ses trois enfants. Mais son mari la trompe avec une autre, et elle a peur de sentir ses chemises et d’y déceler le parfum d’une autre. Sofia est tombée enceinte d’un homme qu’elle n’aimait pas et qu’elle a dû épouser pour ne pas décevoir sa mère. Depuis, elle est devenue la maîtresse d’un homme marié. Gabriella se destinait à une carrière de pianiste. Son mari, absent, la laisse seule des semaines entières avec sa fille. Béatrice, elle, file le parfait amour avec un amateur de belles lettres et va bientôt accoucher de son premier enfant. Elle écoute, interdite, les révélations des amours déçues de ses infortunées compagnes.


De nos jours, leurs filles, qui jadis jouaient ensemble, se retrouvent. On découvre, dans ses portraits modernes, les nouveaux travers de la vie d’une femme. Une femme que leurs mères espéraient libérée mais qui, paradoxalement, est devenue prisonnière de nouveaux enjeux.


Cécilia, la fille de Claudia, est abonnée aux allergiques de l’engagement amoureux. Comme sa mère, elle rêve d’enfant, mais elle ne peut pas en avoir. Rossana, la fille de Sofia, absorbée par son métier, ne voit son mari que dans leur maison de campagne. Elle est hyperactive et se réfugie dans le travail là où Sofia se réfugiait chez son amant. Sara, la fille de Gabriella est tout aussi hystérique que sa mère. Mais elle est devenue pianiste et c’est son mari, jaloux, qui l’attend sans broncher. Enfin, Giulia est une rêveuse comme Béatrice et comprend à ses dépends que, même entourée, une femme se sentira toujours seule.


© C. Ganet


« Un jour, on verra exister la jeune fille et la femme, et ces noms ne désigneront plus seulement ce qui s’oppose au masculin, mais une réalité qui existera par elle-même. » Des vers qui ont inspirée Cristina Comencini pour l’écriture de la pièce. Elle dresse avec brio, dans ces portraits croisés, l’évolution de la place de la femme dans la société, de l’épouse dans le couple et de la mère dans la famille. Mais elle est loin de tomber dans les clichés féministes puisque ces femmes d’aujourd’hui, lestées de certains poids, en retrouvent d’autres : le désir d’enfant quand le temps passe, un travail trop prenant, ou encore la solitude.


Claudia Stavisky met en scène, en parallèle, deux générations de femmes dans le même appartement. Des mères et des filles que tout semble a priori opposer, mais qui gardent, au fond d’elles-mêmes, ce petit quelque chose qui les fait ressembler à leur mère et les raccroche à leur modèle.


Loin d’être moralisateur ou déprimant, Jeux doubles est la représentation subtile et sensible de femmes qui certes souffrent, mais jouissent aussi de petits bonheurs quotidiens, de fous rires impromptus et de doux espoirs, et explore toute la complexité féminine tout en divertissant le spectateur.


Une vidéo sur le thème de la maternité et une arrivée inopinée confèrent à la pièce, déjà drôle et profonde à la fois, une émotion puissante. Un hommage à la femme et à la mère de toute beauté, fait par des femmes et pour des femmes. Et pour tous ceux qui les aiment. 


Julie Olagnol

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Jeux doubles, de Cristina Comencini

Texte français : Jean Baisnée

Mise en scène : Claudia Stavisky

Avec : Ana Benito, Marie-Armelle Deguy, Corinne Jaber, Luce Mouchel

Décors : Christian Fenouillat

Costumes : Agostino Cavalca

Lumières : Franck Thévenon

Son : André Serré

Vidéo : Laurent Langlois

Chorégraphie et danse : Nina Dipla

Théâtre des Célestins • place des Célestins • 69002 Lyon

Réservations : 04 72 77 40 00

Du 7 au 15 novembre 2008 à 20 heures, dimanche à 16 heures, relâche le lundi

Durée : 1 h 30

15 € à 32 € | 13,50 € à 29 € | 7,50 € à 16 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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