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12 novembre 2008 3 12 /11 /novembre /2008 23:17

Non !


Par Léna Martinelli

Les Trois Coups.com


Le Théâtre du Rond-Point présente, dans le cadre du Festival d’automne à Paris, plusieurs œuvres de Spiro Scimone, auteur italien, qui partage souvent l’affiche de ses pièces avec son complice Francesco Sframeli. « Nunzio », la plus ancienne (1993), n’incite guère à découvrir les suivantes.

Il existe des pièces dont le propos amène à changer, ne serait-ce que d’un iota, votre perception du monde, la relation à vous-même, votre rapport à l’autre. Des pièces stimulantes, quoi !

Il existe des mises en scènes qui convoquent l’acteur, son corps et son esprit tout entier et d’autres qui ouvrent des espaces sans limites par la seule mise en relief des mots ! Des mises en scène qui vous touchent ou vous parlent, quoi !

Il existe des comédiens qui laissent de marbre et d’autres qui émeuvent. Des comédiens convaincants, quoi !

Il existe des images insignifiantes et d’autres inoubliables. Des images frappantes, quoi !

Il existe des propositions artistiques « tendance », « up to date », dépassées, à contre-courant, intemporelles. Des propositions artistiques marquantes, quoi !

« Nunzio » | © Ciro Santangelo

Il existe des spectacles dont on pense sortir un peu moins bête et d’autres qui ouvrent des mondes mystérieux dont on cherche la clé longtemps encore après la représentation ; des spectacles qui secouent, d’autres encore qui se contentent de divertir, et c’est déjà beaucoup ; d’autres, enfin, qui vous transportent. Des spectacles remarquables, quoi !

Quoi ? Nunzio ne m’inspire pas. Même si le texte est édité chez L’Arche ! Même s’il est programmé dans le cadre du Festival d’automne, une des manifestations les plus intéressantes de la scène parisienne pour sa force de frappe, l’audace des propositions, la puissance de certains propos ! Avec ce spectacle, rien de tout cela. Nunzio ne laissera pas une trace durable dans ma mémoire. Il n’a suscité aucune attente et comblé aucun manque. Il fait partie des spectacles dont on aimerait partir en courant tellement on s’y ennuie. Mais le spectateur ne se comporte pas au théâtre comme au cinéma. Il fait preuve de patience. Enthousiaste de nature, il garde l’espoir, car il sait que tout peut basculer d’un moment à l’autre. C’est la magie du spectacle vivant. Le spectateur de théâtre est poli. Surtout quand il est coincé tout en haut de gradins qui font un boucan du diable au moindre mouvement. Bien que privilégiée d’être ici, parmi tous ces invités de marque, je me suis sentie piégée. Alors, je me suis interrogée sur les raisons d’un tel engouement.

Pour cette histoire d’amitié entre deux hommes qui vivent ensemble comme un vieux couple, Spiro Scimone organise un dialogue vif qui relève d’une laborieuse exposition. Dans la cuisine de leur modeste appartement, entre un réfrigérateur vide et une gazinière qui chauffe vraiment le café, Pino et Nunzio se chamaillent, hésitent, s’expriment de la tendresse, cherchent du sens, survivent en attendant la mort. Celle qu’il donne pour ce tueur à gages entre deux missions et celle qui menace d’emporter cet employé d’une usine chimique. Dans ce refuge, ils se supportent, se soutiennent malgré l’égoïsme de l’un et la candeur de l’autre.

Le propos est léger quand les enjeux sont dramatiques, grave quand on aborde les plaisirs de la vie : manger oui, mais « des pâtes à la tomate et au chèvre. Pas au parmesan ! » Baiser, oui, mais avec Lola parce qu’elle a « des gros nichons » et qu’elle ne porte pas de culotte ! L’auteur a sans doute beaucoup observé les Brésiliennes sur les plages. Cela n’est pas suffisant pour étoffer ces dialogues d’une affligeante banalité.

Je n’ai rien compris ? En fait, il s’agit du théâtre du quotidien, mais revisité à l’aune des années « postdramatiques » ! Peut-être m’aurait-il fallu assister à la Busta, la seconde pièce de cette compagnie, de façon à réviser ce jugement – sévère, je le concède. Lui consacrer un cycle (« Répertoire intégral Spiro Scimone ») prouve bien – si l’on en doute encore – qu’il s’agit d’artistes importants. D’ailleurs, il paraît que Carlo Cecchi fait partie des grands metteurs en scène italiens. Je vous invite donc malgré tout à vous rendre au Théâtre du Rond-Point pour vous forger votre propre opinion. Et si le cœur vous en dit, vous pouvez également découvrir Due amici (Deux amis), le film de Spiro Scimone et Francesco Sframeli, inspiré de la pièce Nunzio. Vous pourrez m’en parler après car, en ce qui me concerne, non, je ne souhaite pas approfondir le sujet. 

Léna Martinelli


Nunzio, de Spiro Scimone

Compagnie Scimone-Sframeli

www.theatredurondpoint.fr

www.festival-automne.com

Mise en scène : Carlo Cecchi

Avec : Spiro Scimone, Francesco Sframeli

Scénographie : Sergio Tramonti

Assistant à la mise en scène : Valerio Binasco

Technicien : Santo Pinizzotto

Administrateur des tournées : C.A.D.M.O.

Théâtre du Rond-Point, salle Roland-Topor • 2 bis, avenue Franklin-D.-Roosevelt • 75008 Paris

Métro : Franklin-Roosevelt

Réservations : 01 44 95 98 21 | 01 53 45 17 17

Du 6 au 30 novembre 2008, du mardi au samedi à 19 heures, dimanche à 15 h 30

Durée : 50 minutes

26 € | 10 €

Tarif couplé Spiro Scimone : les deux spectacles pour 30 € (20 € pour les moins de 30 ans et les demandeurs d’emploi)

Spectacle en sicilien surtitré en français

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

kakiloon 04/11/2009 09:29


Dommage que Nunzio vous empêche de mieux connaître leur travail.
La Busta jouée au Théâtre du Rond Point était un spectacle intéressant et très bien interprété.
http://kakiloon.over-blog.com/article-25292281.html


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