Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 21:53

Un réalisme de théâtre


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


Il est des spectacles comme ça. Dès la première minute, vous savez déjà tout ce qui va s’y passer. Sans être le pire de tous, « la Madone des poubelles », écrit et mis en scène par Jacques Lassalle, est de ceux-là. Intrigue archiprévisible, lourdeurs du texte, jeu conventionnel, torpeur de la mise en scène, tous les ingrédients semblent réunis pour vous faire passer une soirée paisible. La seule question que vous vous posez, c’est non plus comment, mais « quand » tout cela va finir. Dormir pour dormir, autant que ce soit dans un bon lit !

Au théâtre, on le sait, tout est affaire de convention. Celle que le spectacle établit avec son public sur le mode si sage des enfants : « On dirait que je serais une princesse… » ou « On serait dans le ventre de l’ogre ». Ici, c’est la convention « réaliste » qui prime. On dirait donc qu’on serait dans les bas-fonds du Buenos Aires des années 2000.

Misère, corruption, prostitution, moiteur, rien n’y manque. Et pourtant ! Pourtant, on a bien du mal à croire à cette histoire de cadre en vadrouille épris d’une Lolita « séquestrée mais pas trop », qui le vampe, puis le livre aux méchants, avant d’éprouver quand même un petit remords, une fois qu’il s’est fait battre à mort. Heureusement, miracle, il n’était que blessé. Ouf, on était quand même au théâtre ! Un moment, on a eu peur qu’il s’y passe vraiment quelque chose.

Plus sérieusement, qu’est-ce qui ne va pas ? Déjà, le texte sonne faux une réplique sur deux. De plus, il a l’obsession naïve des films de série B, qui redoutent, plus que tout, « qu’on ne comprenne pas tout bien ». Ainsi Lola explique-t-elle pourquoi elle parle si convenablement (elle a été élevée par des bonnes sœurs), son père et son frère pourquoi ils parlent français même quand ils sont seuls, alors qu’ils sont censés être argentins (c’est en mémoire de la maman qui était française).

Tout s’explique ! Ou plutôt, tous s’expliquent dès qu’ils entrent en scène, en personnages bien élevés qui se présentent. La pièce est à cet égard d’une incroyable maladresse pour un auteur de ce métier. Par ailleurs, cette question de la langue (espagnole ? française ?) lui fait passer (et perdre) un temps fou à traduire, donc à alourdir, des répliques qui, le plus souvent, ne sont là que pour donner un peu de couleur locale.

Il eût mieux fait de creuser ses personnages, qui ne tiennent pas debout. Un coup, c’est une famille unie ravagée par la crise, le coup d’après, une bande de crapules. Une fois, ils sont terrorisés par un horrible caïd, la fois d’après, ses complices. Un coup, c’est la mort de la mère qui les a ruinés (ils avaient un salon de coiffure, elle faisait les shampooings comme personne !), le coup d’après, pas du tout : c’est la faute du père qui perd tout au jeu.

« la Madone des poubelles » | © Mario Del Curto

Lola elle-même est fluctuante : un coup, elle feuillette des magazines en se faisant les ongles des pieds, le coup d’après, elle réfléchit à la révolution avec le Français. Lequel n’est guère plus crédible. Ce cadre un peu paumé qui reçoit ses primes de licenciement juste à ce moment-là… Sans doute pour pouvoir acheter le droit de rester auprès de Lola, c’est-à-dire de se faire à nouveau rançonner, puis tabasser. On croit avoir tout vu, et puis non, la preuve !

La pièce donne en fait l’impression d’avoir été écrite au petit bonheur la chance, en hommage à des livres et à des films que Jacques Lassalle avait aimés. On en reconnaît d’ailleurs un bon nombre au passage. De Lolita à Baby Doll en passant par la Loi, la Nuit de l’Iguane, La fièvre monte à El Pao et bien d’autres.

Point commun de tout ce petit monde : il date. Non seulement cette histoire est tirée par les cheveux, mais encore elle porte une moumoute ! Si fable il y a, elle est vieillotte et semble avoir pour seule morale le célèbre refrain de Renaud : « Qu’il faut pas traîner dans les bars ». L’humour en moins, car, de ce point de vue, cette Madone-là est, hélas, sérieuse comme un pape.

L’interprétation n’arrange rien. Le cadre (Régis Royer) récite bravement son exposé : soit en « off » (quand il pense), soit en direct (quand il parle), toujours en vertu de ce « réalisme » indécrottable. Dans les deux cas, on n’y croit guère. Notez que les « méchants » en font des tonnes sans qu’on y croie davantage. Reste Lola (Roxana Carrara), qui est ravissante et bouge bien. On a même droit à un nu furtif.

Solide décor de Marc Lainé, où pas un carrelage sale ne manque, mais qu’on a, lui aussi, déjà beaucoup vu. Glissons sur ces rideaux de fer, à commande électrique, avec lesquels on frôle le gag, tant ils remontent, redescendent, remontent, sans raison. Le pire, c’est que je me demande si la pièce ne gagnerait pas à être jouée, plus vite de toute façon, mais surtout sans décor et dans une salle plus petite, plus intime. 

Olivier Pansieri


La Madone des poubelles, de Jacques Lassalle

Mise en scène : Jacques Lassalle

Avec : Roxana Carrara, Carles Romero Vidal, Régis Royer, Rodolfo de Souza, Andrés Spinelli

Assistant, scénographie et costumes : Marc Lainé

Lumières : Franck Thévenon

Son : Daniel Girard

Chorégraphie : Jean-Marc Hollbecq

Coproduction Théâtre Vidy-Lausanne, compagnie Pour mémoire, Les Gémeaux/scène nationale de Sceaux

Théâtre de l’Est Parisien • 159, avenue Gambetta • 75020 Paris

www.theatre-estparisien.net

Métro : Gambetta, Pelleport, Saint-Fargeau

Réservations : 01 43 64 80 80

Du 6 au 28 novembre 2008, mardi, jeudi, samedi à 19 h 30 ; mercredi, vendredi et lundi à 20 h 30

Durée : 2 h 10

22 € | 15,50 € | 8,50 €

Autour du spectacle :

Samedi 8 novembre 2008 à 15 h : rencontre avec l’auteur à la Bibliothèque municipale Saint-Fargeau • 12, rue du Télégraphe • 75020 Paris

Jeudi 13 novembre 2008 : rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation

Samedis 15 et 22 novembre 2008 : pendant que les parents sont à la représentation de la Madone des poubelles, un plateau-repas est servi aux enfants et les comédiens de l’Est-Parisien leur présentent des contes (participation au repas 7 €/enfant sur réservation au 01 43 64 80 80)

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher