ACCUEIL | POURQUOI CE JOURNAL ? | L’ÉQUIPE DES RÉDACTEURS | LE LIVRE D’OR | NOUS ÉCRIRE | NOUS SUR FRANCE CULTURE | NOUS SUR « LE MONDE »
« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
« À quel jeu jouons-nous ? » (1)
Nicolas Saelens lance « Concessions » de Kossi Efoui, un texte métaphorique sur l’exil en même temps qu’une satire de la machinerie médiatique. Il fait un spectacle dont la densité peut troubler l’intensité.
Cinq êtres attendent la venue d’un mystérieux convoyeur, en exprimant le touchant désir d’« aller au monde ».
Pour ce faire, ils ont tout vendu, leur nom d’abord, parfois même leur sang et leur force… Chacun sur un praticable, qui est à la fois leur identité et le point de départ de leur exil, ils
s’impatientent.
La scénographie est riche, mais le dispositif scénique ne dit pas assez fort la situation dramatique. C’est ici peut-être que Nicolas Saelens « sème » une partie de son public. « D’entrée de jeu, l’espace visible est celui des coulisses des plateaux de télévision, et les personnages attendent dans leur “carton d’emballage” (2). » Cette situation est évidente pour le metteur en scène et son équipe. Elle ne l’est pas autant pour tous les spectateurs. Et, de facto, le spectacle peut être apprécié de façon sans doute réductrice comme un ballet de formes très visibles au fond difficilement perceptible.
Néanmoins, la compagnie Théâtre inutile propose une représentation solidement construite, et c’est une performance brillamment exécutée dans l’ensemble. Les moyens vidéographiques mis en œuvre concourent à un jeu de superpositions visuelles magistralement confectionné. C’est à dessein, semble-t-il, que les artifices de l’image, de la lumière et du son (du off et du microphone, notamment) vont jusqu’à détourner la nature immédiatement vivante du théâtre. Plus délicatement, les jeux de déplacement, d’interversion, de subtilisation de la parole d’un comédien par l’autre constituent en effet une mise en scène habile de la manipulation médiatique. Dans cette optique, les personnages possèdent chacun un double en carton, excepté celui qui a encore un nom, et qui a vendu son miroir. Figure poignante de la pièce, interprétée par un comédien très subtil.
Nicolas Saelens présente un spectacle polymorphe : c’est de prime abord le contraste entre l’esthétique quelque peu années 1980, et l’écriture sensible de Kossi Efoui. Puis l’on va de la note shakespearienne au disco-techno. En fin de « partie », tout se confond – théâtre et reality-show – dans un final effréné à la façon de la dynamique MTV. Il y aussi quelques temps forts, où la beauté sombre de certaines séquences saisit. La puissance de l’univers fantasmatique mis en place donne lieu à un déploiement d’énergies intenses. ¶
Emmanuelle Puyt
Les Trois Coups
(1) Nicolas Saelens, « Intentions » (dossier de presse)
(2) Nicolas Saelens, « Intentions » (dossier de presse)
Concessions, de Kossi Efoui
Compagnie Théâtre inutile • 24, rue Saint-Leu • 80000 Amiens
Concessions, de Kossi Efoui (éditions Lansman, 2005)
Mise en scène : Nicolas Saelens
Avec : Alexandra Boukaka, Marie-Dolorès Corbillon, Julien Flament, Cheryl Maskell, Julien Pérignon, Phiippe Rodriguez-Jorda
Dramaturgie et scénographie : Antoine Vasseur
Écriture corporelle : Annette Coquet
Marionnettes : Norbert Choquet
Musique et environnement sonore : Karine Dumont
Costumes : Céline Fayret
Lumières : Hervé Recorbert
Maison des arts et des loisirs • place Aubry • 02000 Laon
Réservations : 03 23 22 86 86
7 et 8 novembre 2008 à 20 h 45
Durée : 1 h 20
16 € | 10 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
Lire la suite.
Derniers commentaires