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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 15:00

À pile ou face


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Adapter Woody Allen au théâtre ? Vu le caractère plutôt intimiste d’un film comme « Mélinda et Mélinda », son nombre de personnages restreint, ses dialogues brillants, la tentation est grande pour un metteur en scène. D’autant plus que l’adaptation est ici signée Jacqueline Cohen, à qui l’on doit celle de nombreux films du maître new-yorkais.

Soit Mélinda, une jeune femme adepte du scotch pur malt et qui, non contente de débarquer chez d’anciens amis au beau milieu d’un dîner, a la délicatesse de vomir sur leur beau tapis neuf. Comme le fit Alain Resnais avec ses films jumeaux Smoking/No smoking, Allen fait donc se développer deux histoires différentes à partir d’un même point de départ. Ces deux histoires sont en réalité l’expression de deux points de vue : l’un des convives voit tout sous l’angle de la tragédie, l’autre sous celui de la comédie. Quand on sait que ces amis sont soit comédiens, soit metteurs en scène, on entrevoit toute la sophistication de l’entreprise : quel sens donner aux genres canoniques de la comédie et de la tragédie ? la vie n’est-elle qu’une question de point de vue ?. Et nos vies réelles valent-elles finalement mieux qu’une simple création dramaturgique ?

Mais, alors que Resnais séparait clairement ses deux histoires, Allen les mêle constamment. Certes, cela nous suggère bien que les deux notions sont floues, que comique et tragique sont parfois indissociables… Mais, du strict point de vue de la compréhension de l’histoire, on est souvent bien en peine de savoir où l’on en est. On comprend tout de même que, dans la version comique, Mélinda habite en dessous d’un couple d’amis, Susan et Hobie, qui en tombe amoureux. Dans l’autre version, Mélinda et son amie Laurel se disputent les faveurs d’un pianiste opportunément nommé Ellis Moonsong. Or, sur scène, les changements de registre sont très peu marqués, souvent par des différences vestimentaires ou encore des variations dans le son de la sonnette d’entrée, l’appartement s’ouvrant de côtés différents selon la situation.

Réaliste, cette pièce ? Non, car tout, ici, relève de situations purement théâtrales, dont les protagonistes-cobayes sont observés par l’auteur-entomologiste pour étudier leurs réactions dans tel ou tel contexte particulier. En outre, les personnages sont ici bien plus des stéréotypes que des individus : metteur en scène à la sophistication névrosée (avec le film Sonate de castration !), acteur raté qui fait boiter tous ses personnages, musicien séducteur… Autant de types récurrents dans les films de Woody Allen. Ici aussi, l’auteur a créé un personnage qui, perpétuelle victime consentante des agissements d’autres plus dominateurs, concentre nombre d’effets comiques et de répliques choc : l’acteur Hobie. Pour exprimer le potentiel comique du personnage, il fallait un comédien à la hauteur, et c’est le cas d’Éric Missoffe, dont nombre d’apparitions coïncident avec les moments les plus réussis de la pièce.

Quant à Marie-Frédérique Habert dans le rôle de Mélinda, elle est très convaincante à la fois dans l’hystérie alcoolique et dans la légèreté d’un cœur d’artichaut. Plus la pièce avance, plus elle (Mlle Habert, mais aussi la pièce en général !) gagne en intensité. Dans l’ensemble cette Mélinda se laisse donc regarder avec plaisir, tous les interprètes se prêtant au jeu avec enthousiasme. Mais, au fait : le costumier a-t-il des actions dans une entreprise de chaussures à talons aiguilles ? On pourrait le croire vu que cet accessoire équipe tous les personnages féminins. Ceci n’est pas sans leur donner une allure alternativement élégante et bancale – tout comme ce spectacle. 

Céline Doukhan


Mélinda et Mélinda, adapté du film de Woody Allen par Jacqueline Cohen et Pierre Valmy

Compagnie de l’Alambic

Mise en scène : Pierre Valmy

Avec : Marie-Frédérique Habert , Marie Gamory, Jorge Tomé, Géraldine Azouelos, Catherine Hamilty, Éric Missoffe

Costumes : Catherine Lainard

Décors : Gérard Malabat

Lumière : Philippe Sazerat

Graphisme : Paul Delmas

Vingtième Théâtre • 7, rue des Plâtrières • 75020 Paris

Métro : Ménilmontant

Réservations : 01 43 66 01 13

Du 7 novembre au 31 décembre 2008 (sauf 24 et 25 décembre 2008), du mercredi au samedi à 19 h 30 précises et dimanche à 15 heures

Durée : 1 h 20

22 € | 17 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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