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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Le rôle de sa vie
1833 : Victor Hugo prépare sa pièce « Lucrèce Borgia ». Le poète, âgé de 31 ans, s’est déjà illustré au théâtre : la fameuse bataille d’« Hernani », c’est lui. Jeune, talentueux et célèbre, le déjà grand Victor a tout pour plaire. Également jeune (26 ans), l’actrice Juliette Drouet n’est, elle, ni talentueuse ni célèbre. À son palmarès : un minuscule rôle dans le même « Lucrèce Borgia » et un postérieur qui, dit-on, aurait inspiré son amant sculpteur pour une statue place de la Concorde. Mais (magie du théâtre !) les répétitions font se rencontrer le brillant auteur et l’espoir de la scène. Ils tombent amoureux et ne se quitteront plus pendant cinquante ans, jusqu’à la mort de Juliette en 1883. Entre-temps, les amants auront échangé la bagatelle de quarante mille lettres ! C’est à partir de cette correspondance et du coup de foudre qu’elle a eu pour Juliette Drouet qu’Anthéa Sogno a élaboré ce spectacle visant à faire revivre ces amants magnifiques.
La liaison de Juliette et Victor ne fut en effet pas seulement un conte de fées. Hugo était marié et ne put jamais vivre au grand jour sa liaison avec « Mlle Juliette », qu’il trompa également avec d’autres femmes. Amour fou, jalousie, ruptures, tendresse, passion… Avec Juju et Totor (sic !), la réalité dépassa la fiction. Ne pouvant vivre ouvertement sa passion pour le poète, Juliette vécut en recluse une bonne partie de sa vie. Le spectacle nous la montre en Pénélope, qui, à défaut de faire et défaire son ouvrage, occupait ses journées par une tâche non moins infinie : recopier les manuscrits de son génie d’amant !
Quand ils sont réunis, les amoureux en voient pourtant de toutes les couleurs, car aux absences de Victor répond la jalousie désespérée de Juliette et sa tentation continuelle de quitter cette situation intenable. Son appétit sexuel est sans cesse contrarié, et elle ne manque pas de le faire savoir ! La fascination qu’exerce Hugo sur sa maîtresse est en outre protéiforme : voici Hugo Pygmalion quand il tente de faire de Juliette une actrice reconnue, Hugo orateur enflammé, Hugo père endeuillé, Hugo exilé politique… Juliette est comme en orbite autour de ce soleil qui l’attire, mais auprès duquel elle se consume littéralement.
Sur scène, le couple est équilibré, faisant apparaître par contraste l’exubérance passionnée de Juliette face à la fougue réelle mais plus contenue de l’auteur des Contemplations. Comment présenter en une heure et vingt minutes cinquante ans de ces deux vies ? L’entreprise est ambitieuse. Anthéa Sogno a opté pour une approche chronologique sous forme de saynètes évoquant chacune une date précise, comme ce fameux 16 février 1833, date mémorable de la première nuit d’amour. Après le salut final, elle précise l’objectif de son spectacle, ce qui, en soi, jette une certaine suspicion : un spectacle doit-il être expliqué de la sorte pour être compris ? En tout cas, le but est donc de réhabiliter Juju. Celle-ci, nous explique-t-on, n’a eu ni le bonheur ni la reconnaissance qu’elle méritait, et cette injustice doit être réparée. Et d’applaudir celle qui, peut-être, nous regarde de là-haut !
De ce point de vue, Anthéa Sogno a réussi : comment, en effet, ne pas s’attacher à ce personnage haut en couleurs ? On a assurément envie d’en savoir plus à son sujet. Tout concourt à faire passer un très bon moment au spectateur, à commencer par les décors et les costumes très soignés, qui nous amènent, voire nous projettent avec vigueur dans la vie des deux protagonistes. Les deux comédiens vivent leur rôle avec enthousiasme, et face à Anthéa Sogno tout feu tout flamme dans le rôle de Juliette, Sacha Petronijevic incarne avec finesse un Hugo amoureux quoique plus en retrait. Son tempérament passionné apparaît davantage lorsqu’il revêt le rôle de tribun politique.
Néanmoins, à trop vouloir montrer que même les grands hommes sont avant tout des hommes, la pièce prend paradoxalement un ton pédagogique trop appuyé pour susciter une totale adhésion du spectateur : les dialogues ont souvent la saveur du quotidien, mais sont aussi fréquemment traversés d’extraits de la correspondance ou d’œuvres fameuses du poète, qui donnent parfois à la pièce des relents de pot-pourri hugolien digne du Lagarde et Michard. « Demain, à l’heure où blanchit la campagne », « Napoléon le Petit »… On assiste également à la genèse des Misères, qui devient les Misérables, et autres épisodes fort instructifs. Ces références étaient-elles nécessaires pour nous faire vivre l’histoire singulière du couple ? Il y a aussi – en plus de moments plutôt crus – des instants très fleur bleue, comme quand, voyageant dans une guimbarde toute cahotante, les tourtereaux s’émerveillent des petits oiseaux (?) qu’ils voient sur leur passage. En fin de compte, on passe donc un bon moment même si, par certains aspects, la pièce pèche finalement par ses bonnes intentions mêmes. ¶
Céline Doukhan
Les Trois Coups
Victor Hugo, mon amour, d’Anthéa Sogno
Compagnie Anthéa-Sogno
Mise en scène : Jacques Décombe
Assistante à la mise en scène : Joëlle Richetta
Avec : Anthéa Sogno, Sacha Petronijevic
Costumes : Catherine Lainard
Lumière : Aurélien Escuriol
Musique : Sylvain Meyniac
Comédie-Bastille • 5, rue Nicolas-Appert • 75011 Paris
01 48 07 52 07
Réservations : Résathéâtre • 0892 707 705 • www.resatheatre.com
Métro : Richard-Lenoir
Du mercredi au samedi à 19 h 30, dimanche à 17 h 30
Durée : 1 h 30
24 € | 10 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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effectivement, cette pièce est magnifique de romantisme! un hymne à l'Amour et à la littérature.
si ça vous intéresse, j'ai également écris un article dessus : toiemois.fr
bonne continuation et bravo pr votre blog !
alors qu' Anthéa a réussi de la plus belle manière à entrer au fond de nos coeurs ce combat pour la reconnaissance des femmes bien trop souvent dans l'ombre des""grands...??" hommes.Merci à Serge qui sait proposer aux Ternois une véritable "CULTURE" dont trop peu ne savent pas encore profiter.
Vous y trouverez des articles, des photos, des vidéos, les commentaires laissés par les spectateurs, les avis des critiques, le carnet d'Anthéa, etc.
N'hésitez pas à déposer vos impressions sur notre spectacle.
Accès direct : http://www.victor-hugo-mon-