ACCUEIL | POURQUOI CE JOURNAL ? | L’ÉQUIPE DES RÉDACTEURS | LE LIVRE D’OR | NOUS ÉCRIRE | NOUS SUR FRANCE CULTURE | NOUS SUR « LE MONDE »
« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
« Personne n’a l’air de remarquer
les traces de sang dans notre pays »
Publiée en 1996 aux éditions Lansman, cette pièce a été écrite et d’abord jouée par son auteur et actuel directeur du Théâtre national algérien M’hamed Benguettaf. Cette nouvelle mise en scène d’Ivan Romeuf, comédien, metteur en scène et directeur artistique du Théâtre de Lenche et de la Cie L’Égrégore est tout en finesse, racée et inventive. Arrêt fixe est présentée du 4 au 8 novembre 2008 dans le cadre d’une association entre le TNA et le Théâtre de Lenche dans cette salle très intimiste de la Friche du panier.
Nous sommes conviés à nous asseoir autour d’un décor oriental fait de tapis, de vaisselle, de lampes du Maghreb et d’un
tas de cahiers posés sur un coffre cadenassé. Vêtu d’une superbe gandoura, le musicien Ilyes Yassine Besseghir nous introduit dans cet univers feutré.
C’est un voyage lyrique, truffé de références historiques, auquel nous invite l’auteur algérien, à la manière des conteurs, autour desquels nous nous plaçons. Arrêt fixe est l’histoire du prisonnier Abdelkader, prénom d’un des premiers rebelles de l’histoire anticoloniale, et de son geôlier. Abdelkader, doyen de la prison, ne manque pas de nous rappeler que les Algériens « doivent importer des livres de l’étranger pour connaître leur histoire ».
La poésie de ce texte est sensible quand il parle des femmes (« au passage des femmes voilées, le silence se faisait plus silencieux ») et de l’amour (« un amour aussi grand que l’espace qu’elle portait dans ses yeux »). L’humour et la critique sont présents aussi par ces leitmotive ô combien vrais et combien entendus dans la parole des Algériens : « Pas de pooolitique ! » ou « Parler sans risque, c’est tout ce que l’on sait faire ».
Cette indépendance si chèrement acquise s’est révélée en partie illusoire. Elle avait pourtant le visage d’une liesse populaire salvatrice, mais ce n’était que le début d’une aventure postcoloniale faite de coup d’État ; celle qui mettrait les journalistes en prison et musellerait le débat démocratique au profit des apparatchiks du pouvoir. Le texte est plus discret sur l’envahissement des barbus dès les années 1990…
Jusqu’à la libération du prisonnier, celui-ci et son geôlier portent le même uniforme. Quand enfin s’ouvre la cellule, Abdelkader se pare de grelots, belle allégorie suivie d’une joyeuse sarabande : Im’chi, im’chi (« Allez, marche ») chantent en chœur le gardien et le musicien. Mais ils savent aussi que « personne n’a l’air de remarquer les traces de sang dans notre pays ».
La mise en scène d’Ivan Romeuf est d’une intelligence concise. La scène de l’éblouissement par des phares de voitures est particulièrement réussie. D’ailleurs, l’éclairage mêle avec brio intimisme et spectaculaire. Enfin, les deux comédiens, Haider Benbrahim et Mourad Oudgit, passent allègrement d’une langue à l’autre avec la prestance de joueurs de jazz.
Alors, en dehors de la petitesse de la jauge, pourquoi n’y avait-il pas plus de monde ? Cette carte blanche au théâtre algérien est-elle aussi pébliscitée qu’elle le devrait ? S’intéresse-t-on à ce répertoire de ce côté-ci de la Méditerranée ? Ce texte si profondément algérien, ne l’est-il pas trop ? Car il résonne certainement bien plus fort dans les oreilles de ceux qui vivent en Algérie. Il n’est pourtant pas si loin le temps où Kateb Yacine était bâillonné par le pouvoir. ¶
Naïma Pouzat
Les Trois Coups
Arrêt fixe, de M’Hamed Benguettaf
Création en français
Mise en scène : Ivan Romeuf
Avec : Haïdar Benhassine, Mourad Oudjit
Dramaturgie : Catherine Brun
Lumière : Abdelghani Mazouz
Régie générale : Ramaden Hamoudi
Assistant : Fouzi Benbrahim
Musique (oud) : Ilyes Yassine Besseghir
Coproduction : Théâtre de Lenche | Cie L’Égrégore
Friche et Minithéâtre du Panier • 96, rue de l’Évêché • 13002 Marseille
Renseignements, réservations : 04 91 91 52 22
Du 4 au 8 novembre 2008, mardi, vendredi, samedi à 20 h 30, mercredi et jeudi à 19 heures
12 € | 7 € | 2 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
Lire la suite.
Derniers commentaires