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23 mars 2006 4 23 /03 /mars /2006 14:20

Conférence de presse du 22 mars 2006

 

II y a une douzaine de jours, j’ai fait une courte plongée dans le terrorisme à la scène, à partir de quatre pièces. Il y a certainement bien d’autres pièces sur ce thème et bien d’autres terrorismes que ceux qui sont traités dans ces pièces. Ne serait-ce par exemple que celui des Assassins de Hassan Sabbah, celui des Inquisiteurs, autre exemple de grande ampleur, celui des États qui ont toujours des bonnes raisons comme ce président Belarus qui considère les opposants comme des terroristes… et j’en passe. Évidemment, il y a beaucoup à dire sur le sujet. Je m’en suis tenu à ces quatre pièces : les Justes de Camus, l’Étrangère dans l’île de Soria, l’Otage de Behan et le 11 Septembre 2001 de Vinaver, qui sont une bonne approche.

 

Il s’agit brièvement de l’assassinat d’un despote par les révolutionnaires russes, de l’adhésion progressive d’un intellectuel cypriote à la résistance de son peuple, de la peinture d’un peuple tout entier parcouru par la lutte armée de l’IRA, de la transcription de phrases qui ont été prononcées lors de ce 11-Septembre, dans les avions, les tours de contrôle, les tours du WTC, le gouvernement US et un chef religieux. On peut épiloguer longtemps sur ces actions. Le rapport de la fin et des moyens… On ne fait pas d’omelettes sans casser… On ne peut pas agir comme l’ennemi sous peine de… Il y a dans tout terrorisme de la résistance, comme ce fut le cas en France. Et il y a dans toute résistance du terrorisme. La victoire seule décide des proportions acceptables !

 

Mon Paquet suspect n’a rien à voir avec tout cela que je viens de développer. On n’y trouve pratiquement aucune considération philosophique, eschatologique, simplement des comportements de gens simples qui, soudain, se sentent en danger quand ils découvrent après une panne électrique un paquet suspect devant eux. Ils se demandent pourquoi là ? et pourquoi eux ? Qui sont-ils donc ? Eh bien ! voilà. Un matin, en banlieue, au pied de grands immeubles, un type arrive, la valise à la main, et se met à monologuer. Une femme le voit là, pense que c’est l’arrêt du bus, et se met à attendre. Et quatre autres vont faire de même.

 

Femmes et hommes, divers et insolites, ils s’observent du coin de l’œil. Se font des idées les uns sur les autres. On leur découvre à tous d’étranges préoccupations, des manies, des obsessions, scruter, épier autrui, voir de près, ou bien se faire voir et désirer ou encore se mettre à l’écart. Voyeurisme, exhibitionnisme, inquiétude. Ce paquet suspect toujours là. Et le bus qui n’arrive pas. La suspicion s’installe, la méfiance gagne. Mais, fascinés, ils restent là, ne peuvent plus partir, se surveillent et s’interdisent même les uns les autres de s’éloigner. En attendant la police. Car ils ont réussi à attirer l’attention d’un curieux.

 

paquet-suspect-72dpi-gc.jpg

 

Il y a Prêt-à-tout, qui veut foutre le camp. Pince-sans-rire qui s’en va chez sa sœur. Le Voyeur, armé de jumelles ; L’Allumeuse ou Mlle Regardez-moi ; L’Inquiet et son gros flingue ; et Follette la Myope, rescapée d’un attentat précédent. Il se retrouvent un beau matin, tous ensemble et sans le vouloir, dans le théâtre du quotidien. Et voilà que par un coup de théâtre, il y a irruption d’un théâtre venu d’ailleurs dans leur théâtre et qui bouleverse leurs rapports. Mais, en même temps, et dans cet état de tension, l’amour fait parmi eux, insidieusement, des ravages, comme partout ailleurs, d’ailleurs.

 

Ça commence par un suspense qui n’en finit pas et qui finit par finir comme il a commencé. C’est très plaisant, bien joué, rapide, léger, enjoué, nerveux. Ce sont des gens très ordinaires, c’est-à-dire tous plus originaux les uns que les autres, et qui se trouvent confrontés à une situation d’où ils ressortiront tous indemnes après nous avoir amusés, c’est très curieux, pendant une heure et quart.

 

Et à 21 heures, ce sera Prout-boum.

 

Un jour je suis tombé sur cette définition : Explosion, du latin explosio, « action de huer ». J’ai trouvé ça très intéressant. On commence par huer et, de fil en aiguille, on en arrive à poser une bombe. Ça mérite réflexion surtout en ce moment où, s’agissant d’explosion, on a de plus en plus tendance à ne plus réfléchir, à accepter les idées qui flottent dans l’air du temps, à se contenter d’approximations pour juger des choses.

 

J’ai beaucoup écrit sur ce thème, sur « prout » et sur « boum », sur le terrorisme, passé et présent, sur la fonction du terrorisme dans nos sociétés. Des scènes, des réflexions, des petits monologues, une cinquantaine de textes, mais je n’avais pas envie d’écrire une pièce, d’autant plus que Paquet suspect était déjà écrit. Alors je me suis dit pourquoi pas quelque chose à plusieurs. L’occasion de travailler avec des gens que j’estime particulièrement et qui peuvent entrer dans cette opération. Comme Frances, qui fait de la photo, ou mon fils Sébastien, qui fait de la techno.

 

Et puis il y a des amis très anciens, Gérard Paris-Clavel, le graphiste et plasticien, dont on connaît beaucoup d’œuvres, qui a conçu l’affiche et la carte postale ; Jean-Marc Peytavin, cinéaste, informaticien, pyrotechnicien, qui sera là avec son piano à images, son iconocraquette ; Guy Lenoir le metteur en scène, qui présentera un montage de textes de Son Labou Tansi, le Congolais qui est mort il y a dix ans et qui disait, ce sera son thème : « l’Afrique est la preuve que l’homme n’est pas encore humain » ; Bemard Lubat avec son piano à bretelles et sa super table à rythmes ; Naama Zribi, qui fera de la danse orientale ; un jeune danseur hip-hop et Claude Hoger, peintre. Et moi bien sûr, avec quelques petits textes… Ce sera une imbrication de performances que nous répèterons, mêlerons et emmêlerons pendant une heure vingt, une heure trente. Une sorte de cérémonie, de célébration en l’honneur de la place des Carmes, qui offre en ce moment un spectacle en harmonie avec le monde tout entier crevassé. L’avenir est au travail. Il en sortira bien quelque chose. Ça fait beaucoup de bruit, mais rien n’a encore explosé malgré de nombreuses fuites de gaz. Tout sera comme neuf…

 

Recueilli par

Vincent Cambier

www.lestroiscoups.com


Prout-boum

Théâtre des Carmes • 6, place des Carmes • 84000 Avignon

Tél. : 04 90 82 20 47 – télécopie : 04 90 86 52 26

Prout-boum sera repris pendant le Festival d’Avignon

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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