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13 avril 2006 4 13 /04 /avril /2006 11:51

Julos Beaucarne vit toujours avec nous


Par Vincent Cambier

Les Trois Coups.com


Je ne me souviens plus très bien, avais-je passé trois jours chez ma mère et autant à Kandahar ? Avais-je commencé un voyage en lisière de la mort et en même temps en lisière de ma survivance ? J’avais eu en tout cas un rendez-vous avec mes coronaires bouchées.

C’est au bord d’un territoire de neige que je repris goût à la grande vie, celle que je lisais déjà dans les astres et les constellations de la nuit, celle que j’avais aperçue quand de subtils endormeurs m’endormirent le 22 février de cette année pour remettre de l’ordre dans ma petite mécanique quantique.

De grands mécaniciens corporels s’affairèrent autour de moi six heures durant, et ma conscience balbutiante hésitait encore entre continuer ou disparaître. À la fin de ce match où la Vie obtint gain de cause, exténués, ils me reconduisirent processionnellement dans ma chambre, où m’attendaient mes deux fils bien-aimés, qui souriaient dans leurs larmes. Des infirmières et des amies proches prirent le relais et commencèrent ma remise à neuf, jour après jour.

Soyez toutes et tous remerciés ô princes de la chirurgie, ô infirmières expertes, ô perfusionniste fourmi verte de la Saint-Jean. Ô cardiologues toujours à l’écoute des cœurs qui balbutient dans l’immense cage thoracique des hommes et des femmes, ô familiers de la palpitance et du grand « Palpitant », roi des veines et des artères et des vaisseaux terriblement sanguins. Soyez remerciés, ô chirurgiens habiles à rétablir la coulance de mon fleuve intérieur.

Sans vous je me serais perdu dans la poussière des astres. On aurait inscrit mon nom sur une pierre blanche de Gobbertange, et le fleuve de l’oubli aurait fait disparaître toute trace de mon passage sur cette si tant belle boule ronde. J’aurais regardé d’on ne sait où se mouvoir mes amies, mes amis restés sur la terre.

Heureusement que je ne suis pas parti à tout jamais, je n’aurais jamais su que j’étais si tant aimé de vous. Souvent je disais : « Si vous avez des fleurs à me donner donnez-les-moi de mon vivant. » Et voilà que je suis encore vivant et que je reçois toutes ces fleurs que vous m’avez envoyées du monde entier. Toutes ces marques d’amour ont fait monter des larmes dans mes yeux de convalescent émerveillé d’être encore là à fêter la grande équinoxe du printemps zéro sixième.

Julos en Tourinnes-la-Grosse, le 22 mars 2006

C’était il y a juste un mois.

Recueilli par

Vincent Cambier

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