Mercredi 29 octobre 2008 3 29 /10 /Oct /2008 00:23

Mesnil montant

 

Avec « sa gueule de saltimbanque » (1), Sébastien Mesnil, comédien et chanteur, interprète et créateur, a investi le Vingtième Théâtre ce lundi soir 27 octobre 2008. Variations sur les mots d’Allain Leprest, musique et théâtre : du bel art bien vivant !

 

Pieds nus, jean bleu ciel froissé, chemise blanche, queue de pie noire, cheveux hirsutes : entre modernité et désuétude, Sébastien Mesnil, de sa voix claire et juste, sidère l’auditoire qui l’écoute activement. De fragments dits en paroles chantées, il sert un spectacle vibrant, offrant aux spectateurs une heure quinze de vie sensible. L’artiste se tient devant nous sans fard. Il est en effet dans son corps très à l’aise, naturel. Frêle beauté, présence entière, il délivre avec force et sobriété sa peine et son privilège d’être (trop) vivant.


Sébastien Mesnil propose son interprétation intime et authentique des chansons d’Allain Leprest. Et, loin de contrefaire le maître, il donne à ses compositions une nouvelle personnalité : la sienne. Le tour de chant est élégant : il commence Entre Nicole et Nicolas, et la brochette de chansons qui s’ensuit est à point. Évoquons ainsi le Père Lapouille, ou la Meilleure de mes copains, et pourquoi pas une Valse pour rien, du Petit Ivry à Mont-Saint-Aignan


C’est avec gratitude, avec qualité, un hommage que Mesnil rend à l’original, une initiation magnifique à sa poésie de verre, mélancolique et sémillante, poèmes de la vie, qui n’évite personne. Les deux artistes ont en commun, cela est net, cette humanité hypersensible et une conscience aiguë du monde.

 

 

La mise en scène du spectacle, assurée par Michel Bruzat, réglée comme du papier à musique, est épurée dans le meilleur sens du terme : les scènes-morceaux s’enchaînent, sans fausse note, sans faux-pas, ni blanc ni temps mort. La séance roule, et les lumières de Célio Ménard invitent les ambiances. Visuellement, le trio ébahissant évolue comme au sein d’un tableau qui respire, ce qui donne naissance à de belles images : quand Mesnil, à l’instar de ses complices musiciens, pose un nez de clown noir sous son chapeau rouille, il y a du Chaplin dans l’air. Mais sans manière : la vie comme une triste kermesse… Et la petite Bilou (2), qu’il dessine à la craie sur le dos de ce que l’on croirait une enceinte, nous regarde…


Sébastien Mesnil est présent comme un fils, comme un frère, comme un père, qui captive et émeut, entre fragilité parfaite et franche lucidité. Il cède volontiers la lumière à ses collaborateurs, deux artistes de gros calibre aussi. Tous comptes faits : deux musiciens plus un interprète égale trois poètes. Céline Villalta pianote avec une virtuosité électrique, sa grâce et son engagement se savourent. Quant à Éric Onillon, il a du chien, et plus de cinq cordes à sa contrebasse ! Ces musiciens savent dessiner, par le son, les mouvements dans l’espace, et leurs instruments prennent vie. Ils font également de bons comédiens, justes, et ne fléchissent pas quand il s’agit de donner la réplique à Sébastien Mesnil, qui grandit sous nos yeux.


Nous saluons ce jeune artiste mûr, au regard Pierrot, et au talent bien plus gros qu’une maison. Il a su faire résonner dans son cœur et son corps l’intensité des textes du grand Allain Leprest. Et ses mots, qui l’habillent et nous déshabillent, comblent le spectateur. Laissez-vous donc séduire par ce sublime va-nu-pieds quand il passera près de chez vous : il vous donnera de vos nouvelles. Son visage-nuage, sa brillance d’étoile, son talent, sa voix, s’impriment dans la tête : « Je t’ai quitté un peu brouillon / sur la pointe de mes crayons… » (3). Nous lui souhaitons une terrible continuation. 


Emmanuelle Puyt

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com

 

(1) In le Copain de mon père, chanson par Allain Leprest

(2) Cf. Bilou, chanson par Allain Leprest

(3) In Sur les pointes, chanson par Allain Leprest


Sébastien Mesnil chante Leprest, de Sébastien Mesnil

Mise en scène : Michel Bruzat

Avec : Sébastien Mesnil

Piano : Céline Villalta

Contrebasse : Éric Onillon

Lumières et son : Célio Ménard

Vingtième Théâtre • 7, rue des Platrières • 75020 Paris

Lundi 27 octobre 2008 à 20 h 30

Réservations : 01 43 66 01 13

Durée : 1 h 15

15 €

Publié dans : France-Étranger 1998-2011 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
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