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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Les Indes marrantes
« Ramram » : une façon de dire coucou en Inde ! Des « ramram », des « coucou », il y en a à foison dans ce spectacle gai et coloré, sur tous les tons ! « Ramram » câlin des deux amoureux légendaires Rama et Sita, « ramram » apeuré quand ils sont perdus dans la forêt…
Leur histoire est connue de tous les enfants en Inde. Les deux enfants nagent en plein bonheur dans une Inde aux « parfums et aux pluies
chaudes-chaudes ». Mais face aux terribles « croque-citrons », les voilà tous les deux contraints de fuir à travers la forêt hostile. Après l’enlèvement de Sita par l’horrible
Ravana, il ne faudra pas moins que l’intervention du dieu-singe Hanuman pour venir à bout de toutes les avanies qui s’abattent sur les deux jeunes gens.
Jean-Luc Borg, l’auteur et metteur en scène, transmet un message clair aux enfants : comme le dit Sita, chacun « a le droit d’être respecté ». Enlèvement, mariage forcé, violences sexuelles… sont énergiquement passés à la moulinette d’une mise en scène enlevée et souvent comique. La pièce s’articule en effet sur deux plans : d’une part, le récit divertissant des aventures des deux héros ; d’autre part, un appel déterminé à être vigilant vis-à-vis de toutes les formes de violence faites aux enfants – un message qui s’adresse ici aux enfants eux-mêmes.
La superposition est également au centre du dispositif narratif et scénique. En effet, les deux comédiens sont tour à tour narrateurs et personnages des sept histoires successives. Signe de l’influence brechtienne revendiquée par l’auteur ? En s’adressant directement au public, les deux protagonistes rompent de plus belle l’illusion dramatique… Pas de quoi casser trois pattes à un Raksasa, pour un spectateur de moins de dix ans ? Pas si sûr… Les enfants semblaient parfois perdus face à ces différents niveaux.
De la même façon, c’est par des effets de superposition que la mise en scène produit de nombreux moments aussi surprenants qu’esthétiques. Par exemple, quand les deux comédiens évoluent derrière un écran, sur lequel sont projetées des images de câlins ! En termes de mise en scène, la pièce est exemplaire de ce qui peut être exprimé avec des bouts de ficelle… Un astucieux dispositif vidéo permet de créer très simplement des décors très poétiques : quelques branches posées sur le plateau et filmées par un Caméscope, leur image projetée en direct sur l’écran, et nous voilà en pleine forêt vierge ! C’est toute la saveur magique de l’illusion théâtrale qu’on ressent à travers ce goûter pas trop épicé.
Bravo aux deux comédiens, dont l’enthousiasme complice est très communicatif. Frédéric Houessinon est merveilleux : sa voix et son visage changeants, son grand corps puissant, tout est remarquablement expressif. Pour les deux comparses, enfin, la scène de la bataille des singes contre Ravana n’est rien moins qu’un sommet de pantomime expressionniste ! Encore que cette pantomime exprime, l’air de rien, une morale contradictoire : c’est dans l’allégresse, mais au prix d’un combat sanglant, que sont réunis les amoureux. Un spectacle très sympathique, donc, même si les très jeunes spectateurs risquent de ne pas autant en profiter que le metteur en scène l’aurait souhaité. ¶
Céline Doukhan
Les Trois Coups
Ramram coucou, de Jean-Luc Borg
Théâtre et vidéo de 3 à 10 ans
Compagnie Théâtre par le bas • 17, allée de l’Arlequin • 92000 Nanterre
01 47 78 70 88| télécopie 01 47 73 97 85
Mise en scène : Jean-Luc Borg
Avec : Stéphanie Delannoy et Frédéric Houessinon
Lumières : Arnaud Prauly
Réalisation vidéo : Henri-Paul Korchia
Montage vidéo : Valéry Faidherbe
Régie : Ider Amekhchoun
Théâtre de la Huchette • 23, rue de la Huchette • 75005 Paris
Métro : ligne 4 ou 10, arrêt Saint-Michel ou Cluny-La Sorbonne
RER : ligne C, arrêt Saint-Michel - Notre Dame
Réservations : 01 43 26 38 99 | télécopie +33 (0)1 40 51 75 34
reservation@theatre-huchette.com
Du lundi au vendredi à 15 heures, du 27 octobre au 5 novembre 2008, puis tous les mercredis à 15 heures, du lundi au vendredi à 15 heures pendant les vacances de Noël (relâche le mercredi 24 et le jeudi 25 décembre 2008)
Durée : 1 h 30
10 € | 7€
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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