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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
De la haine, du désespoir, de la mort
Dans le cadre du Festival d’automne, le Théâtre de la Bastille accueille dans ses lieux une compagnie bulgare, Théâtre-Laboratoire Sfumato. Dans une sorte d’hommage rendu au Théâtre-Laboratoire de Grotowski, les fondateurs de la compagnie, Margarita Mladenova et Ivan Dobchev, incarneront et exploreront méticuleusement sur la scène parisienne l’univers dramatique d’August Strindberg.
Fondé à Sofia en 1989, le Théâtre Sfumato se doit de (re)découvrir les œuvres dramatiques des auteurs illustres, tels Tchekhov, Lovkov, Dostoïevski ou dernièrement Strindberg. L’enjeu est certes délicat et risqué, mais abordé par la troupe de Margarita Mladenova et Ivan Dobchev avec beaucoup de justesse et d’éloquence.
Cette fois-ci, le public parisien aura une vraie chance d’assister à une adaptation bulgare de la Trilogie troublante d’après August Strindberg, ce précurseur suédois du drame moderne européen : la Danse de mort, Strindberg à Damas (d’après le Chemin de Damas) et Julie, Jean et Kristine (d’après Mademoiselle Julie).
© Simon Varsano
La mise en scène de la Danse de mort que propose le Laboratoire Sfumato nous introduit et puis nous entraîne véritablement dans l’univers strindbergien, par le biais d’une exploration profonde des thèmes hantant obsessionnellement l’imaginaire et l’œuvre du dramaturge. La banalité et l’humanité des sujets abordés – des relations humaines manquées, de l’isolement, de la solitude, de l’amour et de la haine, du désespoir, de la mort – s’élèvent vers l’universel et le tragique, dans un jeu transcendant des paradoxes, où l’espoir et le rire n’apparaissent qu’en face de la fin. Une avant-fin de partie, un véritable enfer, que Strindberg associe à la vie humaine, sont recréés sur scène grâce au recours à l’inquiétante ambiance sonore (musique et bande sonore amplifiée d’Assen Avramov) et visuelle jouant sur les couleurs éteintes et sobres.
Ainsi, un couple vivant sur une île désertée, entourée des terres des ennemis, s’apprête à fêter les noces d’argent, vingt-cinq ans de malheurs et de souffrances. Dans ce théâtre statique du quotidien et d’arrêt sur l’image des gens – marionnettes accrochés aux objets : lit, fauteuils, télégraphe… –, c’est la richesse de l’interprétation et la force intérieure des comédiens qui prônent.
Malgré quelques longueurs, Margarita Mladenova signe là une mise en scène austère et minimaliste, en y installant un profond jeu de tension entre le cri et le silence, entre le mouvement et l’immobilité, entre le moi et autrui. ¶
Maja Saraczyńska
Les Trois Coups
La Danse de mort, d’August Strindberg
Festival d’automne à Paris
Théâtre-Laboratoire Sfumato • 2, Dimitar Grekov str. • Sofia 1504 • Bulgaria
Adaptation et mise en scène : Margarita Mladenova
Avec : Svetlana Yancheva, Vladimir Penev, Tzvetan Alexiev
Scénographie et costumes : Daniela Oleg Liahova
Lumière : Daniela Oleg Liahova et Margarita Mladenova
Musique : Assen Avramov
Théâtre de la Bastille • 76, rue de La Roquette • 75014 Paris
Réservations : 01 43 57 42 14
Du 20 au 22 octobre 2008 à 21 heures
Durée : 1 h 30
22 € | 13 €
Tournée :
Festival Passage • 19 et 20 mai 2009 • Théâtre de la Manufacture • 10, rue Baron-Louis • 54014 Nancy
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