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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 21:41

Sublime

 

Deux magnifiques femmes ont décidé d’allier leur sensibilité pour explorer l’espace de la scène. Ensemble, elles tâtonnent, se chamaillent, se confrontent, se rassemblent. Elles cherchent l’essence du comique et du tragique. Elles parlent de vie, de mort, de féminité, de sexualité, toujours avec le corps. Sublime et émouvant.

 

Mathilde Monnier et La Ribot sont présentées comme des artistes confirmées, ayant travaillé sur de nombreux projets et dans des collaborations prestigieuses. Mais elles conservent aussi une grande part d’enfance. Leur spectacle conjugue le meilleur du regard enfantin et du point de vue adulte : l’étonnement et l’instinct de jeu sont admirablement alliés à l’analyse mûre du monde et de la scène.


Le décor est complètement noir : un tapis de velours, des rideaux noirs de tous les côtés. Les bras et les jambes nus et blancs des deux danseuses se détachent du décor comme des membres indépendants. La lumière joue sur ce contraste. Parfois très crue, elle peut aussi s’adoucir et se pose alors sur les corps, les enveloppant d’une aura protectrice.


C’est assez enivrant de voir comment ces deux artistes aiment explorer. Elles ne s’arrêtent jamais à l’évidence. Elles préfèrent bousculer les préconceptions, conduire le mouvement jusqu’au bout de ce qu’il peut exprimer. Au travers du burlesque, par exemple, elles cherchent à aller à la source du rire. L’une d’elle porte une planche de bois, ne regarde pas où elle va, et cogne sa partenaire sans s’en apercevoir. Une fois, deux fois, vingt fois. Ce qui passe d’abord pour un gag devient une souffrance. Les rires spasmodiques du public entretiennent l’ambiguïté : c’est drôle de voir quelqu’un tomber… oui, mais c’est cruel aussi. Sans s’en rendre compte, on passe de l’évocation de la vie à celle de la mort. Mathilde Monnier tente d’attraper les rideaux qui se dérobent – sorte d’iconologie de la mort. Elle se prend le pied dans un seau – retour à la vie dans tout ce qu’elle a de plus terre à terre.


Le vacillement perpétuel entre sérieux et dérision conduit à ressentir une émotion toute particulière. On est sur le fil de rasoir. Pathétique, ridicule, cruelle, monstrueuse, la vie humaine s’expose, explose sur scène. La fragilité de l’existence s’incarne dans le jeu énergique et sensible de ces deux artistes contemporaines.


Le dernier acte du spectacle est consacré à la féminité. Qu’est-ce qu’une femme ? De nombreuses définitions sont suggérées et simultanément illustrées. Il en résulte une évocation presque cubiste de ce qu’est une femme. Je suis conquise, et attristée de devoir les applaudir, ces deux belles dames, parce que ça veut dire que le spectacle est fini… Retour à la vraie vie. 


Anne Losq

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Gustavia, de Mathilde Monnier et La Ribot

Dans le cadre du Festival d’automne à Paris

De et avec : Mathilde Monnier et La Ribot

Lumières : Éric Wurtz

Costumes : Dominique Fabrège, assistée de Laurence Alquier

Réalisation sonore : Olivier Renouf

Collaboration scénique : Annie Tollete

Photo : Marc Coudrais

Centre Pompidou • place Georges-Pompidou • 75004 Paris

Réservations : 01 44 78 12 33

Du 15 au 26 octobre à 20 h 30

14 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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