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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 15:24

Un érotisme de la tragédie réjouissant

 

Au Théâtre du Chaudron, Les Mauvaises présentent « l’Érotisme de la tragédie » : un pied de nez à l’Académie, bien joué.

 

Sur scène : quatre violoncelles, un piano, un cheval de bois enfantin, et deux femmes-bonbons. Après une entrée en grande pompe, Rose en rose et Blanche en blanc nous invitent à suivre un parcours incontestablement iconoclaste, relativement décousu : un brassage curieux de références et d’inventions. L’art se moque de l’art, la culture de la culture.


Rose et Blanche partiront d’une citation d’Einstein – excusez-les du peu –, afin de nous faire endurer avec plaisir leurs élucubrations. Elles font voir et entendre beaucoup. À commencer par une version inédite du lamento d’Ariane. Et du comte d’Essex de Thomas Corneille aux vespidés et à Sartre, en passant par un air de Malheur (Mahler), de nombreuses questions se poseront brièvement, notamment du rapport entre Gandhi et Poutine (?)… Play-back au piano, « la règle de Troie », Jean Lanouilh, l’éthique et les mythes, Médée Shumacher, and so on. Un fourre-tout assez bien foutu, au final : l’ensemble, quelque peu « barthézien-brechtien » (sic-sic), distrait.


Patricia Clément et Martine Thinières portent leur projet avec une générosité et une joie qui contentent le spectateur. Le rapport qui les lie en scène est touchant : l’éloquence classieuse de Rose (Clément) illumine la timide fraîcheur de Blanche (Thinières), et réciproquement. Ainsi apparaissent ces caractères, qui s’éclairent. Pour ce spectacle, l’une tient de l’ange, l’autre a un soupçon de Barbie : le contraste est notable, le duo clownesque. Voilà à l’évidence des talents en osmose, qui s’influencent et se complètent.


Attention tout de même : musiciens puristes s’abstenir, car la frontière entre musique et bruit est ici – miracle ? – abolie. Pas de pitié pour les violoncelles, et les archets sont aussi des épées ou des baguettes de majorettes. Les cordes ne vibrent pas souvent, c’est qu’elles préfèrent grincer. Et, entre deux frottements ou pincements, entendez le raffinement d’un… reniflement. Tap dancers aussi, veuillez tourner les talons : Rose et Blanche pratiquent les claquettes avec une légèreté toute militaire. Le piano lui-même dans sa queue dissimule de nouveaux instruments qui seront utiles à la production de nouveaux… bruits !


Ces dames ont su faire de la médiocrité leur poésie, et gagnent leur succès avec une création qui ressemble à une apologie du fiasco. Elles ont en effet l’art et les manières de s’y prendre. C’est avec pertinence qu’elles se réclament du comique britannique Peter Sellers, et, avec dérision, de Florence Foster Jenkins, cette cantatrice du siècle dernier, célèbre surtout parce qu’elle ne savait pas chanter… L’humour de ces femmes, et leur humilité, apaisent.


On se lasse un petit peu, l’heure passant, du systématisme qui charpente cette création : de jeux de mots en… calembours. Les ressorts gagneraient à être soutenus par une cohérence d’ensemble plus précise. Aussi, l’on voudrait sortir parfois du symétrisme de la mise en scène. Mais la critique est aisée, et cætera. Retenons que ces feintes précieuses ridicules sont belles. Leur fringance est convaincante. La salle rit. 


Emmanuelle Puyt

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


L’Érotisme de la tragédie, de Patricia Clément et Martine Thinières

Les Mauvaises

http://www.lesmauvaises.fr

Mise en scène : Patricia Clément et Martine Thinières

Avec : Patricia Clément et Martine Thinières

Théâtre du Chaudron • la Cartoucherie • route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris

Réservations : 01 43 28 97 04

Du 20 au 26 octobre 2008 à 20 h 30, le dimanche à 16 heures

Durée : 1 h 20

15 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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