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22 octobre 2008 3 22 /10 /octobre /2008 16:56

Est-ce que votre curiosité serait un défaut ?
Vraie question


Par Claire Néel

Les Trois Coups.com


La compagnie du Sarment, dont la devise est « Laisser la porte ouverte, l’âme en ouverture », investit le Théâtre de l’Opprimé avec « Bios (quelques tentatives) ». Spectacle poétique et étrange. Spectacle ? Laboratoire de recherche ? Une forme très conceptuelle se crée dans un échange intime avec le public… Oui, étrange.

Cette création repose, pour ce qui est des textes, sur deux auteurs-poètes : Joseph Danan avec À poème et Emmanuelle Rodrigues pour Paroles en morceaux, fragment d’un chœur. Voisins plus que cousins, ils discutent en harmonie. Ils interrogent le monde et le tâtonnement de l’individu pour s’y inscrire. Ils touchent à la peur et à l’espoir de vivre, explorent le vaste hier commun qui pèse sur notre aujourd’hui. Sans imposer de réponses, ils font éclore des bulles de savon, que l’on attrape, ou non, au vol. « Les mots pour éclaircir… le silence. »

Il est question de lambeaux et de cendres. Nous serions nés du miracle inversé d’Auschwitz, de sa boue ; et ses fantômes, « spectres rayés », rôdent sur nos chemins. Les grands évènements du xxe siècle font trop d’ombre à son successeur et lui laissent un grand vide. Alors, on prend la route, juste pour avancer, mais la route mène à une forêt… Du coup, on part en voyage, délicieusement accueillis par la télé allumée dans la chambre de l’hôtel que nous avions réservée. Nous avons bien sûr laissé notre numéro de carte de crédit à la réception. « Si tout s’achète, tout se vend », nous sommes « sommés de consommer », nous visitons en marchant sur de pauvres pauvres, puis nous nous régalons au buffet, « vous aimez le rhum ? ». Enfin, nous prions pour que l’avion ne s’écrase pas en dégustant notre plateau repas et nous sommes « entièrement pris en charge »… De retour, nous tenterons de « ressaisir, répéter, retrouver » le temps d’avant… Nous nous demanderons ce qui se passerait si « la finance » s’écroulait… (hé hé hé !). « Quelle est la date de péremption du système ? »

Peu d’optimisme dans cette vision d’une existence déjà alourdie avant que d’être, si ce n’est que lorsque « le vent nous caresse la joue, tout frissonne ». Ne nous prenons pas que pour les cendres du monde ! Ou bien imitons le Sphinx et servons-nous en de tremplin pour en renaître ! Malgré tout, ces poètes-là ne nous assènent pas de certitudes, merci, et ne nous abandonnent pas la tête pleine d’un épais et noir brouillard. Ce souci de liberté rendue au lecteur est relayé par celui de la mise en scène pour le spectateur. L’interprétation, surtout, disons plutôt la transmission d’une parole, ne nous enferme pas. L’adresse des comédiens est franche sans être agressive ou arrogante. Ils portent les mots en toute sincérité, en toute humanité. La diction est parfois trop stylisée. Dans ces cas-là, la façon de faire sonner les mots ou de découper leur sens est bien trop loin de nous, et nous devient hermétique. Mais la concentration des acteurs et leur besoin de dire attirent notre curiosité, qui s’attache, du coup et quand même, à quelque chose.

D’autres éléments font que ce « spectacle » est à double tranchant, entre conceptualité chiante et conviction touchante. C’est vrai pour la musique, la scénographie et la lumière, qui se fabriquent en direct sur la scène, tantôt prévues, tantôt improvisées. On est surpris par quelques belles images, interludes personnels de la metteuse en scène, qui peuvent faire rire, sourire ou rendre sensible à une autre beauté. Mais ils peuvent aussi être perçus comme des cheveux sur la soupe : pas très agréables et plutôt énervants. Le credo de partage exclusif et entier se poursuit jusqu’après le spectacle : nous sommes invités en effet à goûter une soupe chaude avec toute l’équipe. En bref, c’est « quelque chose » à quoi on est réceptif ou épidermiquement allergique. Après ces éclaircissements consciencieux, à votre guise ! 

Claire Néel


Bios (quelques tentatives), de Joseph Danan et Emmanuelle Rodrigues

Compagnie du Sarment • 8, rue du Général-Renault • 75011 Paris

09 51 93 09 65

compagniedusarment@gmail.com

www.compagniedusarment.com

Conception et mise en scène : Neus Vila

Avec : Cédric Chayrouse, Julien Gauthier, Anne Gerschel, Sylvain Séchet et Neus Vila

Dramaturgie : Emmanuel Rodrigues

Collaboration artistique : Joseph Danan

Création sonore et musicale : Julien Gauthier

Création lumière : Sylvain Séchet

Scénographie : Xavier Bonillo

Théâtre de l’Opprimé • 78, rue du Charolais • 75012 Paris

Réservations : 01 43 45 45 75

theatredelopprime@tdopp.com

Du 21 octobre au 16 novembre 2008, du mardi au samedi à 20 h 30, les dimanches à 17 heures, les 13 et 14 novembre 2008 à 14 heures (scolaires) et 20 h 30

Durée : 1 h 20

15 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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