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22 octobre 2008 3 22 /10 /octobre /2008 16:21

Cocu, donc coupable !


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


Difficile d’aimer le théâtre sans atterrir un jour ou l’autre au Théâtre du Nord-Ouest, antre des utopies réalisables. Le pire y côtoie le meilleur. Ne retenons que ce dernier : un « George Dandin » simple et fort monté par Idriss. Avec dans le rôle-titre un Thierry Garet bouleversant. Voilà, Molière, c’est ça aussi : de la souffrance pour rire.

Dandin, paysan parvenu, a voulu s’offrir pour épouse une jeunesse. Aristocrate de surcroît ! Les Sottenville, nobles que leurs frasques ont ruinés, lui ont vendu leur fille Angélique. Laquelle, pour se venger, se laisse conter fleurette par Clitandre, autre « noble indigne » de son âge, de son monde et de son absence de scrupules.

Présentée à Versailles au roi en 1668, la pièce comportait alors des parties chantées et dansées qui doraient la pilule, la rendant moins amère. Privée de ces intermèdes, elle reprend jusqu’au délire les plus noires obsessions de Molière : ses déboires conjugaux, sa lutte contre les privilèges, les lâchetés, les hypocrisies. C’est un Tartuffe à la campagne autant qu’un Misanthrope des champs.

Le piège consiste à en faire un drame. Idriss l’évite en faisant des Sottenville un trio infernal d’une irrésistible drôlerie. Diane de Segonzac devient une précieuse doublée d’une coquette, qui ne songe qu’au plaisir ; Rémy Oppert un M. de Sottenville formidable de mauvaise foi et de préjugés. Tous deux sont extraordinaires. Anne Ségolène a beau jeu de prêter à leur fille, si mal nommée Angélique, ses airs de sainte-nitouche. Elle ne loupe pas pour autant la célèbre, et belle, occasion que lui offre Molière de défendre la cause des femmes (scène ii, acte II).

On rit donc, mais jaune. Notamment durant la scène nocturne, très réussie, où tout le monde court après tout le monde sans le trouver. Il y a là une très belle utilisation de l’espace et des ressorts dramatiques d’une action qui flirte étrangement avec la tragédie.

Celle-ci s’incarne en Thierry Garet, qui fait de son Dandin un inoubliable « accusé-victime ». La trouvaille de la mise en scène consiste à l’avoir placé, pendant presque tout le spectacle, seul à l’avant-scène comme un témoin à la barre. Comme si Dandin déposait au procès imaginaire de son bon droit bafoué. Dans ce rôle paradoxal de témoin à charge de ses propres malheurs, l’acteur fait merveille presque sans rien faire. Un bon. 

Olivier Pansieri


George Dandin, de Molière

Mise en scène : Idriss

Avec : Mathieu Davidson, Thierry Garet, Alexandre de Morant, Rémy Oppert, Anne Ségolène, Diane de Segonzac, Aurélie van Marsenille

Scénographie et costumes : Maryvonne Hamida

Lumières : Jean-Luc Jeener

Théâtre du Nord-Ouest, salle Laborey • 13, rue du Faubourg-Montmartre • 75009 Paris

Métro : Grands-Boulevards

www.theatredunordouest.com

Réservations : 01 47 70 32 75

Prochaines dates : mercredi 22 octobre, samedi 25 octobre, vendredi 5 décembre, jeudi 18 décembre, mardi 23 décembre 2008, à 19 heures

Durée : 1 h 20

20 € | 13 €| passeport « Intégrale Molière » : 95 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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