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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Montalvo-Hervieu
et Gershwin séduisent
Créé à la dernière Biennale de la danse à Lyon, en septembre dernier, le nouvel opus de José Montalvo et Dominique Hervieu a enchanté le public de la première représentation donnée à Rennes, le 15 octobre 2008.
Good Morning, Mr Gershwin est une œuvre colorée, au rythme aussi trépidant que la musique de Gershwin première manière, qui permet aux deux chorégraphes de décliner toute leur palette sans jamais tomber dans la virtuosité gratuite. José Montalvo et sa complice, Dominique Hervieu, sont des habitués du Théâtre national de Bretagne. C’est un public rennais fidèle, mêlant toutes les générations, qui les a chaleureusement accueillis.
Après Porgy and Bess, monté à l’Opéra de Lyon en mai 2008, Good Morning, Mr Gershwin est la deuxième rencontre de Montalvo et Hervieu avec Gershwin. Il eût été étonnant que les chorégraphes et le musicien ne se rencontrassent pas. Leurs œuvres se situent pareillement au carrefour de la culture populaire et de la culture savante, et ils marient avec un égal bonheur des traditions fort différentes dans des registres qui vont du plus léger au plus grave sans difficulté.
Le dispositif scénique est des plus simples. Le plateau est nu. Dans le fond, au centre, est posée une cabane de fortune. Celle de Porgy et Bess ? Une échelle y conduit à un toit en terrasse, où quelques danseurs évolueront parfois. Une danseuse y chantera de façon surprenante un air mêlant vocalises et gargarismes ! La cabane est surmontée d’un immense écran, où sont projetées des images vidéo : le mélange de la vidéo et de la danse est la marque de la compagnie, au moins depuis 1993.
Le spectacle commence à l’écran. Les danseurs, nus ou court-vêtus, évoluent, comme dans un énorme aquarium, autour d’un immense château de sable, dont on se demandera plus tard, quand on le verra fondre sous la pluie, s’il n’est pas plutôt fait de glace à la vanille. Bientôt, les danseurs, en tenues fortement colorées où dominent le rouge et le noir, envahissent le plateau, au rythme haletant de la musique des années trente.
Photo Laurent Philippe | © CCN de Créteil
Selon le programme, le spectacle est construit en trois parties. Pour ma part, j’en distingue plutôt deux, correspondant aux deux visages de Gerschwin : l’homme de Broadway et du divertissement dans la première partie et le compositeur engagé de Porgy and Bess dans la seconde. La fonte du château de sable ou de glace, symbole d’un monde de l’enfance et de l’insouciance, me semble marquer la transition. Tout le spectacle est porté par une sorte de jubilation intense. Elle irradie aussi bien la pétillante première partie que la seconde, pourtant empreinte de gravité.
Dans le premier mouvement, le regard saisit de multiples allusions aux comédies musicales et aux ballets des Années folles, mais à peine a-t-on le temps d’identifier un clin d’œil qu’un autre l’a remplacé. La compagnie Montalvo-Hervieu s’est fait une spécialité de cette vivacité qui allie la précision et la fluidité à l’humour, au ton décalé.
Quand on aborde l’univers de Porgy and Bess, le spectacle vidéo se fait plus sombre avec des projections d’images montrant la souffrance des Noirs. La danse aussi se fait moins virevoltante, plus concentrée en quelque sorte, mais on évite toujours la moindre sensiblerie.
Les quatorze danseurs de cette compagnie métissée font merveille dans ce spectacle multiculturel, qui mêle savamment le classique, le néoclassique, la danse moderne, les claquettes et le hip-hop comme Gershwin fondait dans sa musique le jazz, les musiques traditionnelles et l’influence de ses prédécesseurs ou contemporains. De cet ensemble fait de collages, de mixages, de redistributions, on pourrait craindre qu’il ne fasse l’effet d’un bazar hétéroclite. Il n’en est rien. Toutes ces références composent au final une œuvre musicale et chorégraphique originale et puissante, où éclatent la créativité et la générosité. Il n’est donc pas étonnant que le public, ce soir-là, ait plébiscité une œuvre à l’image de la ville qui l’accueillait, dont la devise est Vivre en intelligence. ¶
Jean-François Picaut
Les Trois Coups
Good morning, Mr Gershwin
Création 2008
Un spectacle de José Montalvo et Dominique Hervieu
Chorégraphie : José Montalvo et Dominique Hervieu
Créé avec et interprété par 14 interprètes : Mansour Abdessadok, Warren Adien, Arthur Benhamou, Franz Cadiche, Katia Charmeaux, Émeline Colonna, Nicolas Fayol, Blaise Kouakou, Mélanie Lomoff, Christelle Nazarin, Sabine Novel, P. Lock, Karla Pollux, Priska
Scénographie et conception vidéo : José Montalvo
Costumes : Dominique Hervieu, assistée de Siegrid Petit-Imbert
Musique : George Gershwin
Création sonore : Catherine Lagarde
Clarinettes solo : Renaud Pion
Lumière : Vincent Paoli
Collaborateur artistique : Vincent Rafis
Collaborateurs à la vidéo : Pascal Minet et Étienne Aussel
Infographie : Franck Chastanier, Sylvain Decay, Amel el Kamel, Clio Gavagni, Michel Jaen Montalvo et Valérie Toumayan
Assistante à la chorégraphie : Joëlle lffrig
Chef de projet : Yves Favier
Durée : 1 h 20
Coproduction
Avec l’aimable autorisation de l’Opéra national de Lyon pour l’utilisation d’éléments de la production Porgy and Bess - Lyon 2008
Photos : Laurent Philippe. Copyright : CCN de Créteil
Théâtre national de Bretagne • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes
Du 15 au 25 octobre 2008
Billetterie : 02 99 31 12 31
23 € | 12 € | 8 €
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