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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
L’ange blanc
Quince, une « créature » qui n’a ni l’outrance d’une « drag-queen », ni l’ambiguïté d’un travesti, ressuscite au Lucernaire la grande Marlène Dietrich. Ce spectacle troublant ravira les fans de l’inoubliable chanteuse et actrice, et la fera découvrir aux autres.
On ressort de ce spectacle comme un enfant de 12 ans, troublé d’un étrange émoi, après avoir rencontré une belle et grande dame. Alternant anecdotes de la vie de Marlène Dietrich, chansons et jeu avec le public sur ses plus célèbres films, de l’Ange bleu à Morocco, Quince ressuscite sous nos yeux celle dont le nom associait pour Cocteau la douceur d’une caresse et le cinglant d’une cravache.
Il fait à nouveau résonner la grave tessiture de sa voix. Revêtant l’élégance des fourreaux de Stefano Conciolini et Sara Valenti, et la sensualité des fourrures de Jole Borghetti, il fait revivre la grande classe de Marlène. Jusqu’au maquillage, qui façonne ses mémorables joues creusées.
On découvre aussi, derrière tant de beauté, une personnalité rude qui malmène le petit personnel des palaces où elle descend, à l’humour piquant (parfois cruel) et irrésistible, aux caprices les plus fous tels qu’une suite pour ses seuls bagages, trois salles de bain aux fonctions bien précises… Une grande séductrice aussi, car celle qui chantait être « faite pour aimer de la tête aux pieds » multipliait amants et maîtresses parmi les plus grands noms du moment, d’Hemingway à Piaf, en passant par Gabin.
Accompagnée sur scène par Burt Bacharach, sous les traits du pianiste Andrea Calvani, Marlène évoque sa carrière, de sa mémorable tournée internationale du début des années 1960, la transportant en Europe, en Israël, aux États-Unis et jusqu’en URSS… jusqu’à sa fin solitaire, avenue Montaigne, anéantie par les douleurs d’une artériosclérose.
C’est dans ce passage de la gloire à l’ombre qu’intervient la plus astucieuse invention de Riccardo Castagnari, l’auteur de ce petit bijou. Il opère une sorte de mise en abyme : il se révèle être un fan qui « l’a tant aimée au point de devenir elle », de se fondre dans son rôle, ses robes, sa voix. Touchante révélation de Castagnari sur lui-même qui signe ici l’œuvre d’une vie : son amour pour Dietrich lui a fait tout collectionner d’elle, lui permettant de la rendre vivante à nos yeux, même plus de quinze ans après sa mort.
Après le succès de ce spectacle depuis 2001, en Italie, souhaitons-lui de trouver dans la ville que Marlène a tant aimée et où elle a fini ses jours le même accueil, amplement mérité. ¶
Olivier Pradel
Les Trois Coups
Marlène D. the Legend, de Riccardo Castagnari
Adaptation française : Laurent Ban
Traduction : Chiara Di Bari
Mise en scène : Riccardo Castagnari
Avec : Quince
Piano : Andrea Calvani
Costumes : Stefano Conciolini
Réalisation des robes : Sara Valenti
Réalisation des fourrures : Jole Borghetti
Le Lucernaire (Théâtre Noir) • 53, rue Notre-Dame-des-Champs • 75006 Paris
Réservations : 01 45 44 57 34 ou www.lucernaire.fr
Du 17 septembre au 8 novembre 2008, du mardi au samedi à 20 heures, relâche les dimanche et lundi
Durée : 1 h 20
20 € | 15 € | 10 €
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