Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 octobre 2008 4 16 /10 /octobre /2008 00:09

Étonnante clarté du trouble

 

20 h 42. On attend comme des andouilles dans le bar de L’Échangeur. Mais qu’est-ce qu’ils font ? Douze minutes de retard, pas d’explication, et tous les employés du théâtre qui traversent le hall avec des airs de conspirateurs goguenards… Puis, enfin, l’annonce : « Mesdames et messieurs, le spectacle va commencer. Dans la verrière ». Et la foule déconcertée de sortir dans la cour pour rejoindre cette mystérieuse verrière. Où l’attendent, l’œil réjoui, les deux comédiens. Dans une piscine. Une piscine en boudin, où barbotent deux grands hommes en slips colorés. Stupeur, et début d’un voyage unique dans un spectacle à part.

 

Mi-mal à l’aise, mi-réjouie, je regarde cette scène sur-réaliste et ne peux m’empêcher de rire devant le plaisir manifeste que les deux compères prennent à se baigner, et à nous regarder bien en face. Quelque chose se prépare, je le sens. Mais quoi ? Difficile de mettre des mots sur un spectacle qui casse autant les codes de représentation traditionnelle. Difficile, aussi, de partager un moment qui m’a semblé être privilégié, précieux et évanescent. Car c’est bien au plus profond de l’intime, entre l’éphémère et le perpétuel, que Fermez vos yeux, monsieur Pastor va chercher.


Gilles Pastor, fondateur de la Cie Kâstoragile, auteur, metteur en scène et comédien de cette pièce, a choisi de « prendre du vrai pour fabriquer du faux ». Il nous convie à un moment de partage et de dévoilement autour de la maladie dont il souffre, l’épilepsie. Ouille, me direz-vous, démarche bien risquée, qui doit s’engouffrer dans l’exhibitionnisme, et le nombrilisme ? Eh bien, non. Pas du tout. En se servant de sa propre histoire, Gilles Pastor parvient à mettre sur scène un réel objet théâtral, touchant non par son impudeur supposée mais par son universalité.

 

« Fermez vos yeux, monsieur Pastor » | © Thierry Chassepoux


En effet, en remontant au début de sa maladie, loin de s’approcher du misérabilisme, Gilles Pastor nous emmène au cœur de la pensée bouillonnante d’un jeune garçon en plein bouleversement. Son théâtre a la dislocation et l’effervescence des réflexions intimes d’un adolescent, en proie à la maladie, mais aussi à la découverte de sa sexualité. C’est un jaillissement, un débordement. L’eau qui gicle hors de la piscine, le lait qui sort du bol et macule la scène deviennent le prolongement scénique du sperme que le sexe éjecte et des élucubrations qui en découlent.

 

Intelligemment, Gilles Pastor s’est accompagné du comédien Jean-Philippe Salério. C’est une sorte de passage qui se produit devant nos yeux, car l’histoire de l’un est peu à peu racontée par l’autre, qui devient un personnage, et permet ainsi la nécessaire mise à distance de l’intime. D’une autre façon, Pastor travaille également cette mise à distance en questionnant le parallèle entre sa maladie et celle supposée du héros mythologique Hercule, car il ouvre ainsi des champs vers un imaginaire foisonnant. On regrettera seulement l’intervention rapide de Catherine Bouchetal et Paulette Dantoine, qui perturbe l’ensemble plus qu’elle ne l’enrichit.


Enfin, en termes de forme théâtrale, Gilles Pastor propose une recherche bien plus qu’une réponse. Son spectacle prend des formes diverses, de la vidéo à la lecture en passant par le son et le jeu à proprement parler. En explorant ainsi des formes variées mais complémentaires, il livre un objet théâtral audacieux, étrange mais aussi fascinant, drôle tout autant que pathétique, et qui vient mystérieusement toucher juste. 


Élise Noiraud

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Fermez vos yeux, monsieur Pastor, de Gilles Pastor

Kâstoragile compagnie de théâtre • Les Subsistances • 8 bis, quai Saint-Vincent • 69001 Lyon

production@kastoragile.com

www.kastoragile.com

06 99 62 66 89

Mise en scène : Gilles Pastor

Assistante à la mise en scène : Catherine Bouchetal

Avec : Jean-Philippe Salério, Gilles Pastor, Paulette Dantoine, Catherine Bouchetal

Scénographie : Pierre David

Vidéo : Vincent Boujon, Gilles Pastor

Lumière : Yoann Tivoli

Son : Jean-Luc Simon

Régie générale et son : Marjorie Glas

Photos : Thierry Chassepoux

L’Échangeur • 59, avenue du Général-de-Gaulle • 93170 Bagnolet

Réservations : 01 43 62 71 20

Du 11 au 25 octobre 2008 à 20 h 30, le dimanche à 17 heures, relâche les mardi et mercredi

Durée : 1 h 15

13 € | 10 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher