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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 21:23

Saignant à point


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


Nous revoici à la Cartoucherie (Théâtre de la Tempête) à siroter nos verres sous les arbres embrasés par l’automne. Bientôt, il fera trop froid pour rester dehors avant et après le spectacle. Raison de plus pour en profiter. Cette fois, nous allons voir « la Lettre », spectacle écrit et mis en scène par Pierre-Yves Chapalain. Un petit bijou de poésie fantastique et d’humour noir.

Nous sommes au bout du monde, c’est-à-dire en Bretagne, chez des paysans. Le père dit qu’il est malade, le docteur dit qu’il n’a rien, la fille n’ose pas dire qu’elle attend un enfant, la mère écoute tout le monde sauf elle-même. Il est question d’une lettre qu’Aurélio lui a remise. Quelqu’un l’avait fourrée à son insu dans sa poche. Au fait, qui c’est, cet Aurélio ?

Univers ténébreux à souhait grâce à l’utilisation judicieuse des chaises par la scénographe Marguerite Bordat, du son par Frédéric Lagnau, des lumières par Gilles David et Catherine Verheyde. D’emblée, on y est : en terre bretonne à la veillée, quand les histoires d’Ankou et autres esprits des morts refont surface dans les mémoires. Brrr…

Un, par exemple, qu’on n’est pas prêt d’oublier, c’est le William ! Le beau, l’irrésistible tonton William, à qui le grand-père avait tout légué. Alors que ce n’était que le cadet. Si c’est pas malheureux ! On plaisante, mais on est ravi que, pour une fois, un auteur sache faire parler des vrais gens. Une langue âpre et colorée, qui roule allègrement sur cette sombre fable en vagues puissantes.

On le verra, Pierre-Yves Chapalain connaît cependant ses classiques et ne dédaigne pas de larder en outre son histoire de mythes éternels. L’Ankou, donc, mais aussi l’autre « oncle William » (le Shakespeare de Macbeth et de Titus Andronicus), sans oublier les Atrides. On ne se déchire bien qu’en famille, comme chacun sait.

Dans celle des comédiens, on demande la mère (on en redemande même !) : Catherine Vinatier, Laure Guillem la belle-sœur et Perrine Guffroy – si j’ose dire « père et fils » : elles sont extraordinaires. Airy Routier casse la baraque en beau-frère coiffeur, Philippe Frécon en père grincheux. Mais tout le monde tient fort bien la route : celle du plaisir du texte.

Au final, on a un festin de dialogues acerbes et de scènes parfois très fortes. Mes préférées : celle où le fils dit, avec ses pauvres mots, à sa mère qu’il veut partir, et celle des voisines venues, avec leurs mauvaises langues, sonder leur superbe rivale. Chapalain est un poète doublé d’un fin observateur. Voilà quelqu’un qui connaît les femmes, c’est-à-dire l’homme, et sait cuisiner. Saignant à point. 

Olivier Pansieri


La Lettre, de Pierre-Yves Chapalain

Mise en scène : Pierre-Yves Chapalain

Avec : Patrick Azam, Philippe Frécon, Perrine Guffroy, Laure Guillem, Yann Richard, Airy Routier, Catherine Vinatier, Margaret Zenou

Scénographie et costumes : Marguerite Bordat, assistée de Germinal Sauget, Anne-Sophie Turion

Musique et son : Frédéric Lagnau

Lumières : Gilles David et Catherine Verheyde

Coiffures, perruques et maquillages : Nathalie Régior

Collaboration artistique : Ludovic Le Lez

Théâtre de la Tempête • la Cartoucherie • route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris

www.la-tempete.fr

Métro : Château-de-Vincennes

Autobus 112 et navette gratuite

Réservations : 01 43 28 36 36

Du 10 octobre au 9 novembre 2008, du mardi au samedi à 20 h 30, dimanche à 16 h 30

Durée : 1 h 30

18 € | 13 €| 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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