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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 19:26

De l’absurde et rien d’autre !

 

Le théâtre des Vedettes secrètes accueille en ce moment la compagnie Obrigado d’Olivier Mathé et Aurélien Cavaud. Celle-ci nous fait découvrir jusqu’au 25 octobre 2008 sa comédie burlesque composée à partir des textes humoristiques de Karl Valentin.


« L’absurde ne tolère pas le hasard » est la note d’intention qui conduit le spectacle. Pas de hasard, ici l’absurde est sans complexe. Deux comédiens en slip, marcel noir, bonnet de bain et lunettes de piscine entrent en scène pour six sketchs. Ils jouent tour à tour les comédiens, les spectateurs, la régie. L’un est petit et bedonnant, l’autre grand et fin : ces deux Laurel et Hardy modernes et décalés empruntent les textes de Karl Valentin, cabaretiste allemand contemporain des Marx Brothers.


L’univers est posé : Toi et Toi s’embarquent dans la mise en scène de petits sketchs pour, semble-t-il, leur première représentation en public. Il n’y a pas réellement de fil conducteur ni d’intrigue à la pièce. Le spectateur est ainsi guidé par les péripéties qui surviennent lors de la succession des sketchs : l’un des Toi cache à l’autre l’absence de régie, de textes, de coulisses, de costumes. L’autre lui fait croire, absurdement, qu’ils sont dans le noir. L’enchaînement des sketchs se fait donc selon ces découvertes.


Dans le premier sketch, « Au Théâtre du Jardin-d’Hiver », ils sont deux spectateurs un peu gauches qui se rendent pour la première fois au théâtre. Ils découvrent donc le monde du spectateur, les tickets, les strapontins, les émotions du jeu. Tous les codes du burlesque sont utilisés : cabotinage, gaucherie, humour potache, comique de gestes, comique de situation, jeux de mots, caricatures, mimiques, etc.


© Damien Lafargue


En guise de régie, ils frappent eux-mêmes les trois coups et annoncent « noir », « plein feu », « rideau ». Sur la scène sont disposés deux tabourets formant les uniques accessoires de la pièce : ils seront détournés en marionnettes dans un des sketchs. Le public est constamment sollicité, pris à parti et sera finalement mis à contribution : au gré des indications des deux comédiens, il doit fermer et ouvrir les yeux pour retrouver les conditions du noir et de la lumière.


Tour à tour, chacun se joue l’un de l’autre pour avoir la vedette. Chacun étale la panoplie de son jeu pour épater l’autre. Ils finissent même par se jouer du spectateur : « Tu crois qu’ils ont compris que c’est fini ? ». Mais l’attention portée au public n’est pas qu’ironique et a pour but de l’aider à progresser dans la pièce : « Comment vont-ils comprendre qu’on change de texte ? ». Ils annoncent alors chacun des titres avec l’éloquence d’un Monsieur Loyal.


Il existe une dimension métathéâtrale évidente et, au-delà, une réflexion sur le théâtre : deux comédiens jouent des comédiens qui jouent des spectateurs. Ils insistent également, avec beaucoup d’humour, sur le fait qu’ils ne jouent pas mais qu’ils interprètent. L’un des sketchs s’intitule même « Le théâtre obligatoire pour tous ». Ils se revendiquent ainsi, dans une ironie toute séductrice, d’avoir mis en place ce qu’ils appellent la première régie humaine, le sparring-public, l’intermittent du public.


Même si le spectacle est, du point de vue de l’humour, un peu lent à démarrer, c’est un hommage véritable au comique absurde et au cabaret. Le genre est pourtant difficile à aborder et a ses limites. Mais la réussite est là. L’ascension vers le rire est évidente, on passe un bon moment et l’on finit même par s’esclaffer sans complexe devant toute cette absurdité ! 


Cendrine Flores

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.fr


Karl Valentin et rien d’autre !

Mise en scène : Emmanuel Gayet

Interprétation : Olivier Mathé, Aurélien Cavaud

Accessoiriste : Julien Antuori

Les Vedettes secrètes • 11, rue de l’Annonciade • 69001 Lyon

Réservations : 04 78 30 49 02

Jusqu’au 25 octobre 2008, du mercredi au samedi à 20 heures

10 € | 12 € | 14 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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