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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 17:04

Un peu trop de poussière
sur les étagères


Par Claire Néel

Les Trois Coups.com


« Une chambre à soi » transforme la scène du théâtre Artistic Athévains en une bibliothèque. Édith Scob y devient Virginia Woolf sous la direction d’Anne-Marie Lazarini. « Les femmes et le roman », voilà le thème de la pièce. Le texte de celle-ci est inscrit dans le début du xxe siècle anglais et s’il peut nous intéresser aujourd’hui, le spectacle, lui, a du mal à nous en faire parvenir l’écho.

Virginia Woolf donne une conférence à des étudiants de l’université de Cambridge, en partant d’une hypothèse : « Laissez-moi imaginer ce qui serait arrivé si Shakespeare avait eu une sœur merveilleusement douée, appelée, mettons, Judith. ». Point de départ d’une réflexion sur la place de la femme dans la littérature et sur sa condition en général. C’est aussi l’occasion d’aborder l’acte créateur et de deviner comment il germe et se développe chez cet auteur.

Elle nous rappelle, avec un humour agacé, une distance presque ironique (bien moins aérienne qu’il n’y paraît), que l’éducation des jeunes filles anglaises était faite pour qu’elles puissent espérer devenir de vrais « anges du foyer », que leurs époux avaient le droit reconnu de les battre, que l’accès aux bibliothèques, entre autres, était interdit aux femmes, sauf autorisation ou accompagnement d’un homme… L’idée de Mme Woolf est aussi qu’il ne faut pas être pauvre pour pouvoir écrire, il faut un peu d’argent et une chambre à soi, où l’épine dorsale – elle situe ici le siège de l’âme – puisse vibrer, atteindre le cerveau, qui à son tour guidera le stylo.

© Marion Duhamel

Le texte est daté, même si le tour de la question de la parité n’a pas fini de faire des boucles. Or la mise en scène ou l’adaptation pour le théâtre ne parviennent pas à faire que l’on sente quelque chose qui nous touche maintenant. La voix pourtant très digne d’intérêt de cette Virginia, dans ce contexte-là, ne nous atteint pas, ou mal. Nous devons faire des efforts laborieux et consciencieux pour accrocher notre curiosité à quelque chose. La matière ne manque pas : les femmes, la littérature, l’Histoire, la création, le personnage de Virginia Woolf ou l’inspirante Édith Scob… Mais trop de poussière, trop de confort dans cette magnifique bibliothèque, réalisée par les soins délicats de François Cabanat.

La comédienne offre une Virginia Woolf souriante et pinçante quant à ses observations de femme écrivain. Tout à la fois fébrile et passionnée, elle sous-tend agilement le fil ténu des associations d’idées, de ces pensées qui fusent et se déploient dans toutes les directions, mais pointées vers un même but. Un personnage dense nous interpelle, certes. Mais on aurait aimé qu’il ait un peu plus l’occasion de faire exploser toute sa richesse. 

Claire Néel


Une chambre à soi, de Virginia Woolf

Traduction : Clara Malraux (éditions Denoël)

Adaptation : Sylvianne Bernard-Gresh

Création Les Athévains

www.artistic-athevains.com

Mise en scène : Anne-Marie Lazarini

Avec : Édith Scob

Décor et lumières : François Cabanat

Costumes : Dominique Bourde

Théâtre Artistic Athévains • 45 bis, rue Richard-Lenoir • 75011 Paris

Réservations : 01 43 56 38 32

F.N.A.C., Virgin, Agences, Resathéâtre : 08 92 70 77 05 (0,34 €/min)

Du 13 octobre au 16 novembre 2008, mardi à 20 heures ; mercredi, jeudi à 19 heures ; vendredi, samedi à 20 h 30 ; dimanche à 16 heures

Durée : 1 h 15

30 € | 20 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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